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Rencontre avec Alex, guide cubain à Trinidad.

| 14 avril 2016 • Mis à jour le 20.04.2016 à 7h14
Thèmatique :  Monde   Portrait   Routes du Monde 
         

Lors de mon séjour à Cuba, j’ai beaucoup échangé avec Alex, guide cubain qui accompagne régulièrement des touristes français ou espagnol. Contrairement à toute une partie de la jeunesse dont les témoignages expriment principalement les frustrations ressenties à vivre dans un pays où le quotidien reste encore très difficile, Alex m’a donné un nouvel éclairage, sa perception de Cuba et de sa vie de guide touristique, qui exprime aussi une réalité cubaine tangible et intéressante.

Guide cubain

Alex y su novia@GClastres

VA/ Peux tu te présenter pour nos lecteurs ?

Je suis d’origine très modeste, natif de Guantanamo, peut être la province la plus pauvre du pays. Ma famille a toujours été mêlée à la Révolution cubaine et j’ai grandi en écoutant de nombreuses louanges sur Fidel, et de là me vient l’amour que je ressens pour mon pays et pour l’histoire de ma patrie. Tout ce que j’ai pu obtenir de bon, je le dois à Cuba, et bien que je désire de nombreuses choses que jamais je ne pourrai obtenir, je l’assume avec dignité et orgueil pour être né sur cette magnifique terre appelée Cuba.

Avant d’être guide touristique, j’ai connu de nombreuses professions et fonctions comme professeur de culture politique, de littérature espagnole, administrateur de la faculté d’informatique de l’Université de Camagüey, fonctionnaire politique de la délégation provinciale de l’Institut cubain de l’Amitié pour les peuples de Las Tunas (province de l’Oriente), vice-président du Conseil provincial des Arts Plastiques de Las Tunas, journaliste pour Radio Cadena Agramonte (Camagüey) et responsable des relations publiques et qualité de l’hôtel Las Cuevas à Trinidad.

J’ai étudié le français pendant deux ans à l’Ecole d’Hôtellerie et Tourisme de Camagüey, dont je suis également diplômé en tant que guide de tourisme après une année d’étude. Par le passé, j’avais également étudié le marketing et les relations publiques, pris un cours d’informatique, de techniques vétérinaires, et aussi l’italien et l’anglais. Depuis presque 14 ans, je rêvais d’être guide de tourisme un jour. Mais à Cuba, pour l’être de façon officielle, il faut posséder de nombreux diplômes et connaissances et maitriser plusieurs langues. Ce n’était pas tâche facile mais j’ai pu passer ces différents obstacles et aujourd’hui, je suis guide professionnel. Dans les moments les plus difficiles, je me suis raccroché en pensée à Fidel, à Marti, et au Che, et à tous les sacrifices qu’ils firent pour accomplir leur rêve. Cela m’a permis de puiser la force nécessaire pour réaliser mon rêve.

VA/ Es-tu devenu guide par goût du guidage ou pour des raisons alimentaires ?

Cela n’a pas été facile surtout pour quelqu’un comme moi qui venais d’une petite ville discrète et où question tourisme, la seule grande attraction était Baracoa, la première ville fondée par les Espagnols à Cuba. C’est aussi pour cela que j’ai décidé de quitter Guantanamo pour aller vivre avec ma mère à Camagüey. A partir de là, ma vie a connu de nombreux soubresauts. J’ai dû changer plusieurs fois d’orientation, d’adresses, tout cela pour vivre et endurer la terrible crise économique qui touchait l’ensemble du pays. J’ai ainsi connu de nombreux emplois avant d’être guide. Je les ai tous choyé. Je me suis toujours investi. Et ces nombreuses expériences positives ont peu à peu conforté ma personnalité. Elles m’ont aussi donné la possibilité de me préparer pour ma profession actuelle, qui est définitivement celle qui convient le mieux à ma personnalité. Et je tiens à signaler que j’apprends chaque jour beaucoup avec mes clients, qu’avec eux je sens un plaisir indescriptible à parler de Cuba, que se soit pour exprimer les choses positives mais aussi les aspects plus négatifs que nous pouvons rencontrer ici, mais sans jamais perdre l’essentiel :  je suis Cubain à 100% et pour moi, il n’y pas de meilleur pays que celui-ci.

