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L’île de Gorée, symbole et mémoire de l’histoire sénégalaise

| Publié le 3 juillet 2024
Thèmatique :  Éducation   Espaces protégés   Portrait 
             

Difficile aujourd’hui quand on se promène sur l’île de Gorée entre les petites maisons de couleurs, les baobabs, fromagers et autres sabliers, d’imaginer que ce fut depuis cette île sénégalaise que partirent des milliers d’Africains vendus comme esclaves à de riches planteurs américains. Inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1978, Gorée est à présent un musée vivant qui accueille près de 700 000 touristes à l’année.

Arrivée sur Ile de Gorée©G.Clastres

Une île phare du tourisme mémoriel

Située face à Dakar et facilement accessible par bateau (20 à 30 mn de traversée) une fois le saut de puce en avion effectué depuis le continent, Gorée est aujourd’hui majoritairement peuplée de touristes, puisqu’ils sont près de 15 000 à venir chaque jour découvrir l’île et se recueillir dans ce lieu emblématique qui vit partir des milliers d’hommes et de femmes vers les plantations d’Amériques. On croise ainsi des Antillais qui refont l’histoire en chemin inverse et reviennent sur leurs racines pour découvrir le lieu d’où sont partis leurs ancêtres, mais aussi des Américains, des Occidentaux, et beaucoup de Maliens, d’Ivoiriens, concernés par cette histoire qui fut aussi l’épicentre d’un commerce des esclaves qui déborda sur toute l’Afrique.

Pendant très longtemps occupée par une population de pêcheurs, les Lébou, Gorée fut ensuite tour à tour sous domination portugaise, néerlandaise, anglaise et française, véritable point stratégique qui permettait de rejoindre les côtes américaines en un mois et demi de navigation (8 000 kilomètres). Aujourd’hui, ses maisons de couleur témoignent encore de ce passé colonial, chaque pays ayant laissé son empreinte sur les murs, rouge pour le Portugal, jaune pour l’Angleterre et blanc pour la France, autant de marques d’un passé qui s’égrène au fil des ruelles.

Ruelle de Ile de Gorée©G.Clastres

Déambulation au cœur de l’ile

Mohammed nous guide à travers l’île. Son père a combattu avec l’armée française quand sa mère, griotte, transmet l’histoire orale de génération en génération. Une ascendance reprise avec brio par un Mohammed intarissable qui officie comme guide touristique. Il nous indique la maison jaune où il vit, derrière un grand terrain de foot en terre  battue, son école élémentaire (Léopold Angrand), toujours là, et nous mène sur une des principales places du village,= où entre un badamia, un sablier et un baobab (« l’immodium  local » tant sa poudre fait des miracles), trône un fromager, l’arbre à palabre, et un kiosque à musique où se réunissent les anciens. Plus loin, c’est un poste de police puis l’ancienne Ecole Normale Supérieure qui accueillit William Ponty, un grand président, et qui format des générations de cadres africains pendant l’époque coloniale. L’école a été transférée à Dakar en 1937, mais sa présence montre l’influence qu’a alors eu Gorée sur toute la région. Aujourd’hui, nombre d’anciens élèves, nostalgiques, rêvent de restaurer le site.

Mohammed et Malick. Ile de Gorée©G.Clastres

Il faut dire que les nombreux bâtiments que nous croisons sur l’île sont souvent défraichis, l’état sénégalais manquent de fonds pour les préserver et seuls quelques projets privés semblent s’esquisser. C’est d’autant plus dommage que l’île est un musée à ciel ouvert, avec un incroyable patrimoine protégé par son inscription à l’Unesco. Parmi ces fantômes du passé, le Palais du Gouverneur qui attend désespérément d’être restauré a un charme tout particulier. On croise ensuite au fil des ruelles le bâtiment de l’Ordre Souverain de Malte, une ancienne école de médecine devenu un centre médical géré par des sœurs, l’église Saint-Charles-Borromée (1830) située sur la rue du Chevalier de Boufflers, l’ancien couvent Léopold Senghor, une mosquée, la maison du maire actuel de Gorée, Augustin Senghor,  vice-président de la Fédération de Foot, ce qui a son importance au pays des Lions du Sénégal. Mohammed est intarissable, il nous signale encore une école d’excellence pour les jeunes filles qui forme près de 250 élèves prises en charge par l’Etat sénégalais, la maison de Blaise Gagne (1872-1934), premier député noir à la Chambre, le centre socio-culturel Boubaccar Joseph NDaye et son amphithéâtre, et aussi une imprimerie, des hôtels abandonnés (ancien ou futur Radisson hôtel !??) mais aussi de charmantes maisons d’hôtes pour touristes qui ont aussi germées ça-et-là au milieu des bougainvilliers, des hibiscus, et des belles de nuit qui enflamment les murs.

Palais du Gouverneur. Ile de Gorée©G.Clastres

La Maison des esclaves

Mais au-delà de ces bâtiments qu’il est impossible de tous citer, il y a La Maison des Esclaves, site phare de Gorée et triste témoignage de la traite négrière, une traite faite par des Européens mais aussi des Africains, des Arabes, telle la traite Atlantique ou la traite des noirs de Zanzibar (Afrique de l’Est) qui prit d’autres chemins. A Gorée, il existait plus de vingt esclaveries. La première, construite par les Portugais, remonterait à 1536. Celle qui se visite aujourd’hui date de 1780 et a été achetée par l’état sénégalais pour être transformée en musée, symbole de la déportation des noirs qui dura presque 4 siècles, au prix de 30 à 40 millions de noirs amenés de force sur les côtes américaines. On sait que six  millions moururent de privation car seuls les plus résistants partaient. Une fois sur place, hommes et femmes étaient séparés suivant leur sexe et leur âge et entassés dans des cellules. Le poids avait aussi son importance, plus un homme pesait lourd, plus il était vendu un bon prix. Tous passaient donc en chambre de pesage et s’ils ne dépassaient pas 60 kilos, se faisaient engraissés jusqu’au départ avec force haricots niébé baignés d’huile de palme….

Maison des Esclaves©G.Clastres

L’esclaverie pouvait compter jusqu’à 150 à 200 esclaves qui attendaient parfois jusqu’à 4 mois avant d’être embarqués pour l’Amérique. Le transport se faisait en bateau à voile. Les esclaves avaient des numéros, un matricule, et une fois arrivés dans les plantations américaines, leurs nouveaux maitres leur donnaient un prénom anglo-saxon. Dans la Maison, les hommes étaient enfermés au rez-de-chaussée, enchainés, adossés au mur, ne quittant leurs chaines ni pour manger ni pour aller aux toilettes. Les enfants étaient couchés à même le sol, torses nus. En guise de fenêtre, des meurtrières pour éviter toute évasion et toute vie privée. Choisis parmi les esclaves, les gardiens veillaient, les hommes trop faibles ou malades étaient souvent jetés à la mer. Et quand arrivait le moment du départ, c’était la porte du fond, celle qui donnait sur la mer, la « Porte du voyage sans retour ». Aujourd’hui, la Maison des Esclaves est là pour nous rappeler ce triste passé mais reste avant tout  un lieu de célébration de la réconciliation et du pardon entre les peuples. 

Traversée Gorée-Dakar©G.Clastres

L’île de Gorée, symbole et mémoire de l’histoire sénégalaise | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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