#TourismeDurable
La feuille de chou du tourisme durable

La labélisation – Deux questions à Jean-Pierre Lamic (VVE)

| 7 juillet 2011 • Mis à jour le 07.07.2011 à 14h51
         

Un mois après les Journées Mondiales du Tourisme Responsable qui ont porté sur le thème de la labélisation. Il nous semblait intéressant d’avoir l’avis de Jean-Pierre Lamic, directeur de VVE.

Jean Pierre Lamic - fondateur de VVE

1/ Voyageons-autrement. com : A des labels type ATR, vous opposez la charte des Voyageurs éco-responsables et plus particulièrement, celle des voyagistes éco-responsables. Pouvez-vous préciser sur quels points précis ces chartes se distinguent des labels également soumis à des grilles de critères assez précises et détaillées ?

Association des Voyageurs et Voyagistes éco-responsables

En ce qui concerne la charte des voyagistes éco-responsables, elle donne le cadre dans lequel doivent opérer les voyagistes adhérents. Elle a donc aussi et peut-être surtout vocation à évaluer les voyagistes demandant leur adhésion à V.V.E, laissant par la suite des marges de progrès à chacun. Il nous reste à organiser l’évaluation de ces progrès. Toutefois, certains, s’inspirant des remarques du comité d’experts ont déjà réalisé des améliorations, notamment sur la question  de la compensation carbone.

Cette charte a déjà largement prouvé son efficacité en permettant d’estimer la réelle implication des voyagistes demandant leur adhésion à V.V.E. Ses 10 critères s’appliquent à toute forme de tourisme responsable, qu’il s’agisse de tourisme d’aventure, d’écotourisme ou de tourisme solidaire ‑ ces 3 composantes étant présentes au sein de V.V.E ‑ et concernent tout autant le tourisme de masse.

La charte des voyageurs éco-responsables en 80 points informe le voyageur sur les facteurs importants à prendre en compte par tout voyageur responsable, qu’il voyage seul ou encadré, là encore pour tout type de voyage.

Cet ensemble a été évalué par Ecocert : http://blog.voyages-eco-responsables.org/?p=1887. Cet organisme a considéré que notre travail en partenariat avec l’association TER_RES sur un référentiel beaucoup plus exhaustif était valorisable par une certification tierce partie.

Chacun des points évoqués ci-dessus différencie la démarche V.V.E des autres actions engagées en faveur d’un tourisme responsable.

Si l’on veut comprendre la différence avec la certification ATR, disons que nous avons établi un cadre qui permet à tout voyagiste responsable d’établir que sa démarche est sincère et quantifiable.

Lorsque ce cadre a été établi, aucun voyagiste n’était partie prenante de notre démarche, indépendante et bénévole.

S’il entre dans ce cadre, l’opérateur de voyages postulant peut se prévaloir d’être un voyagiste éco-responsable (marque déposée à l’INPI). Le voyagiste qui ne rentre pas dans le cadre n’est pas accepté en tant que membre (à ce jour, trois postulants ont été recalés).

Logo de ATR

De son côté ATR, une association regroupant des voyagistes, a établi une liste de critères dont un certain nombre ne faisaient qu’avaliser l’existant.

Un exemple : les groupes des agences aventure fondatrices d’ATR étaient en général limités à 15 participants, donc le nombre maximal admis par ces critères est de 15 personnes. Chez les voyagistes membres de V.V.E, la notion de petit groupe est tout autre. Le nombre maximum de participants est en général de 8 et ne dépasse pas 12 participants.

Et ce qui décide du nombre, c’est le territoire ! Ce nombre, dans certains cas, peut donc être inférieur à 8 personnes si la qualité des rencontres, notamment, en dépend. 15 personnes dans ces cas seraient beaucoup trop.

Bien entendu, un voyage n’a pas le même coût selon qu’il accepte des groupes de 8, de 15, de 25 ou de 40 personnes, puisque les charges fixes sont réparties sur le nombre de participants !

Il est donc important de dire aux voyageurs. Regardez le prix, certes, mais comparez-le à nombre de participants équivalents !

