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L’IFTM Top Resa, nouveau salon du tourisme durable ?

| Publié le 23 septembre 2022 • Mis à jour le 24 septembre 2022 à 6h39
Thèmatique :  Acteur privé   Conseils   Initiative nationale   Monde   Tourisme de masse 
         

Mais qu’est-il arrivé à l’IFTM Top Resa ? Avec près de vingt conférences où il est directement ou indirectement question de tourisme durable, de nombreux stands où l’on vous vante là des flottes d’avions renouvelées pour économiser le CO2, ici des séjours entièrement responsables, là encore des formations RSE, et même un espace durable (ATD !) planté au cœur, on en arriverait presque à se demander s’il est encore sage de voyager… Alors certes, s’il est heureux de constater combien la petite voix fluette des militants d’un autre tourisme est devenue peu à peu une évidence pour tous, il faut aussi souligner que de plus en plus d’acteurs réalisent que le durable rejoint l’économiquement viable. Du gagnant gagnant qui, on l’espère, continuera à transformer les pratiques au-delà des vitrines et des résistances, car s’il reste encore de nombreux sujets sur la table, il aura peut-être aussi fallu une pandémie mondiale, une triste guerre et un été caniculaire, pour faire comprendre à l’ensemble d’un secteur combien le voyage lointain va devenir un luxe et une chance pour beaucoup d’entre nous.

Un autre tourisme est-il possible (donc…) ?

Un autre tourisme est-il possible, c’était l’une des nombreuses conférences organisée dans les allées du salon. La question n’est pas nouvelle. On serait d’ailleurs presque étonné que l’on en soit encore à s’interroger aussi vaguement sur un enjeu aussi évident que celui de penser le tourisme différemment. Les débats, à l’encan, ont été extrêmement décevants. Outre le fait de revenir sur une polémique (ce fameux colloque en Martinique qui aurait pu – ou pas – ne pas y être) qui a animé les réseaux sociaux (et créé un peu plus de pollution numérique) et qui aurait pu lancer une discussion plus approfondie sur nos usages numériques et la raison d’être de nos voyages d’affaire (de l’utilité sociale des voyages), la question d’un tourisme durable plus ou moins cher est revenue une xième fois sur le tapis, avec des réponses presque inaudibles puisque le « tourisme durable » peut autant concerner un voyage aux Antilles qu’une randonnée au fin fond des Pyrénées, un voyage marchand réalisé via un tiers ou une escapade que l’on se concocte soi-même.

En l’espèce sur le plateau, quoi de commun entre des croisiéristes de luxe, un acteur du tourisme durable et un aventurier devenu consultant. Chacun a son expérience, sa vision, ses intérêts. Se rejoignent-ils ou tout au moins rejoignent-ils cet autre tourisme invoqué ? Pas toujours. Ainsi, entendre de la bouche d’un représentant des Entreprises du Voyage que le tourisme responsable en France est forcément plus cher (évoquant, et c’est vrai, ces 40% des Français qui ne voyagent pas….) est difficilement acceptable quand on sait que la définition première du tourisme reste de voyager et de visiter des lieux pour son agrément – et qu’il est aussi possible pour une frange (encore privilégiée) de la population de pratiquer de la randonnée, du vélo, d’emprunter des chemins buissonniers ou des réseaux non marchands (famille, homeexchange, etc.), autant de biais plutôt durable, peu cher, et qui permettent de s’évader à moindre frais. Et ce n’est pas faire injure à des professionnels du voyage d’imaginer d’autres façons de voyager, d’autant qu’ils sont déjà nombreux à proposer des escapades à moindre prix ou s’associer avec des acteurs du social pour proposer des offres accessibles à la majeure partie d’entre nous.

Olivia Grégoire et Annette Masson en pleine discussion au salon IFTM 2022

Alors, action ?

Alors, actions ? Oui, information, formation et action. En ce sens on a largement préféré les conférences simples, concrètes, modestes, mais efficaces, organisées par le réseau des Acteurs du Tourisme Durable (ATD) en lien avec Agir pour un Tourisme Responsable (ATR). L’occasion d’écouter des spécialistes du bien-être animal, des acteurs qui alertent sur la disparition de la biodiversité, des entreprises du voyage qui tentent de décarboner leurs voyages, d’autres qui se sont engagés dans des politiques drastiques de réduction et collectes des déchets. Des présentations sobres plutôt que des débats généraux avec une vraie volonté d’informer et de faire infuser les bonnes pratiques.

