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Tiny Houses, le succès des micro-maisons transportables en France

| 24 juin 2019 • Mis à jour le 25.06.2019 à 13h06
Thèmatique :  Bons plans   Guides   Portrait 
         

Fin des années 90, le mouvement des Tiny Houses naît aux Etats-Unis dans l’Oregon. A la fois architectural et social, il prône la simplicité de vivre dans une toute petite maison qui se transporte. Le mouvement prend un essor national dans les années 2000, en particulier à partir de 2007 au début de la crise financière. Vingt après leur apparition outre-Atlantique, les Tiny Houses ont trouvé un sol propice à leur bourgeonnement en France. “Tiny” enquête auprès de constructeurs et d’habitants de Tiny Houses dans l’hexagone.

“Go Tiny, live large” Sébastien devant El Chamion © Elisabeth Blanchet

Petite histoire du Tiny House Movement

Plongeons-nous d’abord dans la petite histoire de la Tiny House. On attribue l’invention du mouvement à l’auteure américaine Sarah Susanka, qui, en 1998, publie le bestseller The Not So Big House qui prône l’idée que le “Not So Big” ne veut pas forcément dire “petit” mais “pas aussi grand que vous pensez avoir besoin”. L’idée consiste à avoir une maison conçue et construite d’une manière totalement adaptée à sa façon de vivre. Mais le concept ne date pas d’hier ou plutôt d’il y a vint ans mais du milieu du XIXème siècle quand le philosophe, essayiste et poète américain Henry David Thoreau passe deux années, deux mois et deux jours dans une cabane de 14 m2 qu’il bâtit lui-même dans les bois près de Concord dans le Massachusetts. Il se retire volontairement pour écrire et faire face à ce qu’il décrit comme les “réalités de la vie”. Son essai Walden raconte son expérience.

Plus d’un siècle plus tard, en 1987, l’auteur américain Lester Walker écrit un autre bestseller dédié aux micro maisons, Tiny Houses or How To Get Away from It All, qui promeut la vie dans de toutes petites maisons et est illustré de plans et de photographies de Tiny Houses à réaliser soi-même. Puis vient le livre de Sarah Susanka et la mayonnaise prend auprès de certaines autorités locales comme la mairie de Portland, Oregon, qui donne l’opportunité aux propriétaires de construire sur leur terrain une deuxième petite maison sans permis de construire. L’objectif : inciter les propriétaires à lutter contre le boom urbain en louant pas cher leur Tiny House à des locataires à faible revenu.

Sébastien et Guillaume, fondateurs de l’Atelier des Branchés © Elisabeth Blanchet

En France, côté constructeurs

Le mouvement apparaît en France fin 2012 – début 2013 avec l’apparition de la première “tiny” entreprise de construction de Tiny Houses dans la Manche, La Tiny House. Puis les petites initiatives se multiplient vite, surtout en Bretagne et en Normandie. “Ca regroupe tous les métiers liés au bois, c’est transversal, on n’est pas cantonné dans un seul truc. On fait tout de A à Z, de la conception à la structure en passant par l’aménagement intérieur”, explique Sébastien Cloarec, co-fondateur de l’Atelier des Branchés à Saint-Didier dans l’Ille-et-Vilaine. Avec son comparse Guillaume Gilbert, également ingénieur diplômé de l’Ecole Supérieur du Bois, il crée son entreprise de Tiny Houses il y a deux ans. Leur philosophie : le local, l’écoute et le 100% recyclable. Ils s’approvisionnent en effet d’un bois, l’épicéa sitka, qui pousse dans les Monts d’Arrée et privilégient l’économie locale. “Pour le design, on s’inspire de ce que l’on voit sur internet, on aime le minimalisme et l’influence japonaise. Nous tenons aussi à ce que chaque modèle soit unique”, poursuit Sébastien. Avec cinq Tiny Houses fabriquées chaque année, l’Atelier des Branchés est loin de satisfaire la demande de plus en plus grande en micro-maisons transportables

Fabriquée par l’Atelier des Branchés, la Tiny House de Kate © Kate

Ma première Tiny

Kate est une des premières clientes de l’Atelier des Branchés. Après une vie parisienne puis un projet de création de lieu de vie à la campagne et de re-connexion avec la nature, elle commence à lire et à se documenter sur le mouvement des Tiny Houses. Elle fait des recherches sur les différents constructeurs et leurs démarches avant de faire son choix et de passer commande à l’Atelier des Branchés ! “La livraison a eu lieu alors que je commençais une nouvelle étape de ma vie en intégrant une cohabitation à la campagne dans une grande maison avec d’autres adultes, tout d’abord dans la chambre d’amis puis rapidement dans la Tiny House dont l’arrivée fut un événement », raconte-t-elle.

Le cocon de Kate © Kate

C’était pendant l’été 2018 et depuis, elle vit dans sa petite maison dont elle vante les mérites : “J’ai l’impression de me retrouver dans un cocon, un espace privé où je peux m’isoler, dormir, cuisiner et aussi recevoir des amis. Avec en prime la possibilité d’aller dans la grande maison quand bon me semble pour partager des moments de convivialité, profiter de tous les espaces communs, et surtout de la salle de bain et de la chaleur du poêle à bois en hiver” !, poursuit Kate. Car en hiver, c’est sûr que la vie en Tiny doit parfois peser, surtout dans le grand ouest de la France où l’humidité et le vent peuvent faire peur aux néo-habitants de Tiny Houses.

