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La feuille de chou est là

Accueil paysan : 33 ans d’ouverture aux autres… et au monde !

| 21 février 2020 • Mis à jour le 24.02.2020 à 9h42
         

Inventé il y a plus de 30 ans pour aider les petits agriculteurs à rester sur leurs terres en leur offrant une activité d’appoint, l’Accueil Paysan a, depuis, fait un petit bout de chemin… jusque dans 31 pays sur 4 continents. Mais cette forme d’hospitalité hautement humaine, souffre de la concurrence faite par les grandes plates-formes numériques. Rencontre avec Jean-Marie Perrier, un paysan-voyageur qui a consacré dix ans de sa vie à l’Accueil Paysan…

Jean-Marie Perrier, à droite, chez des paysans russes de la Touva, membres de l’Accueil Paysan

Voyageons Autrement : Jean-Marie, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Jean-Marie Perrier : Paysan en  demie retraite dans le département de la Creuse, ma famille et moi accueillons des touristes depuis 30 ans  sur notre ferme désormais convertie en bio. Avant cela, j’ai assumé de nombreuses responsabilités professionnelles, syndicales et  associatives et ai en particulier présidé la Fédération Nationale Accueil Paysan dix années durant, de 2004 à 2014.

VA : Comment est né l’accueil paysan, dans quel but ?

JMP : Accueil Paysan est né en 1987 dans l’Isère, fondé par un couple d’anciens résistants, Eliane et Felix Genève. L’idée fondatrice est d’aider les paysans à se maintenir sur leur territoire en proposant des activités diversifiées autour de la notion d’accueil de touristes, mais aussi d’accueil social, pour des publics fragiles, sans oublier ce que peuvent rapporter les produits de la ferme vendus en direct. Toutes ces activités sont encadrées par des cahiers des charges. Mais la grande originalité fut de créer une charte éthique en 8 points. Or, si aujourd’hui la notion de charte est répandue et synonyme de vertus, il y a 30 ans, c’était non seulement précurseur mais également mal compris par les acteurs du tourisme de masse qui y voyaient des contraintes selon eux « inutiles ». Je ne vous citerai que trois articles car ils illustrent plutôt bien notre philosophie : « L’Accueil est pensé, organisé et animé par ceux qui en vivent », « l’Accueil est facteur de développement local et maintient la vie en milieu rural », « l’Accueil concerne tous les paysans et il est international ».

Explorez la carte interactive d’Accueil Paysan: pratique!

VA : Cela n’a pas empêché l’Accueil Paysan de faire son chemin, à sa façon…

JMP : Dès sa création en effet, ce réseau s’est inscrit dans une démarche alternative. Il était porteur de valeurs fortes et défenseur d’une agriculture respectueuse de l’homme comme de son environnement. Ce qui s’est traduit dans les faits par une orientation vers « l’agriculture paysanne » et le tourisme solidaire. Des valeurs aujourd’hui partagées dans plus de 700 exploitations françaises.

VA : A quel moment l’Accueil Paysan est-il devenu international ?

JMP : Les fondateurs, Félix et Éliane Genève, avaient travaillé en Afrique de l’ouest pour « les maisons familiales » (chargées de la formation agricole et ménagère des jeunes), avant donc de revenir en Chartreuse. Et avant  cela même, Félix avait une vraie histoire, riche en voyages et aventures internationales qu’il relate dans son livre « De  Pommiers la Placette à Dien Bien Phu ». Dés sa création donc, Accueil Paysan a été sollicité  par des paysans à l’international et y a répondu favorablement car le grand rêve des fondateurs était en fait de créer une communauté paysanne internationale. La sauce a d’autant mieux pris hors de nos frontières que de nombreux responsables d’Accueil Paysan avaient également une expérience internationale. Pourtant, notre réseau n’effectue aucun recrutement ; il répond uniquement aux demandes qui lui parviennent. Aujourd’hui, nous sommes présents dans 31 pays pour un total de 300 exploitations étrangères. Huit associations sœurs se sont constituées dans ces pays mais pas partout et nous recevons de nombreuses demandes auxquelles nous ne sommes malheureusement pas en mesure de répondre. En particulier venant d’Afrique. Sachant que l’ensemble de ce développement international se fait grâce au bénévolat de quelque membres ; auquel s’ajoutent parfois des soutiens financiers, publics ou privés. 

VA : Qu’est-ce que les gens semblent le plus apprécier lors de leur séjour ?

JMP : La relation humaine, tout simplement. Quand ils partent en voyage et s’arrêtent chez nous, ils ne sont pas anonymes ou juste un numéro de chambre ; ils sont au contraire attendus. On est ici dans le domaine de la véritable hospitalité et chaque repas est un moment privilégié pour échanger et partager. Associé à un mode de fonctionnement plus souple que dans l’hôtellerie. Ce matin encore, un couple d’Anglais souhaitant s’installer dans la région était ravi, au petit-déj, de nous assaillir de questions sur la région ; auxquelles nous répondions avec bonheur. Et cet ouvrier en route pour un chantier qui s’arrête à chaque fois qu’il le peut : « Je sais où je viens ! » se contente-t-il de dire, laconique, chaque fois… Non, la grande différence avec le tourisme classique, c’est tout simplement cette notion d’accueil, d’humanité.*

Dans le jardin d’un membre de l’Accueil Paysan en Palestine

VA : Le concept continue-t-il de se développer ?

