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Comment découvrir la Palestine en marchant ?

| 8 mai 2017 • Mis à jour le 08.05.2017 à 13h34
Thèmatique :  Acteur associatif   Bons plans   Conseils   Initiative régionale   Projet solidaire   Routes du Monde 
         

Comment découvrir la Palestine en marchant ? Par ex en lisant ce (long) récit! Et prendre le sentier de la paix, le légendaire sentier d’Abraham, tracé du Nord au Sud, en étant hébergés dans des communautés ou familles palestiniennes. Tel était notre projet de vacances de Pâques, avec une bande de copains. Ce projet de soutien à un tourisme culturel, cultuel et appuyé sur les communautés d’habitants, avec qui échanger sur leurs vécus tout en leur apportant des ressources économiques, est bien parti, avec le soutien de partenaires nombreux, voir le détail là : http://masaribrahim.ps/fr/

Fresque murale sur l’écolier tué par balle par un soldat posté sur le mur de séparation à Bethléem

Tout au long de ce voyage de découverte (plutôt qu’un trek car le niveau physique est assez facile) nous avons été très bien accueillis par les Palestiniens, avides de contacts et échanges avec des Européens.

Et ce fut un choc réel, pour tous les amis qui faisaient partie de notre groupe de 10, de voir en vrai ce que nous savions « intellectuellement », de découvrir la violence de l’occupation Israélienne: l’occupation militaire (avec de jeunes soldats surarmés partout, y compris dans les lieux saints, dont l’accès est pourtant très filtré), des check-points, des miradors et barbelés, des blindés, l’encerclement et le découpage du maigre territoire palestinien en pointillés avec l’occupation de tous les points hauts par des colonies qui captent les maigres ressources en eau, les routes réservées aux colons, l’horrible mur de séparation en béton de plus de 800 kms qui balafre le territoire, …

le mur de séparation à Bethléem

Les responsabilités de cette situation sont multiples et remontent parfois très loin, dans l’espace comme dans le temps, vu la richesse de l’histoire de la région. Mais force est de constater en 2017 l’inégalité énorme des conditions de vie entre les populations palestiniennes et israéliennes (et cet écart grandit encore en intégrant les bédouins…).

Comment espérer la paix dans un tel climat, avec des actes quotidiens, répétés, aussi fortement discriminants ? Les religions, omniprésentes, ne sont pas forcément d’un grand secours pour cela tant elles sont (trop souvent !) sources de tensions supplémentaires…

un ex de mirador blindé – poste de tir qui hérisse le mur régulièrement

Nous démarrons par la découverte de Bethléem, sa multitude d’églises et de mosquées, son caractère bigarré. Puis en banlieue le camp de réfugiés d’AIDA ou nous voyons le mur de séparation pour la première fois, coupant la ville en deux, avec des soldats prêts à tirer à balles réelles sur tout jeune palestinien, y compris parfois un gamin de 10 ans rentrant de l’école (voir photo de son portrait mural, tué net), ce qui a entrainé l’incendie du mirador par les palestiniens révoltés. L’école des Nations unies proche a du murer les fenêtres donnant sur le mirador pour protéger les enfants. Et sur le jardin d’enfant proche du mur il a fallu monter un grillage stoppant les grenades lacrymogènes envoyées depuis le mur, pour au moins permettre la mise à l’abri des enfants avant que les lacrymogènes noient la zone. Bref, une stratégie de la tension permanente qu’entretient une armée surpuissante.
Mais le mur a donné lieu à une floraison de fresques, de street-art avec des pointures comme Banksy qui a même un musée-hotel très intéressant juste en face du mur.
La culture, un bel outil de résistance !

Image reproduite dans le musée BANKSY, faite sur le mur lui même

A Aida nous rencontrons le président d’une association, Mr Abdelfattah ABUSROUR, un francophone parfait (il a fait ses études en France), qui développe des actions culturelles et sportives avec les jeunes du camp pour développer leurs potentiels, les amener à voyager, découvrir d’autres univers et les détourner de l’envie d’aller tuer, se faire tuer ou exploser par désespoir. Cette association fait un travail communautaire remarquable et recherche des contacts partout dans le monde  : http://www.alrowwad.org/fr/

La partie de sentier que nous avons choisi démarre à BATTIR, village classé par l’UNESCO, ce qui a permis de lui éviter une captation de ses ressources en eau par les colons proches. Les parcelles, très densément cultivées, irriguées par un réseau de canaux très anciens, témoignent des capacités agricoles des palestiniens, quand on leur permet d’avoir accès à l’eau.