L’El Chamion de Sébastien © Elisabeth Blanchet

“C’est vrai que quand le vent se met à souffler, ça fait trembler ma petite maison et ça fait du bruit aussi”, raconte Sébastien qui a planté sa Tiny, appelée El Chamion – contraction des mots Chalet et Camion – pour quelques mois dans le jardin d’une propriété privée de la banlieue de Nantes. “La différence entre ma Tiny et les autres, c’est qu’elle est directement construite sur le chassis de mon camion”, poursuit cet écrivain, voyageur et conteur de 38 ans. Et pas n’importe quel camion puisqu’il s’agit d’un vieux Ford digne des grandes routes de l’ouest américain. Autre particularité d’El Camion, il a été fabriqué par Sébastien lui-même. “En 2016, j’ai eu envie d’un chez moi mais je suis nomade, j’ai donc eu envie de faire un chez moi et de l’emmener avec moi“, raconte ce graphiste de formation et bourlingueur né. Il étudie différentes possibilités et opte pour l’option camping-car mais avec maison totalement amovible.

Sébastien prépare le thé dans sa Tiny House © Elisabeth Blanchet

“Pour moi, une Tiny coûtait trop cher, il faut en effet compter 4 000 euros pour acheter une remorque, passer le permis qui coûte dans les 1 000 euros et avoir un véhicule qui puisse tracter la maison”, poursuit-il. Mais il réalise aussi que si le moteur d’un camping-car classique lâche, on perd aussi la partie habitable ! D’où la conception de sa petite maison amovible qui se greffe sur le chassis. Le résultat est surprenant. Sébastien a conçu son “ensemble” – comme il dit – dans le jardin de la maison de ses parents près de Lyon, utilisant du mélèze et du bois de récupération. Coût total d’El Chamion : 10 000 euros ! Et dans sa tiny, il y a tout ce qu’il faut : des toilettes sèches, une douche, un réservoir d’eau, un chauffe-eau, une plaque-gaz, un frigo et beaucoup de fenêtres.

Le petit intérieur de Sébastien © Elisabeth Blanchet

Un mode de vie avec ses avantages et ses inconvénients

“Quand de futurs clients veulent nous passer commande, on essaye toujours de les mettre en garde, révèle Sébastien, au début ils sont tout excités à l’idée de vivre en Tiny, mais il n’y a pas que des bons côtés. Si c’est un jeune couple, on leur dit qu’avec un enfant, ce sera déjà beaucoup plus compliqué, on les prévient aussi que les habitudes de consommation vont changer : on n’achète seulement ce qui est vital”. Et puis, il y a la législation. Une Tiny House a des roues. Elle est donc considérée comme un habitat mobile. Sa construction ne requiert donc pas de permis de construire mais son stationnement, lui, se soumet aux même règles qu’une caravane. On peut rester au même endroit trois mois au maximum. Ensuite, il faut demander une autorisation à la mairie. Il existe aussi des contraintes de taille – hauteur, largeur, surface au so – et de poids… “Mais il y a aussi de nombreux atouts, assure Sébastien, on limite sa consommation et ses frais, c’est un mode de vie anti-consumérisme, écologique et évidemment on peut déplacer sa maison” !

El Chamion vu de l’autre côté © Elisabeth Blanchet

Un mouvement social et philosophique ?

Alors que les Etats-Unis ont déjà des villages et des communautés de Tiny Houses, la France, pourtant en avance sur ses voisins européens en est encore à ses balbutiements. “Il y a des idées qui germent ici et là, révèle Sébastien, mais rien d’abouti encore. Il y aurait une mairie en Bretagne qui serait prête à tenter une expérience de village mais ils préfèrent rester discrets pour l’instant”, ajoute-t-il mystérieux. La vie dans une Tiny House vous tente ? Prenez bien le temps de vous renseigner, la page Facebook Collectif Tiny House est une mine d’informations et de témoignages, suivez-la et passez un peu de temps dans une micro-maison. A l’Ecolodge La Belle Verte, toujours en Ille-et-Vilaine, un modèle tout droit venu de l’Atelier des Branchés est proposé à la location. “Je voulais proposer une nouvelle forme d’habitat écologique, explique Hélène Rozé-Cénet, co-directrice de l’établissement, l’idée est de montrer comment vivre avec le minimum, se détacher du matériel et aller droit à l’essentiel, une vie simple en pleine nature, sans fioritures“. Elle conclut en mettant en avant la philosophie de la Slow life : “dépenser moins et travailler moins, c’est le choix de plus en plus de jeunes qui ont vu leurs parents travailler comme des fous pour payer leurs emprunts “. Le succès français des Tiny Houses tend à prouver qu’elle a raison. A suivre.


Tiny Houses, le succès des micro-maisons transportables en France | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Elisabeth Blanchet
Ancienne prof de maths, je me suis reconvertie dans le photo journalisme en 2003 à Londres où je vivais. J’ai travaillé pour différents magazines dont Time Out London et j’ai développé des projets à longs termes dont un sujet les préfabriqués d’après-guerre, une véritable obsession qui perdure, les Irish Travellers -nomades Irlandais- dans le monde, les orphelins de Ceausescu - je suis des jeunes qui ont grandi dans les orphelinats du dictateur depuis 25 ans -. Je voyage beaucoup et j’adore raconter des histoires en photo, avec des mots, en filmant, en enregistrant… Des histoires de lieux, de découvertes mais surtout de gens. Destinations de cœur : Royaume-Uni, Irlande, Laponie, Russie, Etats-Unis, Balkans, Irlande, Lewis & Harris Coup de cœur tourisme responsable : Caravan, le Tiny House Hotel de Portland, Oregon – Mon livre de voyage : L’Usage du Monde de Nicolas Bouvier – Le livre que je ne prends jamais en voyage : L’oeuvre complète de Proust à cause du poids – Une petite phrase qui parle à mon cœur de voyageur : « Home is where you park it »
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