La grande différence d’avec la démarche V.V.E repose sur les évaluations.

La certification ATR s’appuie sur les commentaires des clients à leur retour. Ce que chez V.V.E, nous jugeons inopérant. Quel voyageur parti 8 ou 15 jours sur un trekking peut-il avoir une opinion crédible sur les implications sociales ou environnementales du voyage qu’il vient de faire sur un territoire qu’il ne connait pas ?

ATES

Tant que la démarche de l’ATES n’est pas achevée sur ces questions, il nous est difficile de nous différencier de cette dernière.

Il semble, cependant, que la question des évaluations, là encore pose problème. C’est compréhensible, puisque dans le cas du tourisme solidaire, c’est principalement la relation visiteur/visité qu’il convient d’évaluer. Pas facile.  Nous verrons donc si la démarche inclut l’indispensable dimension territoriale, et s’il existe un suivi sur le long terme, deux conditions qui nous semblent primordiales pour ce qui concerne le volet social.

Chez V.V.E, nous avons établi divers systèmes d’évaluations qui donnent de bons résultats. Notre différence : une approche basée non pas sur les offres globales des voyagistes, mais sur les territoires.

L’étude des territoires permet d’établir quelles conséquences sont induites par leur mise en tourisme, dans des conditions que nous connaissons. Ce n’est certainement pas un hasard si aujourd’hui nous travaillons avec les Parcs naturels régionaux et les parcs nationaux à l’application du volet 3 de la Charte du Développement durable dans les espaces protégés européens.

@G.BOYER

2/ Voyageons-autrement.com : Vous pointez du doigt le coût exorbitant de la labellisation qui exclut de fait les petites structures et tend à devenir un argument marketing. Ne reconnaissez vous pas malgré tout une réelle démarche volontariste de la part des T.O d’Aventures qui, malgré ses imperfections, moralise et améliore quelque peu les pratiques touristiques ? ATES qui fédère justement des structures plus modestes trouve-t-il plus grâce à vos yeux ?

Concernant le tourisme d’aventure, tous les guides-accompagnateurs ayant œuvré dans ce domaine depuis 25 ou 30 ans, comme c’est le cas d’une dizaine de membres V.V.E et de moi-même, et les clients ayant connu ce type de tourisme avant 1997, vous diront que les pratiques touristiques ne se sont pas améliorées, mais se sont au contraire largement dégradées sur de nombreux territoires. C’est aussi vrai dans les zones plutôt orientées vers le tourisme de masse, comme par exemple les grandes stations de sport d’hiver en France.

1997 ? Si c’est la date de création de la Charte éthique des voyageurs par Atalante, c’est aussi celle où un premier Tour-opérateur aventure, aujourd’hui certifié a retiré les guides-Accompagnateurs de ses voyages au Kilimandjaro.

C’est à partir de ce moment-là que la course au prix le plus bas a débuté, induisant son corolaire de dégradations sociales, au Sud, mais aussi et surtout au Nord.

Terres Oubliées ou Les Matins du Monde, par exemple, sont nées du refus de suivre cette tendance par des ex-employés des agences mères qui prenaient ce virage.

V.V.E est issue de la rencontre entre des voyageurs conscients de ces dégradations des pratiques et des guides-accompagnateurs, les premiers concernés par ces dernières.

Qui n’a pas connu le monde du voyage aventure avant 1997 peut donc difficilement se prononcer sur l’amélioration des pratiques.

Concernant l’ATES, ce n’est pas comparable : 6 ou 7000 voyageurs par an n’ont rien à voir avec les quelques 200 000 des membres d’ATR. La plupart des voyagistes sont de petite taille et n’ont pas pris part à cette course au prix le plus bas.

Il existe au sein de l’ATES une réflexion intéressante qui mériterait plus d’échanges avec les membres de notre Comité d’experts.

EN SAVOIR PLUS

La charte des voyagistes éco-responsables

La charte des voyageurs éco-responsables


La labélisation – Deux questions à Jean-Pierre Lamic (VVE) | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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