On aurait ainsi pu se glisser dans l’auditoire et écouter cette autre conférence matinale dédiée aux agences de voyages visant à les guider dans leurs premiers pas pour s’engager vers le tourisme responsable. On a préféré découvrir des contrées moins explorées comme cette  table ronde visant non pas à accompagner l’entreprise mais à « guider le voyageur de demain ». Il faut dire qu’une représentante de Booking était présente et qu’il est toujours intéressant d’entendre combien la plateforme se passionne dorénavant pour le tourisme durable, au point d’avoir réalisé des études pour se pincer le bras et voir qu’il fallait s’y mettre, puis un badge « durable » dédié aux hôtels qui s’engagent (déjà 145 000…). Juste, dommage que lorsqu’on interroge ensuite la dite plateforme sur sa capacité à réduire ses commissions conséquentes pour laisser un peu de souffle à l’hôtellerie indépendante, façon concrète et réaliste d’être durable (et cohérent), cette dernière nous répond qu’elle fournit un service, est présente dans 44 pays, autant de littérature à traduire, de services rendus (et de commissions encaissées). Bref, business as usual. Tant que les hôtels font le boulot…

Vue sur table ronde avec Annette Masson, Sandrine Mercier, Simon Thirot (UNAT) et en premier plan le programme des conférences organisées par Acteurs du tourisme durable sur l'espace tourisme responsable
Programme des conférences organisées par l’association ATD sur l’espace Tourisme Durable du salon IFTM 2022

Faudra-t-il être plus radical ? (Eternelle question…)

Et puis il y a une question, une autre encore (et tant d’autres), qui est revenue en filigrane dans nombre de conférences, du club Affaire à  l’Agora, de l’espace durable à l’espace Conversation… faudra-t-il plus de réglementations ? Imposer plutôt que poser ? Bref, se montrer plus radical quand l’urgence est à nos portes. L’urgence, d’ailleurs, elle change de camp et de lieu en fonction des époques. Pour l’heure, l’environnemental et le carbone sont les grands gagnants des débats et des préoccupations. Cela fait quelques années d’ailleurs. Je me souviens d’une table ronde, juste avant le Covid, toujours à Top Resa où on se demandait déjà si l’on pouvait encore prendre l’avion. « Peut-on encore prendre l’avion ? » Un peu le début de la dictature du carbone, des alertes de Greta Thunberg, d’une prise de conscience que voler n’est pas sans conséquences. Puis, le Covid est arrivé, a cloué tout le monde au sol, plus d’avion, des oiseaux, quelques mois confinés à se réinventer (« se réinventer » un véritable mantra lu jusqu’à 20 fois par jour et jusqu’à nos lignes…), un déconfinement, et hop, revenge tourism et ça repart. Encore raté ! (je m’égare…)

Istanbul
Jeune fille à l’avion © G.Clastres

Oui, donc, radical ou pas ? Réglementation ou pas. Sur le carbone, plus personnellement, j’aime beaucoup l’idée du passeport carbone, d’un droit (modulable et souple en prenant aussi des critères tels l’utilité sociale du voyage) de chacun à son quota de carbone et de pollution. Cela peut s’imaginer simple, équitable, et sûrement délicieux à mettre en place (burn out assuré !). De toute façon il est à présent acquis qu’il va falloir voyager moins souvent, plus longtemps, et que les low cost qui reprennent du service ne sont qu’une illusion face à des déclarations d’intention toujours plus dithyrambiques. D’ailleurs, le déclaratif, c’est comme le nudge, un nuage de lait dans une tasse de thé. En revanche, il faut reconnaitre de vrais efforts de recherches, d’innovation et d’ouverture de certaines compagnies aériennes (on y reviendra !), même si le débat sur « Comment atteindre la neutralité carbone dans l’aérien » a donné lieu à quelques perles surréalistes d’un des interlocuteurs, qui semble convaincu que le train est bien plus nuisible que l’avion. Etonnant discours visant à décrédibiliser le rail. Enfin, étonnant, le mot est faible. Mais bon, certains assument. Business as usual, c’est ça aussi Top Resa, ça ne peut pas se verdir du jour au lendemain.

En guise de prolongation

Sur le salon, on a également évoqué les autres piliers du tourisme durable, le social (et sociétal) souvent vu sous le prisme de la RSE, et l’économique (plus diffus, voir nos nombreux articles), qui remontent peu à peu la pente face à la suprématie du « tout environnemental ». Pour exemple, la conférence sur le tourisme inclusif organisée par ATD ou la RSE dans les mobilités d’affaires, une conférence intéressante quoi qu’un peu technique du Club Affaire. En tout cas, les volets sociaux et sociétaux commencent également à se faire entendre plus largement (l’UNAT a 102 ans…) et c’est tant mieux. Les enjeux sont nombreux, et viennent  parfois se télescoper avec l’environnemental à tout crin. Quid des emplois quand on veut voyager moins ? Quid des populations sur place qui comptent sur les touristes ? Quid des liens tissés ? De l’échange ? Parce qu’envers et contre tout, qui n’aime pas voyager, découvrir, se transporter, être transporté. Janus taquin et espiègle, le tourisme tend ainsi à nous montrer qu’il ne sera jamais simple ni simpliste. Continuer à s’interroger, à s’informer, à observer, à constater et à douter, c’est peut être aussi (surtout ?) cela, le voyage.

la carte de france des logos des adherents de l'UNAT
Carte de France des membres de l’UNAT (2020) © Voyageons-autrement

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L’IFTM Top Resa, nouveau salon du tourisme durable ? | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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