#TourismeDurable

Rencontre avec Philippe Bernez autour des Stations Vertes

| Publié le 5 juin 2020 • Mis à jour le 5 juin 2020 à 8h59
         

Fortes d’un réseau de près de 500 stations proposant des séjours en faveur d’un tourisme nature, authentique, humain et respectueux de l’environnement, les Stations Vertes sont, et ce depuis 1964, le premier label d’écotourisme de notre pays. A la tête de cette fédération depuis 1996, Philippe Bernez nous livre ses réflexions et témoigne des évolutions de ce réseau dynamique qui multiple les projets autour de l’itinérance, de la pêche, du vivre-ensemble…

Promenade à vélo dans le massif des Vosges
Promenade à vélo dans le massif des Vosges © Otsi Kaysersberg

VA/ Qu’est ce qu’une Station Verte ?

A la base, il s’agit d’un label touristique créé en 1964 par des élus de communes à la campagne et des techniciens en charge du tourisme, un territoire d’accueil au cœur des terroirs, reconnu au niveau national comme une Station organisée proposant des séjours porteurs de sens, en faveur d’un tourisme nature, authentique, humain et respectueux de l’environnement. L’essence des Stations Vertes est donc l’écotourisme. Ainsi, dès 1964, les Stations prenaient en compte des éléments tels les sentiers de randonnée pour favoriser les vacances en pleine nature, mais aussi d’autres aspects tels le traitement des eaux usées, des eaux pluviales, la surveillance des eaux piscicoles, des eaux de baignade, le tout pour pouvoir accueillir des touristes dans nos campagnes. La première station labellisée fut alors Sablé-sur-Sarthe, sous l’impulsion de son maire, qui pensait que « ce n’est pas parce qu’on est à la campagne qu’on doit être laissé pour compte ». Dans cet élan, le label s’est beaucoup développé dans les campagnes ; puis les stations de montagne s’y sont intéressées et enfin, à la fin des années 1990, les communes du littoral et rétro-littoral, jusqu’aux communes d’Outre-mer, à la Réunion, en Guyane et depuis peu en Nouvelle-Calédonie.

VA/ Quelle démarche doit faire une commune si elle souhaite devenir Station Verte ?

Les communes sont labellisées sur la base d’un cahier des charges qui compte dix engagements et cinquante critères. Parmi eux : partager une vision commune d’un tourisme à la fois authentique et respectueux des caractéristiques locales, développer des initiatives durables, en faveur de la biodiversité, d’une nature respectée et préservée, proposer une offre complète d’activités en lien avec un patrimoine naturel, culturel ou historique, s’engager dans un tourisme de proximité à la fois humain et respectueux du territoire, valoriser les attraits naturels du territoire, etc. La commune ou l’intercommunalité au profit d’une commune délibère pour demander le label, et il faut une volonté politique forte des élus de la collectivité et des techniciens de leur office de tourisme compétent pour se lancer. Quand une commune a complété son dossier de candidature, il est soumis via l’intranet, aux membres de la commission nationale de Contrôle et de Labellisation des Stations Vertes. Ils ont alors une semaine à dix jours pour se prononcer sur la labellisation. En outre, pour nous faciliter la tâche, nous travaillons de plus en plus avec les ATD et les  intercommunalités qui nous aident à identifier les communes les plus avancées pour obtenir le label.

Carte des Stations Vertes, dépliée et de face
Carte des Stations Vertes 2020 © DR

VA/ Quelques exemples récents de communes labélisées ?

L’an dernier, j’ai travaillé avec Haute-Garonne Tourisme. Nous avons identifié une demi-douzaine de communes potentiellement labélisables. En septembre, nous avons invité à l’ADT des maires, des vice-présidents d’EPCI et directeurs d’offices de tourisme pour leur présenter la concordance entre la stratégie du Département et celle de la Fédération en terme d’itinérances et de slow tourisme. Dans la foulée, 7 communes ont été labellisées dont trois dossiers portés par des communautés de communes : Aurignac, Bagnères-de-Luchon, Cazères, L’Isle-en-Dodon, Rieux-Volvestre, Saint-Béat-Lez et Villemur-sur-Tarn. Carbone serait également très intéressée. Dans le même temps, j’ai accompagné le Directeur de l’Office de Tourisme de La Foa au profit de trois communes de Nouvelle Calédonie, au nord de Nouméa, dont les élus avaient une volonté forte de se positionner sur d’autres formes de tourisme au-delà du modèle des croisiéristes de Nouvelle-Zélande ou d’Australie. L’une de ces communes, La Foa, est en bord de mer avec un lagon inscrit au patrimoine de l’Unesco. Les deux autres sont situées à l’intérieur des terres ; Farino, cœur du Parc des Grandes Fougères, véritable réserve de biodiversité avec de nombreuses espèces endémiques, des hébergements en chambres d’hôtes chez les Kanaks et Moindou, avec des hébergements en chambres d’hôtes « Accueil en Tribu » chez les kanaks, composée d’une zone marine représentant l’ensemble de la diversité des récifs et écosystèmes associés de cet archipel français du Pacifique Sud, un des trois systèmes récifaux les plus vastes du monde.

Promenade équestre à La Foa, Nouvelle Calédonie
Promenade équestre à La Foa © LaFoaTourisme

VA/ Quel est l’intérêt des élus à obtenir le label Stations Vertes ?

En 2010, nous avons réfléchi lors de notre assemblée générale aux positionnements des Stations Vertes en 2030. Le travail que l’on a mené sur l’écotourisme, le slowtourisme , l’itinérance douce a un sens. Il permet de dire que le label est porteur de valeur. Il véhicule des notions de bien-être, invite à se ressourcer, à prendre le temps. Et bien sûr c’est autant de temps que les touristes vont prendre pour se poser sur un territoire. Par exemple, on a labellisé le Lac des Sapins dans le Beaujolais Vert au titre de la plus grande baignade écologique d’Europe. Et le dossier a été porté par la communauté d’agglomération Ouest Rhodanien.