Réserve d’eau à BATTIR (et piscine sauvage)

Puis nous randonnons 6 h dans le WADI QELT, un canyon, en suivant le canal d’irrigation jusqu’au monastère orthodoxe de St Georges, très jolie ballade, avec un vendeur de jus d’orange installé en plein désert à qui nous avons fourni son CA du jour.

Trek dans le Wadi quelt à l’arrivée au monsatère St Georges

Le soir nous sommes hébergés dans un gite géré par une association de femmes du camp d’AQBAT JABER, à Jericho, plus vieille cité connue du monde, à -220 mètres !
La chaleur est supportable avec la proximité de la mer morte ou nous allons nous baigner (à -420 mètres !) enfin flotter plutôt car le taux de salinité rend impossible la natation « normale » : sans effort on peut quasiment marcher sur l’eau –o). La douche sur place est obligatoire tant l’eau est salée et agresse les muqueuses, blessures… ce qui « justifie » un droit d’entrée élevé de 57 Shekels (soit 15 €) / personne. Et là encore les Palestiniens ne sont pas libres d’y accéder, cantonnés à 3 plages. Bref très peu d’entre eux peuvent aller se baigner dans cette mer si curieuse, en cours de régression forte vu le pillage de la ressource en eau.

Le lendemain nous allons visiter le palais d’Hicham, à Jericho, hélas détruit par un tremblement de terre 4 ans après sa construction. Puis nous allons voir le Jourdain, dont les eaux séparent la Jordanie de la Cisjordanie, où des chrétiens du monde entier mais surtout des Amériques, viennent se faire baptiser dans la rivière, dans une ambiance de ferveur dingue, avec une sono puissante diffusant du rock « évangélique » ! Surréaliste !

Puis nous faisons une belle et longue marche dans un oued desséché puis en montagne, avec des vestiges d’occupation humaine très anciens, et même des chamois locaux, pas farouches malgré la faible fréquentation de la zone.

Trek avec guide bédouin vers campement de tente

Et nous sommes accueillis dans une communauté de bédouins, sous la tente, découvrant les dures réalités de leur vie de nomades éleveurs, que l’armée Israélienne tente de sédentariser en détruisant leurs camps dès qu’ils les abandonnent quelques jours. Mais ils résistent, attachés à leur mode de vie qui est adapté à la faiblesse des ressources locales en eau, la terre si aride,…

C’est d’ailleurs un autre trait marquant de ce voyage, le caractère écologiquement insoutenable du mode de développement des israéliens (surtout les colons) sur ce petit territoire très peuplé et sans grandes ressources naturelles. La bataille de l’eau y est quotidiennement perdue par les palestiniens, qui doivent racheter à la compagnie Israélienne qui a le monopole, leur eau 4 fois plus cher que celle des Israéliens ! Avec des coupures fréquentes en été, donc les maisons des palestiniens sont toutes surmontées d’horribles bidons pour la stocker, alors qu’elle coule sans limitation dans les colonies : la consommation moyenne / habitant et / an est de 70 litres pour les palestiniens (et beaucoup moins pour les bédouins !), 150 en France, 250 en Israël et 400 dans les colonies, toutes très arborées dans un paysage minéral, encore une manière de montrer sa force sans doute.

L’accueil des bédouins est très chaleureux, avec un festin cuit dans un « four » bédouin enterré dans le sol, les braises étant posées au fond.

Repas cuit dans un four bédouin enterré

Le lendemain nous randonnons à nouveau dans le désert de pierres pour rejoindre une autre communauté de bédouins, avec un entrepreneur bédouin qui a monté un camp pour touristes, bien aménagé, avec même des douches ! Et vue imprenable à 900 m d’altitude sur le désert de Judée.

Puis direction Hébron ou nous sommes hébergés dans des familles palestiniennes, après avoir traversé un check-point sévère pour vsiter la vieille ville, sinistrée par l’impact de la présence de 400 colons ultras, qui provoquent les palestiniens en balançant des ordures, pierres,…dans leurs rues depuis leurs balcons (d’où les grillages au-dessus des rues). Ces colons sont protégés par 2000 soldats qui quadrillent la cité. Et depuis le massacre de la mosquée d’Hébron (un colon fanatisé a tiré à la mitraillette sur les musulmans en prière, en tuant 29 et blessant 200) l’ambiance est lourde et le souk moribond.