Rencontre avec ALex

En excursion avec un artiste chinois@GClastres

VA/ Qu’este ce qui est le plus difficile aujourd’hui pour un guide touristique à Cuba ? Y-a-t-il du travail pour tous ?

Le plus difficile, à mon avis, c’est justement de répondre à toutes les questions que posent les clients qui viennent du monde entier. Cuba est un pays très étrange pour la majeure partie des gens, et comme les médias internationaux appartiennent à des cercles de pouvoir le plus souvent contrôlés par la droite, ce n’est pas très fréquent d’entendre des choses positives sur Cuba. Ainsi, beaucoup de personnes viennent avec une vision extrêmement tronquée de notre réalité, et sont très étonnées voire agréablement surpris une fois sur place parce que, bien sûr, notre réalité est bien meilleure que l’image qu’ils peuvent en avoir. Toutefois, il y a également des sujets plus délicats à aborder, et des questions difficiles pour un guide touristique. Certaines choses ne sont même pas claires pour nous les Cubains, alors comment ainsi arriver à les expliquer. Comment expliciter ce que soi-même on a parfois du mal à comprendre ? Mais je pense que ces phénomènes existent partout dans le monde, des choses inexplicables si on ne les a pas vécu directement.

En ce qui concerne le travail, il y en a mais c’est difficile. Déjà, pour avoir un contrat où que ce soit à Cuba, il faut être résident sur place, et il n’est pas toujours évident de changer d’adresse, ainsi par exemple, si quelqu’un a les capacités pour être un excellent guide touristique, il ne pourra pas l’être sans avoir d’abord effectué son changement d’adresse. J’ai personnellement été confronté plusieurs fois à ce type de problème et cela m’a parfois mais dans des situations très inconfortables.

VA/ Que viennent chercher à Cuba les touristes français ?

D’après ce que je vois, les Français s’intéressent beaucoup à Cuba. Le fait d’avoir connu ici une révolution semble les faire un peu penser à la fameuse révolution française et trouver des points communs bien qu’il y ait bien sûr aussi bien des différences. En même temps, on sent que les clients sont contents d’avoir un contact direct avec les Cubains, afin de se rendre compte par eux-mêmes de comment ils vivent. Toutefois, les voyageurs qui résident en « casas particulares » ne perçoivent pas même la moitié de la réalité cubaine, car ce sont pas des résidences classiques pour le pays, et la majeur partie des Cubains qui tiennent ces maisons reçoivent de l’argent de Cubains résidents à l’étranger, ce qui leur permet d’avoir des habitations plus confortables et aisées que ce qui existe pour le commun du peuple. Le Cubain moyen ne vit pas dans des maisons de ce type et n’a pas le niveau de vie de ceux qui les possèdent. Mais sans aucun doute, les clients peuvent mieux appréhender la vie cubaine en résidant dans de ces quartiers qui restent habités quasi exclusivement par des Cubains, mais à part les touristes hébergés sur place.

Par ailleurs, l’image de Fidel et la politique sont un autre aspect qui attire énormément les voyageurs. Jamais on ne m’a posé autant de questions que sur Fidel. Beaucoup d’interrogations ou sujets tournent autour de sa personnalité. Et l’un de mes grands plaisirs quelque peu orgueilleux est de démontrer le niveau de désinformation et d’erreur sur tout ce qui le concerne, particulièrement vis-à-vis de certains clients qui le détestent et sont très irrespectueux à son égard, sans réaliser que son image est liée à toute la société et qu’elle est inséparable de notre culture nationale. Fidel est une forme d’icône national et il faut le voir ainsi, et même lorsqu’il s’agit de le critiquer, il faut le faire de manière objective et respectueuse.

VA/ Les voyageurs que tu accompagnes ont-il facilement des contacts avec le peuple cubain ?

J’ai déjà commencé à répondre à cette question mais dans l’ensemble, la majeure partie de mes clients viennent avec une grande envie d’entrer en contact le plus directement possible avec les Cubains. Ils aiment par exemple pouvoir partager un café dans la maison d’un tel, et découvrir tout simplement comment vit une famille cubaine. Beaucoup me demandent que je les amène dans des quartiers où on ne croise pas un seul touriste. Mais évidemment, tous aiment aussi les sites touristiques, qui bien sûr représentent une autre cubanité, notre histoire, nos légendes, nos traditions, etc.

 

Alex

Dans un musée de Trinidad@GClastres

VA/ Es-tu optimiste pour l’avenir de Cuba ?

