#TourismeDurable
La feuille de chou est là

Cultures Locales : nouvelle plateforme de vente et livraison de produits locaux !

| Publié le 13 avril 2020 • Mis à jour le 13 avril 2020 à 9h45
         

A l’heure où le confinement entre dans sa 4e semaine, Thierry Clastres n’a jamais eu autant de travail. Si l’on avait dit à ce Parisien d’adoption que le projet qu’il portait depuis des années et qu’il a finalement lancé en début d’année aurait une croissance éclair portée à bout de bras par un virus invisible, l’aurait-il seulement cru. Et pourtant, telle est la réalité. Nouvelle plateforme de vente en ligne et de livraison (à vélo !) de produits locaux au cœur de Paris et de sa petite couronne, Cultures Locales est aujourd’hui plébiscitée par de nombreux parisiens désireux de continuer à se nourrir sainement malgré les contraintes liées au covid-19.

Cultures locales@DR

VA/ Vous avez lancé en décembre dernier Cultures Locales, pouvez-vous nous expliquer le principe de cette plateforme ?

Cultures Locales est une épicerie en ligne qui permet aux parisiens et aux habitants des communes limitrophes de faire leurs courses parmi une sélection de produits cultivés ou produits dans un rayon de 120km autour de Paris. Je précise que les livraisons sont effectuées par nos livreurs à bicyclette, pour rester dans notre logique durable et responsable.

VA/ Combien de temps vous a-t-il fallu pour monter ce projet et avez-vous bénéficié d’un incubateur pour vous lancer ?

Le projet a vu le jour après trois ans de travail. Il a d’abord fallut réaliser un important travail de sourcing afin d’identifier et de cartographier le réseau agricole et artisanal francilien, puis visiter les exploitations agricoles ou ateliers de fabrication, goûter et sélectionner les produits et enfin, convaincre les producteurs et artisans de participer au projet Cultures Locales. En parallèle a également débuté la construction de la boutique en ligne entièrement créée en collaboration avec une équipe de développeurs et un directeur artistique. La recherche de financements a également fait l’objet d’une course de longue haleine avec de multiples refus dus à la frilosité des banques à financer du e-commerce.

VA/ En quoi votre plateforme Cultures Locales se distingue-t-elle de formules déjà existantes à Paris type les Amap, kelbongoo ou La Ruche qui dit oui ?

A travers Cultures Locales, j’ai voulu rendre l’acte d’achat de courses alimentaires simple et pratique : vous commandez quand vous en avez besoin et vous êtes livrés où et quand vous le souhaitez dans un délai de 48 heures. Personnellement, j’adore faire mon marché le dimanche matin et y choisir les produits de saison et ceux recommandés par mes artisans favoris. Néanmoins, je manque parfois de temps, suis absent ce jour-là ou ai tout simplement la flemme de m’y rendre. J’ai également pensé au rythme de vie parisien souvent caractérisé par le temps passé dans les transports en commun ou des horaires de travail à rallonge. Rendre la commande de courses simple et pratique c’est donc dégager plus de temps pour se consacrer à sa famille, à ses proches ou à ses activités favorites. 

Carottes locales@DR

VA/ Comment avez-vous sélectionné les producteurs qui alimentent la plateforme ?

Cette étape du projet a été passionnante et humainement très enrichissante. Les rencontres ont souvent débuté par « Tiens, tu devrais aller voir untel, il fait de super produits… ». Les premiers maraîchers que je suis allé rencontrer, Élise et Thierry Riant, m’ont été recommandés par une jeune cheffe qui, après un apprentissage dans des établissements étoilés parisiens, avait continué à se fournir auprès de ce couple de maraîchers de la proche banlieue parisienne.  Ensuite, lors de chaque visite, chaque producteur me conseillait d’aller faire la connaissance d’un voisin, agriculteur ou artisan. Au départ, j’avais déterminé un cahier des charges bien précis : des exploitations à taille humaine, une agriculture biologique ou raisonnée… Mais je me suis vite rendu compte que les agriculteurs/artisans qui travaillent de la sorte ne vous recommandent que des producteurs qui ont la même philosophie et la même vision de leur métier. Au stade final de la dégustation, la qualité du travail et le savoir-faire se retrouvaient naturellement dans le goût et le plaisir à déguster ces produits.

VA/ Vos prix restent élevés si on regarde vos “concurrents”, comment expliquez-vous cette différence ? Et plus avant, pouvez-vous nous expliquer votre modèle économique ?

Je ne partage pas cette opinion car je ne considère pas les références citées précédemment comme des concurrents directs : nous ne proposons pas le même service.  En effet, Cultures Locales permet à ses clients de recevoir leurs courses 48 heures après leur commande et en plus de se les voir livrées à domicile. Ce service a forcément un double coût : un coût logistique lié à l’organisation en termes de collecte quotidienne auprès de nos producteurs afin de proposer des produits ultra-frais ; mais aussi la mise en place d’une logistique liée à la livraison à domicile des paniers de courses commandés. A ce titre, nous avons souhaité ne travailler qu’avec des partenaires coursiers qui salarient leurs collaborateurs. Tous les coursiers qui livrent des paniers de courses Cultures Locales bénéficient donc d’un salaire et des droits sociaux qui en découlent. Le coût est évidemment plus élevé que de faire appels à des prestataires autoentrepreneurs mais dans la vision que nous avons d’une économie durable, ce choix nous apparaissait évident.