Hébron et ses filets de protection contre les jets des colons

Nous rejoignons ensuite Jerusalem pour plusieurs jours de visite de son très riche patrimoine culturel et cultuel, son ambiance variée selon les quartiers (chrétien, juif, musulman, arménien) ou la cohabitation semble possible. Nous sommes hébergés dans la maison d’Abraham, au Secours Catholique, à 15 minutes à pied des remparts, ce qui facilite les visites pédestres du Mont des Oliviers, de la cité, …

Jerusalem, domes du rocher, vue depuis la maison d’Abraham

Avant de repartir nous ferons, par curiosité et sans lien direct avec le sentier d’Abraham, 3 escapades à la journée en bus, dans des territoires aux antipodes : Tel-Aviv ou l’un d’entre nous, architecte, nous a montré les richesses du patrimoine du Bauhaus. Contraste saisissant avec Jérusalem, qui n’est pourtant qu’à 1 h de route : aux tenues strictes imposées par les diverses religions succèdent les minishorts et débardeurs des yuppies qui courent, prennent des brunchs, font du vélo, bronzent sur un bord de mer à la californienne (pelouses, pistes cyclables, gratte-ciels, …). Tel-Aviv est une ville ouverte, gaie, branchée, au top de la « modernité », au point de faire oublier la guerre rampante, une sorte de bulle occidentalisée mais chaleureuse, sympa.

Tel-Aviv, un bord de mer à la californienne

Et Naplouse, haut lieu de la résistance palestinienne, avec sa vieille ville charmante, aux rues étroites que Tsahal a défoncé avec ses bombes aériennes, ses chars et ses bulldozers blindés pour y traquer les « chouhadas » (martyrs) dont les portraits sont sur tous les murs. Le souk y est très vivant, plus authentique (et moins cher) qu’à Jérusalem.

Enfin nous sommes allés visiter « TENT OF NATIONS », ou la famille Nassar nous a accueillis sur ses terres pour une expérience forte en paroles et gestes de recherche de paix. C’est une ferme banale mais sise en haut d’une colline à proximité de Bethléem, cernée par 5 colonies impressionnantes de richesses et qui veulent donc s’étendre sur ce point aussi. Sans eau courante ni accès au réseau électrique la famille tient bon depuis plus de 15 ans face aux pressions constantes, menaces armées, destructions d’arbres (350 oliviers), procès à répétition (200 000 $ de frais de justice, payés par la solidarité), barrage de route par des blocs rocheux rendant l’accès en voiture impossible, tentative d’achat à tout prix (un chèque en blanc leur a été proposé !). Mais Daoud Nassar refuse, comme ses frères et sœurs, de vendre le patrimoine familial, préférant vivre dans une grotte aménagée et une pauvre maison, en accueillant des volontaires internationaux et des jeunes palestiniens qu’il forme à la lutte non violente et à l’agro-écologie, avec un sens de l’économie incroyable.
La présence d’étrangers a stoppé les violences des colons (qui, malgré les plaintes déposées en bonne et due forme, n’ont jamais abouti à un procès) et la ferme se développe à nouveau, avec l’aide des bénévoles et donateurs. Chacun peut aider à planter un olivier là-bas en donnant là : http://www.tentofnations.org/support/sponsor-a-tree/.

Tent of nation, des pierres accueillantes

Au-delà du plaisir de la marche dans une terre chargée d’histoire la découverte « in concreto » des conséquences de l’occupation Israélienne nous a tous frappés. L’espoir de paix durable semble diminuer inéluctablement au fur et à mesure de l’expansion des colonies (400 000 colons installés là), fortement protégées par l’Etat d’Israël. Les Palestiniens en sont réduits à louvoyer sur une « peau de léopard » de plus en plus réduite. L’image qui s’impose est celle des « bantoustans » d’Afrique du Sud avant la suppression de l’apartheid… qui a fini par s’effondrer malgré sa puissance militaire ! Mais où est le Mandela local ? Et quel soutien de la communauté internationale, si timorée à ce jour ?

Mr ABUSROUR, président de l’association ALROWWAD du camp de réfugiés d’AIDA, présente ce qui reste de territoires aux Palestiniens

Dans ce contexte compliqué nous avons eu le sentiment de contribuer très modestement, à la façon des colibris, à la recherche de dialogue, par notre présence, notre écoute, nos échanges avec les habitants et associations rencontrées. Allez-y, l’accueil est très bon ! Et marcher sur le sentier de la paix, dont les 321 kms du Nord au Sud offrent des choix d’itinéraires variés et modulables à volonté, c’est une belle expérience !

Accueil musical par les bédouins

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Et nous ne sommes pas seuls à le penser : http://www.trekmag.com/news-palestine-sentier-abraham


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Par Pierre Meriaux

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