J’ai toujours été optimiste pour l’avenir de mon pays. Ne pas l’être reviendrait à être déjà mort et à être responsable de sa propre mort. Toutefois, mis à part cette philosophie de vie, je pense vraiment que Cuba va aller mieux à l’avenir. Si l’embargo des Etats Unis s’arrêtait enfin, le développement de Cuba serait infiniment meilleur et il existerait une aisance économique bien supérieure ce que nous connaissons aujourd’hui. Beaucoup de mes clients pensent, par exemple, que Cuba a été fermé au développement et à l’usage d’internet mais ce n’est pas cela. A présent nous commençons enfin à avoir accès à internet parce que le gouvernement américain s’est enfin rapproché de Cuba et est intéressé pour investir sur le marché cubain, afin d’éviter, justement, que Cuba devienne uniquement un marché pour les Européens. Sans cela nous aurions continué à avoir des accès limités à internet et tout ce que cela signifie. Et pourtant, la grande majorité de mes clients pensent que l’internet limité vient de notre gouvernement, ce n’est du tout le cas, même si certainement, il y a aussi des contrôles étatiques sur la toile qu’il ne faut pas nier.

VA/ De quoi Cuba a-t-il surtout besoin pour se développer ?

Je crois que là aussi j’ai commencé à répondre dans la question précédente et donc de mon point de vu, Cuba a besoin que le blocus imposé par les Etats-Unis cesse complètement. Une fois que ce blocus injuste arrêtera d’exister, alors Cuba pourra investir librement dans plusieurs secteurs économiques et se développer. Il y a quelques semaines, une cliente polonaise m’a confié qu’elle avait été très surprise, à La Havane, de voir que ceux qui tenaient “la casa particular” (chambre d’hôte) et qui lui servaient le déjeuner, nettoyaient la salle de bain… étaient un couple de cadres cubains, lui chirurgiens, et elle avocate, et qu’en Europe, ils gagneraient très bien leur vie et ne feraient jamais ce type de travail. Et cela m’a fait doucement sourire parce qu’en plus d’être nécessaire, les Cubains n’ont pas de complexes à faire telle ou telle activité, surtout si c’est pour gagner sa vie sans être redevable à quiconque. C’est aussi pour cela que je pense que permettre les investissements étrangers à Cuba serait le moyen d’assurer un meilleur développement de la société cubaine et qu’il est vital aussi de garantir des meilleurs salaires pour tous.

 VA/Le tourisme ou les touristes peuvent-ils être un plus ?

La meilleure aide que les touristes puissent apporter à Cuba serait déjà de dire la vérité de ce qu’ils ont vu dans le pays et revenir plusieurs fois sur place. Arriver à ce qu’ils expliquent à leurs amis et collègues qu’à Cuba, la vie n’est pas facile comme dans de nombreuses parties du monde, mais que malgré tout, c’est n’est pas non plus le pire pays de la terre.

Alex

A l’ancienne gare de Trinidad@GClastres

VA/ Qu’est ce qu’il est déconseillé de faire à Cuba pour un touriste ?

Le pire est de ne pas respecter le pays et ses symboles, ne pas respecter ses personnages et son histoire, sa culture. Je pense qu’on peut avoir des idées différentes, et même échanger à ce sujet, ne pas être d’accord, mais jamais je n’irais en France pour dire du mal de la France, de son histoire, de son évolution sociale. Je suis sûre que ce ne serait pas très au goût des Français.

VA/ Quel est ton meilleur souvenir avec tes clients ?

Mon meilleur souvenir est de parler de mon pays et d’aider mes clients à comprendre mieux la société cubaine d’aujourd’hui. Et mon grand plaisir et de voir qu’ils prennent du plaisir à être avec moi, et que malgré notre condition modeste, nous ne sommes pas si malheureux si démunis que cela car pour ce qui est du moral, je défis quiconque de rencontrer dans le monde des personnes aussi heureuses de vivre que les Cubains. Et lorsque je travaille, j’éprouve un plaisir infini, parce que c’est aussi ma façon à moi d’aider mon pays.

 

———— ALLER PLUS LOIN ——————–

Contacter Alex pour découvrir Cuba avec lui :

Tel : 53 54082373

Mail/Correo : alex2014@nauta.cu.


Rencontre avec Alex, guide cubain à Trinidad. | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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