VA/ La fête de l’écotourisme a été lancée en 2015. Quel en est le bilan à l’heure d’aujourd’hui ?

L’idée était d’exprimer concrètement comment se matérialisait l’écotourisme dans les Stations Vertes, également un moyen de lancer le temps fort de la saison printanière. Ainsi, l’année dernière, cette fête a donné lieu à plus de trois cent événements dans 132 Stations Vertes. Par exemple, dans les Stations Vertes du PNR de Millevaches en Limousin, enfants et adultes peuvent découvrir les hôtels à insectes, rendre visite à un apiculteur, faire des ballades avec des accompagnateurs moyenne montagne, l’ensemble structuré autour de 4 Stations Vertes avec la possibilité de conclure par un repas chez un aubergiste qui cuisine les plantes sauvages.

les 4 labels associés : station verte, village de neige, famille plus et station pêche

VA/ Car de plus en plus de Stations Vertes travaillent en réseau aujourd’hui, et favorisent l’itinérance….

Tout à fait, dans le Parc naturel régional des Ballons des Vosges, nous avons travaillé sur un concept de ballades inter-Stations en mode doux. Ainsi, nous avons une dizaine des Stations Vertes entre la Haute-Saône et les Vosges qui peuvent être reliées en bicyclette (entre 30mn à 2h de temps). Nous avons ainsi lancé le 1er concept d’escapade, avec 10 Stations Vertes sur six intercommunalités, deux départements et deux régions et ce, avec une forte implication des élus et des professionnels du tourisme. Nous allons également réalisé ce même travail dans le massif des Vosges, à Wangenbourg-Engenthal ou à Saint-Dié-Des-Vosges, avec la volonté de mettre en application ces ballades entre Stations, de sensibiliser les enfants à la nature, à la dégustation de produits locaux, avec tout un travail sur les cinq sens, le toucher, le sentir, le goûter…. et la mobilisation de professionnels comme le monde de la pêche. Dans la vallée de l’Ognon, en Haute-Saône, cinq Stations Vertes vont travailler également en réseau pour valoriser le terroir, les produits locaux, l’itinérance douce. L’écotourisme est aussi un formidable outil de médiation et d’éducation à l’environnement. Il faut amener les Stations à s’approprier ces valeurs. Nous sommes ainsi partenaire de la Journée nationale de la pêche le 1er juin, mais aussi de la Journée du vélo, du Slow Up en Alsace, avec 44 000 personnes pour l’édition 2019. Et au-delà de l’itinérance, du pédestre, du cyclo, on travaille sur le bien-être, la santé, avec des notions de sylvothérapie ou d’aromathérapie comme c’est le cas avec Alsace Destination Tourisme.

VA/Pourquoi avoir également créé les « Village de neige » et « Station pêche » ?

Le label « Village de neige » date de 1980, issu de la volonté d’élus de communes qui ne pouvaient pas prétendre au classement de stations de sport d’hiver. Ces communes ont des activités d’hiver autour de l’itinérance douce, la découverte de la montagne en hiver, qu’il y ait de la neige ou pas. L’idée était alors de vivre d’autres expériences, d’apprendre à reconnaître les traces d’animaux, observer la nature, favoriser les promenades en vélo, à pied, avec la volonté de prouver qu’un tourisme quatre saisons est possible en montagne, au-delà du ski, avec ce plaisir de prendre l’air, de se ressourcer. On peut ainsi aller écouter le brame du cerf, observer les gypaètes barbus, vivre un moment particulier, découvrir la pêche…

Quant aux Stations Pêche, le label a été crée en  2016 avec la Fédération Nationale de la Pêche, dans cette même volonté de préserver les eaux piscicoles et d’encourager le développement du loisir pêche. Pour l’heure, nous comptons 22 Stations Pêche en France, qui sont forcément des Stations Vertes ayant une démarche forte d’écotourisme avec un parcours labélisé pêche, des hébergements labellisés, des animations autour de la pêche et du monde aquacole. Par exemple, le val d’Aigoual, au pied des Cévennes, est labélisé Station Pêche et a suspendu certaines activités de canyoning au profit d’un passage pédestre pour préserver l’écrevisse à pattes blanches qui est une espèce protégée. Dans cette Station Verte, l’ensemble des acteurs, collectivités, guides, randonneurs se sont mis autour de la table, et les guides de canyoning d’expliquer l’enjeu que représente l’écrevisse en ce lieu.

22 Stations Pêche en France, qui sont forcément des Stations Vertes - panneau explicatif sur les écrevisses à pattes blanches
Les écrevisses à pattes blanches © Philippe Bernez

VA/ Quant au grand public, comprend-t-il bien ce qu’est une Station Verte ?

On a différents retours. Si les acteurs locaux se sont bien appropriés le sujet, ils sont capables de l’expliquer. Si, en revanche, personne ne communique et n’explique, comme on l’a vu parfois dans certaines communes, c’est plus compliqué. Il s’agit d’une démarche volontaire, avec ses locomotives et ses wagons de queue. Et même si le label n’est pas connu de tous, il répond aux attentes et besoins croissants des voyageurs à la recherche de destinations de proximité, de partage, de ressourcement et de respect de la nature, de la biodiversité. Les Stations Vertes sont des poumons verts sur le territoire national, des liens entre les Terroirs, la nature et les Hommes..

https://www.stationverte.com/


Rencontre avec Philippe Bernez autour des Stations Vertes | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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