Dans ce souci de placer l’humain au cœur du projet, il nous est également apparu indispensable de laisser nos partenaires agriculteurs ou artisans fixer le prix de vente de leurs produits. Défendre, promouvoir et pérenniser une agriculture de proximité durable, c’est surtout leur permettre de retirer un revenu décent de leur travail. En outre, nos producteurs emploient de la main d’œuvre salariée, paient des charges sociales en conséquence et sont soumis à des impôts en France. Cela aussi a un coût. Plusieurs documentaires ont récemment mis en lumière les conditions de travail et de culture dans les mega-exploitations du sud de l’Europe. Le consommateur doit en prendre conscience et ne peut pas fermer les yeux quand il fait ses courses.

Pour en revenir à la question du prix de vente final de nos produits, Cultures Locales n’a pas vocation à devenir une épicerie haut de gamme seulement accessible aux plus aisés. A ce titre, nos prix sont globalement moins chers que les concurrents qui proposent le même service.  Mais pour assurer l’avenir de l’entreprise, il est nécessaire d’atteindre un certain volume de vente. 

VA/ Comment vous faire connaitre et gagner en visibilité dans cet univers de plus en plus concurrentiel du circuit court ?

Je réponds à cet entretien dans un contexte d’épidémie covid-19 qui a vu les consommateurs se tourner massivement vers à la fois, la livraison de courses à domicile et les produits issus d’une agriculture de proximité.  En répondant complètement à cette demande, Cultures Locales a ainsi vu son volume d’activité croître massivement en quelques jours.  Cette notoriété s’était bâtie jusqu’alors par le biais d’une campagne webmarketing (Google Ads, display, référencement naturel…) et un début de campagne de relations presse.

Mais le contexte covid-19, a mis notre structure en lumière à travers de nombreux articles de presse recensant des initiatives telles que Cultures Locales. En effet, des médias à forte audience ou fortement prescripteurs (Le Fooding, Le Monde, Libération…) ont référencé et ont chroniqué le projet. Des blogs et des comptes Instagram influents ont également relayé l’information. Enfin, il est aujourd’hui indispensable non seulement d’être présent mais surtout d’établir une stratégie d’action sur les réseaux sociaux. C’est un chantier sur lequel nous ne sommes pas encore performants et qu’il sera nécessaire de travailler pour fidéliser et développer la nouvelle communauté Cultures Locales.

VA/ A l’heure d’aujourd’hui, avez-vous déjà réussi à fidéliser une clientèle ? Comment la décririez-vous ? Et à quel niveau de commande pensez-vous pouvoir être rentable ?

Pour l’instant, nos clients sont plutôt en phase de découverte même si certains clients sont bien sûr fidèles et passent des commandes régulièrement voire toutes les semaines. Il est encore difficile d’avoir du recul pour tenter de décrire la clientèle de Cultures Locales. Nous avons toutefois pu constater que les commandes proviennent de tous les arrondissements de Paris et de façon assez équilibrée. Il en est de même pour les communes limitrophes que nous desservons. Cela nous conforte dans la vision d’un projet accessible au plus grand nombre. Actuellement et dans ce contexte covid-19, nous assurons une trentaine de livraisons par jour. C’est le volume d’activité qui avait été planifié pour la fin de la deuxième année d’existence de Cultures Locales.  C’est aussi le volume de commandes qui permettrait à l’entreprise d’être rentable et de se structurer.

Batavia@DR

VA/ Quels sont les produits qui marchent le mieux à l’heure d’aujourd’hui ?

Nous sommes encore à la fin de l’hiver donc les produits classiques comme les œufs, les pommes de terre, les pommes, les carottes ou les poireaux sont très commandés. Mais pour l’anecdote, j’avoue avoir été extrêmement surpris par la consommation d’oignons jaunes de nos clients. C’est considérable ! Sinon, nos clients apprécient aussi beaucoup les produits laitiers que nous commercialisons (yaourts et fromages notamment). 

VA/ Cultures Locales, c’est un nom qui peut prêter à confusion non ?

C’est un vrai casse-tête de choisir le nom de son entreprise, surtout quand il s’agit d’un commerce en ligne. Que de brainstormings entre amis, où nous avons pu passer des soirées entières à chercher la révélation ! Finalement, il n’y a pas eu de révélation mais plutôt l’évocation à la fois d’un rapport à la terre et à la proximité mais aussi à la transmission de savoir-faire. En effet, l’agriculture maraîchère et les métiers de bouche font partie du patrimoine historique de la région Île-de-France. Aussi peu de franciliens en ont conscience mais leur région, qui était autrefois surnommée le grenier de la France, voit encore la moitié de sa surface (hors forêt) composée de surfaces agricoles.

VA/ Une dernière chose à ajouter ?

Je constate, dans ce contexte covid-19, un intérêt des consommateurs pour cette agriculture de proximité que promeut Cultures Locales. J’espère que nous sortirons de cette période compliquée avec le moins de victimes possible. Mais l’épreuve que nous traversons peut également favoriser une prise de conscience et l’avènement de nouveaux modes de consommation plus vertueux, responsables et respectueux de notre environnement.


Cultures Locales : nouvelle plateforme de vente et livraison de produits locaux ! | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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