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La feuille de chou du tourisme durable

Ski et développement durable : l’exemple de Vars

| 10 mars 2014 • Mis à jour le 07.03.2014 à 21h40
Thèmatique :  Acteur privé   Ingénierie   Portrait   Territoire 
         

Il y a dans l’énoncé même de « développement durable » (« soutenable » en anglais) l’idée de faire les choses à son rythme, sans forcer ni la nature ni l’homme. Un chemin qu’a choisi d’emprunter la station de Vars (Hautes Alpes) en privilégiant à des labels parfois volatiles un « bon sens » éternel. Rencontre avec Bruno Mallochet, le directeur du domaine skiable.

©Anna Fréjus - lac de Chabrières

©Anna Fréjus – lac de Chabrières

Voyageons Autrement : Quel est votre fonction et depuis quand êtes-vous à Vars ?
Bruno Mallochet : Je suis le directeur de la société qui gère les domaines skiables de Vars et de Crévoux, le village voisin. Je suis arrivé ici en 2011, mais je dirige des domaines skiables depuis 20 ans.

VA : Où en était la station en matière de développement durable à votre arrivée ?
BM : Un tri sélectif avait été mis en place pour les usagers, surtout pour la forme en fait, parce que c’est très visible. Disons qu’on en était à la période de prise de conscience. En revanche, Vars venait d’opter pour une solution durable pour la gestion de l’eau, élément capital pour les stations de ski, surtout avec les canons à neige. La commune avait choisi, au vu de ses atouts naturels : nombreuses petites rivières, lac Napoléon, configuration du terrain, etc. de bâtir une retenue collinaire unique servant à tout : canons, arrosage, incendie, etc. Et cette solution qui semblait être simplement raisonnable est également la plus durable.

©Pierre Augier - Vars la Forêt Blanche à ski

©Pierre Augier – Vars la Forêt Blanche à ski

VA : Pourquoi ne pas avoir choisi le chemin d’une labélisation ?
BM : Parce que selon les caractéristiques propres de chaque station, certains aspects du label seront extrêmement pertinents et d’autres beaucoup moins. Courir le label, c’est souvent se focaliser sur les aspects obligatoires réclamés et uniquement sur ceux-ci, même s’ils ne sont pas de mise au regard du cas particulier que vous représentez (mais auxquels vous ne pouvez néanmoins pas renoncer puisque vous le voulez, ce label !), alors que d’autres points, non mentionnés par le label seront une priorité pour vous. Concernant l’aménagement de la retenue d’eau collinaire par exemple ; dans le cadre d’un label, un tel projet, plein de bon sens mais déjà très lourd à mettre en œuvre, se serait heurté à des tas de réglementations et autorisations supplémentaires impliquant des études complémentaires, longues, extrêmement coûteuses, etc. etc.

VA : Qu’avez-vous fait depuis votre arrivée ?
BM : Nous avons changé plein de petites choses invisibles mais essentielles : les produits utilisés (graissage, entretien, explosif…), les retenues d’eau, les condensateurs des compresseurs des canons à neige (polluants), tout cela à hauteur non pas d’une unité, mais de 31 remontées mécaniques et plus de 50 cabanes, plus des locaux collectifs variés et les postes de secours… Des tas de petites choses, mais… affreusement coûteuses. Ce qui fait qu’avec l’installation d’une énorme cuve à gasoil de 60.000 m² en haut, à un point stratégique (moins de trajets, moins de consommation, moins de CO², sachant que les dameuses hybrides sont in-a-bor-da-bles !), on n’a plus un sou. Prochaine étape : opérer nous-mêmes un tri sélectif dans chacun de nos ateliers au lieu de tout balancer en vrac à la déchetterie, et suivre l’exemple de la station des Orres en revoyant la consommation énergétique de toutes nos « cabanes » et locaux, certains ayant plus de 30 ans ! Comme quoi on n’hésite pas à questionner le voisin et à faire comme lui si ses idées sont bonnes.

©Olivier Leblond - le domaine de Vars

©Olivier Leblond – le domaine de Vars

VA : Et vous avez engagé quelqu’un en charge du développement durable…
BM : Un jeune ingénieur QSE, oui, dont la mission est de nous maintenir en norme Iso 9000 et, si possible, nous faire passer en 18.000, voire 26000. Mais ces certifications ne sont que des guides, pas des buts, ce que nous recherchons avant tout, c’est la pérennité, pas le diplôme ; le bon sens, pas d’être encensés. Crévoux, la petite station voisine que nous gérons également voulait absolument un télésiège ; ça impressionne. On les a convaincus que ce serait surtout très lourd financièrement, contraignant, polluant et inesthétique, pour un appareil qui serait loin de tourner au maximum de ses capacités. Alors ils nous ont entendus et ont changé, pour quelque chose de plus « raisonné et raisonnable », ce qui, d’une certaine façon, pourrait être notre devise.

VA : Justement, au niveau des prises de décision, cela se passe comment ?
BM : C’est un des gros problèmes des stations de ski où, plus qu’ailleurs, les intérêts des uns et des autres divergent. Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de problèmes que nous pose par exemple le fait de disposer d’un simple pont piéton emmenant sur les pistes : qui en profite vraiment ? Qui gère ? Qui est responsable ? Qui doit payer et entretenir ?… Et puis nos pistes de ski ne sont pas que des pistes, ce sont aussi des paysages estivaux et des prairies sur lesquelles paissent l’été des centaines de vaches ; il faut en tenir compte. Tout est à l’avenant. Sachant que les investissement en matière de ski sont affreusement coûteux et ont asséchés plus d’une commune ! Ici, c’est une chance, le maire du village est également le pdg des remontées mécaniques ; il a un pied dans chacun des univers et ce management croisé facilite la prise de décision.

VA : Le développement durable semble en tous cas entré dans les mœurs ?
BM : D’une manière générale, stations de ski et monde des remontées mécaniques sont plutôt en retard sur le reste du secteur industriel côté développement durable. Mais cela est en train de changer : on innove et on en parle de plus en plus entre nous. Pour une station moyenne comme la nôtre, il faut dire qu’on dispose d’un domaine skiable naturel fa-bu-leux ! Aussi veut-on le gérer au mieux, ne plus étendre le nombre de remontées mécaniques, mais plutôt augmenter le débit sur celles qu’on a déjà. Ah ! J’oubliais : on est passé à la dématérialisation aussi : on scanne, on numérise, on remplace les courriers par des mails… il y a bien des habitudes à changer. Même entre nous (on est 24 au sein de la société et 200 pour l’ensemble de la station), c’est comme piloter un navire : dans toutes ces évolutions en cours : techniques, informatiques, comportementales, sociales, etc. on ne peut aller beaucoup plus vite que le rythme de chacun. On peut pousser les gens à changer, mais sans trop les brusquer non plus, au milieu de tout cela se trouvent des humains, un élément dont le respect participe pour nous d’une démarche durable…

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Par Jerome Bourgine
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