JMP : Plus trop, malheureusement. Accueillir des touristes est pour les paysans une activité complémentaire aux activités agricoles et la population paysanne est en voie de régression dans tous les pays ; le tristement célèbre « exode rural » se généralise. Si en France  le réseau s’est longtemps développé au rythme de 5 % par an, il est aujourd’hui dans une courbe inversée et nous sommes obligés de constater que l’accueil chez les paysans en activité est en forte régression, et pas seulement à l’Accueil Paysan, tous labels confondus. Des pays se distinguent néanmoins par une dynamique qui fait plaisir, comme le Brésil ou la Russie où beaucoup de paysans misent sur l’Accueil Paysan pour obtenir une visibilité plus importante auprès du grand public et pouvoir ainsi communiquer avec lui.

VA : Cette ouverture sur le monde extérieur a-t-elle dans certains pays un caractère plus capital encore que chez nous ?

JMP : Globalement en effet, nous nous adressons principalement à des paysans se trouvant en situation précaire et cela, bien sûr, davantage encore à l’international qu’en France. Mais en ce qui concerne nombre de pays d’Afrique dans lesquels nous avons des membres, l’insécurité grandissante est devenue telle qu’ils ne reçoivent plus de touristes (il n’y en a plus !) alors que c’est précisément pour eux que cet apport financier est le plus crucial ; un élément quasi indispensable à leur survie !

VA : Quels effets secondaires bénéfiques cette dynamique globale a-t-elle créés ?

JMP : Il y a, pour nos partenaires étrangers, cette dimension de reconnaissance et d’appartenance à un réseau international lancé par la France. Cela nous parait parfois étonnant vu d’ici mais, pour beaucoup de pays encore, la France représente les valeurs républicaines, l’humanisme et les droits de l’homme. Tout simplement parce qu’ils font encore cruellement défaut à certains de ces pays. Pour eux, rejoindre l’Accueil Paysan correspond à une forme d’émancipation, associée à l’espoir d’un mieux-être matériel. Vous voyez donc à quel point il devient difficile de ne pas les décevoir…

Au Burkina Faso…

VA : Pour quelles raisons autres que l’exode rural l’Accueil Paysan marque-t-il le pas selon vous ?

JMP : La société change vite et les  pratiques touristiques aussi. Je constate pour ma part qu’il se dégage deux tendances. L’une, largement majoritaire, de consommation de loisirs débridées, de confort et de haut de gamme, mais proposé toujours moins cher ! Ce, sans conscientisation ni prise en compte des impacts négatifs de telles activités sur la planète, les territoires et les populations. L’autre tendance, certes encore minoritaire, est celle qui conduit les gens vers notre réseau. Une  jeune génération de parents sensibles aux questions environnementales et souhaitant faire découvrir à leurs enfants la nature, la vie dans les  fermes, le contact – extraordinaire – avec les animaux. Des personnes sensibles au rejet de carbone associé aux déplacements lointains, sensible au réchauffement de la planète, à la préservation de l’environnement et également en recherche de contacts humains !…

VA : Comment voyez-vous l’avenir de cette belle idée : l’Accueil Paysan ?

JMP : Il est difficile de prédire l’avenir, mais je ne suis globalement pas très optimiste. L’agriculture se porte mal et le nombre de paysans diminue sans cesse, rapidement, fragilisés par la mondialisation, les accords commerciaux transnationaux et  le réchauffement climatique. Pourtant la demande en produits bio est en pleine expansion et la majorité des jeunes aspirent à une évolution ver des modes de consommation plus respectueux de la planète. Alors ?…

VA : Quels souvenirs personnels gardez-vous de cet engagement ?

JMP : J’ai eu la chance de visiter de nombreux pays dans le cadre de mes missions. Or sans mentir, la plupart des pays sont beaux et attrayants – surtout lorsqu’on ne fait qu’y passer !

Mais l’un des plus souvenirs les plus marquants est lié à la Palestine. Où je suis resté un  certain temps au contact des paysans pour faciliter la création d’une association sœur, ce qui s’est fait. Les  valeurs d’Accueil Paysan prennent tout leur sens dans ce genre de situation et j’ai moissonné au passage une belle leçon d’espoir. Il y a aussi le Zanskar, en Inde, dans l’Himalaya où nous avons labellisé d’un coup 20 familles d’un village situé à 4500  mètres d’altitude. C’est une ancienne vallée glacière et le dépaysement le plus total y est couplé aux exploits sportifs ! Et comment ne pas évoquer l’Afrique, la beauté de ses paysages, le cœur de ses populations…

VA : De quoi n’a-t-on pas parlé qui soit important pour vous ?

JMP : Les plates-formes de réservation type Booking et Airbnb ! Ces GAFA sont en train de déstructurer et déshumaniser la notion d’accueil, empochant au passage près d’une cinquième des transactions (18%) qui va directement nourrir les fonds de pension américains. Tout cela sans aucun contact humain et… en vous faisant payer à l’avance ! Avec plus de 6 millions d’offres aujourd’hui, cette position prédominante est en train de détruire le peu de solidarité qui restait. Quand on est pressé, passer par eux est un peu plus simple, c’est vrai. Mais est-ce que tout doit se réduire à cela ? Sans parler des problèmes majeurs créés dans les villes sur les habitants, de la pression exercée sur les gens pour qu’ils baissent toujours davantage leurs prix, ni des échanges de données que ces géants opèrent entre eux ; une immission inacceptable. Je n’en demeure pas moins convaincu qu’il existe des tas d’autres moyens de voyager autrement. Et que ceux qui s’y adonnent sont réellement comblés par toutes les richesses qu’ils y récoltent.

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Accueil paysan : 33 ans d’ouverture aux autres… et au monde ! | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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