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Le quotidien d’une usine roumaine croqué en noir et blanc

| 18 mai 2017 • Mis à jour le 18.05.2017 à 14h50
Thèmatique :  Livres   Territoire 
         

Chassez le naturel, il revient au galop ! Vincent Groguennec était parti à Cluj dans le cadre d’un échange ERASMUS pour intégrer une Université d’art et de design, il a finalement passé six mois à  croquer le quotidien des ouvriers d’une usine où l’on répare et rénove du matériel roulant de chemin de fer. L’ensemble de ses notes et dessins ont été regroupés dans un ouvrage aussi nommé « Carnet d’Observation », 16 Februarie Romanie », qui nous fait voyager dans une Roumanie travailleuse, sous le regard humaniste d’un jeune homme dont les traits esquissent déjà des lendemains prometteurs.

16 February ROMANIA, carnet d'exploration d'une usine roumaine

16 February ROMANIA @DR

Lorsqu’il décide de troquer l’UAD (Université d’art et de design) pour les chemins buissonniers de Cluj, Vincent Groguennec a là une intuition heureuse, l’école du monde est parfois tout aussi formatrice que ses murs plus académiques. Son regard, attentif et bienveillant, fait le reste. Armé d’un simple carnet à dessin, il sait se faire oublier et affuter son regard autant que son crayon pour croquer avec souplesse les gestes des travailleurs. Peu à peu, la vie fourmillante de l’usine se dessine, accompagnée de petits textes d’ambiance : « Aujourd’hui, je suis allée à la forge peu après midi. L’heure de la pause. Tout était somnolence : la lumière baignait calmement les hommes et les machines, le grutier faisait un petit somme tout là-haut sous sa casquette, la mélodie des tuyaux et des marteaux immobiles berçait la halle, le chef piquait du nez, bras croisé auprès du four, les autres vaquaient lentement à quelques menues activités. »

Usine Roumaine

16 February ROMANIA@DR

On suit alors la quête du jeune-homme, qui par petites touches poétiques ou dessinées, nous fait peu à peu entrer dans l’intimité des travailleurs. On découvre Liviu, qui lui offre un petit pain fourré aux choux et un morceau de gâteau aux pommes que sa femme lui a préparé pendant que Fabian est aux commandes du marteau-pilon, puis un atelier de confection de caoutchouc où « Trois femmes étaient tranquillement assises autour d’une table jonchée de moules en métal et de pièces en caoutchouc de formes diverses, joints, lanières, courroies… » Parfois, quelques photos viennent s’immiscer entre les croquis, des rencontres, des projets parallèles, à l’image de la création d’ateliers sonores par Sylvain Gire (Arte Radio), ou de l’atelier Radio 10 né à Belleville, et bien d’autres projets qui se croisent et s’entrecroisent.

Roumanie

D’Orange et de bitume@DR

Et Vincent Groguennec de poursuivre ses rencontres, parfois présence muette, parfois interlocuteur curieux qui aime à faire parler les hommes de l’atelier, sur le communiste, sur Ceaucescu, sur le quotidien aussi… Puis, il y a les jours sans, et c’est tout aussi intéressant à vivre au côté du jeune homme : « Il y a des jours comme aujourd’hui où je peine à trouver ma place. J’arrive dans une halle où des gens travaillent, je leur demande si je peux dessiner, on me dit : Allez-y ! Je sors mon carnet, j’observe, je cherche un endroit où me positionner pour ne pas me retrouver dans les pattes d’un gars. Il y en a un qui soude sur un châssis de bogie, d’autres plus loin s’affairent sur le toit d’un train, deux autres encore là-bas sont à demi cachés sur le capot d’un moteur électrique… » Un peu plus tôt dans l’ouvrage, il nous confiait quelques phrases retenues d’un documentaire de Cartier-Bresson. « Quand on veut quelque chose, on ne l’a pas. Cézanne dit que quand il peint, s’il se met à penser, tout fout le camp…. » Et de conclure sur la disponibilité à l’instant, la non intention, des pensées et réflexions philosophiques qui achèvent de donner à ce carnet une profondeur et un écho particulièrement mature.

—————–

16 February Romania, [Carnet d’Observation] d’une usine roumaine, Vincent Groguennec, La Boîte à Bulles, 2017. 22 €.

Rouamnie

Roumanie@DR

 


Le quotidien d’une usine roumaine croqué en noir et blanc | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres

Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l’Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l’Asie. Reportages divers.


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