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Sur les rails de la colère

| Publié le 6 avril 2023
             

Je ne sais pas ce qui se passe depuis quelques temps, personne n’arrive à prendre le train autour de moi. Il y a cette amie qui me raconte qu’elle a voulu réserver un Paris-Grenoble et retour pour le week-end de Pâques, rien à moins de 900 € pour son mari, son fils et elle-même. Je lui rétorque que mes prochaines vacances en famille entre Paris, Bretagne et Occitanie se feront intégralement en BlablasCar tellement le train s’est avéré hors de portée au moment de réserver. Même mes parents âgés de 80 ans et plus qui espéraient rejoindre Paris depuis Toulouse par le rail ont finalement opté pour la voiture.

A ce train là © DR

Dommage. D’autant que tout le monde sait bien que le ferroviaire est le champion des transports décarbonés. La SNCF a même commencé à l’afficher en gros sur certains de ses wagons de tête, les fameux trains à grande vitesse bas carbone où l’on peut lire en grandes lettres sur fond vert que le train émet 50 fois moins d’émissions de gaz à effet de serre qu’une voiture et 80% de moins qu’un avion. Et c’est vrai, par ordre de pollution dans le transport de voyageurs, le train est le plus économe en carbone loin devant le bus, la voiture, et l’avion. Le Shift Project a même publié un rapport très sérieux sur la décarbonation des transports longues distances dont l’éminente conclusion réside à nous conseiller de… prendre le train plutôt que l’avion. On s’en doutait un peu depuis quelques années mais bon, c’est à présent adoubé. On a donc une partie de la solution à l’équation posée depuis quelques temps par Damoclès et que l’on cherche à inverser soit : « A+1+GES X 0,5° = P-1 ; A+2+GESX1° = P-2 » sachant que le train peut réduire le facteur GES ; que  P n’est pas une variable et qu’on n’a pas de P(lanète)B…

A qui la faute ? Lors d’un colloque de l’UNAT (Union Nationale des Associations de Tourisme et Plein Air) en décembre dernier, une représentante de la SNCF interpellée par des organisateurs de colonies de vacances déplorant les tarifs prohibitifs du train pendant les séjours estivaux qui permettent à de nombreux enfants de partir en vacances, rétorquait que la SNCF étant une entreprise commerciale, avec des impératifs de rentabilité, il n’était pas question (possible…) de promettre des tarifs préférentiels aux représentants du tourisme social quand le secteur marchand étincelle de mille feux à la veille des grands départ de l’été. Alors, tant pis si une partie du bateau n’arrive plus à prendre le train en marche, la SCNF a d’autres priorités. En 2022, elle a réalisé 41,4 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit 19% de progression rapport à 2021, un résultat net de 2,4 milliards d’euros, retrouvant sa vitesse de croisière de 2017. Aux politiques de prendre leur responsabilité a conclu sans faiblir la même intervenante à qui la SCNF a depuis refusé toutes mes demandes d’interviews.

Et pourtant, c’est bel et bien vrai, le sujet est aussi et forcément politique, d’autant que depuis janvier 2020, l’état est le seul et unique actionnaire de la SCNF redevenu une société anonyme à capitaux publics. Alors, que souhaite la SNCF ? Que souhaite l’état ? Que souhaite nos chers politiques, qui n’hésitent pas à verdir leur programme à chaque veille d’élection pour finalement repartir de plus belle ? Alors que le GIEC publie rapport sur rapport dans la plus grande indifférence (et de 6 !) depuis des années, comment comprendre que l’aérien soit encore largement plus subventionné que le ferroviaire ? Pourquoi en 2023 un vol low cost reste-t-il encore et toujours bien moins cher qu’un trajet en train ? En février dernier, le gouvernement a annoncé un programme à 100 milliards d’euros pour le rail d’ici 2040. Les priorités sont la modernisation du réseau, son développement, la relance des trains de nuit, mais aussi le lancement de RER métropolitains. Sur le papier, tout cela semble très encourageant, mais quid des usagers si les tarifs restent encore et toujours hors de portée ? Au rythme de l’augmentation des billets, il est à craindre que d’ici 2040, plus personne n’ait le réflexe de prendre le train.


D’après une histoire vraie…

Histoire de
A ce train là © DR

Sur les rails de la colère | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Auteur et journaliste indépendante spécialisée sur le tourisme durable et le monde chinois, Geneviève Clastres est également interprète et représentante de l'artiste chinois Li Kunwu. Collaborations régulières : Radio France, Voyageons-Autrement.com, Monde Diplomatique, Guide vert Michelin, TV5Monde, etc. Dernier ouvrage "Dix ans de tourisme durable". Conférences et cours réguliers sur le tourisme durable pour de nombreuses universités et écoles.
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2 réponses à Sur les rails de la colère

  1. LITTLE a commenté:

    Pourquoi en 2023 un vol low cost reste-t-il encore et toujours bien plus cher qu’un trajet en train ? N’y a t-il pas une petite coquille? Bien moins cher serait plus approprié non?

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