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« Site Rivière Sauvage » : Enquête sur la naissance d’un label…  

Après avoir remporté les combats contre la construction de barrages menaçant la dernière portion sauvage de la Loire puis la sublime Rizzanese corse, l’association SOS Loire devenue l’European Rivers Network a cherché un moyen de protéger définitivement les derniers joyaux aquatiques de notre continent. Et l’a trouvé ! La Grande Leyre (Landes gasconnes) est ainsi la 12ième rivière à avoir obtenu, il y a peu, le label « Site Rivière Sauvage ». Histoire d’un combat limpide racontée par ses participants…

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Voyageons Autrement : Denis, pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Denis Caudron : Géographe spécialisé dans les milieux aquatiques et passionné de nature, j’accompagne depuis plus de vingt ans les collectivités territoriales qui travaillent à la restauration de leurs cours d’eau en montant et supervisant des programmes dédiés à ce type d’opérations. Ce que je viens de faire avec la Grande Leyre.

La Grande Leyre, douzième cours d'eau français labellisé Site Rivière Sauvage par l’association SOS Loire devenue l’European Rivers Network à l'origine du label « Site Rivière Sauvage »

La Grande Leyre, douzième cours d’eau français labellisé Site Rivière Sauvage

VA : Quand et comment est née l’idée d’un Label Site Rivières Sauvages. De quel envie ? Quel besoin ?

DC : Suite à la directive cadre européenne de 2002 imposant une politique de restauration des cours d’eau, une prise de conscience générale s’est opérée dans notre pays concernant l’état des rivières que nous avions dégradé durant plus de 40 ans. Nous avons pris la mesure du lot considérable de problèmes que cette dégradation entrainait à tous points de vue. Un processus intéressant s’est alors mis en marche qui a débouché sur la Loi de l’Eau de 2006, loi destinée à mettre en œuvre divers moyens susceptibles d’appliquer concrètement cette nouvelle orientation et dont le premier principe fut de ne plus dégrader l’existant et de s’atteler à la restauration des cours d’eau dégradés. Or, focalisés sur les cours d’eau posant problème, 98% des budgets furent dès lors dédiés à la restauration du dégradé. Les rares pépites préservées qui restaient furent complètement oubliées. Comme lorsqu’il s’agit d’êtres humains, toute l’énergie a été canalisée pour s’occuper des plus malades.

VA : C’est alors que vous avez pensé à créer ce label ?

DC : Oui, avec un petit groupe d’amis, nous cherchions un moyen de préserver ces quelques joyaux restants et un événement, au départ fâcheux, nous y a aidés lorsqu’en 2007, à contre-courant total des nouvelles pratiques, l’Etat a lancé l’idée de construire un barrage en Corse sur une petite rivière. C’est là que l’ERN (European Rivers Network) est intervenu. Ce réseau très actif aujourd’hui est de fait issu de l’association SOS Loire Vivante créée dans les années 90 par Roberto Epplé pour mener le combat – et le gagner ! – contre la construction d’un énorme barrage sur la Loire. Constatant que la leçon n’avait pas été tirée par tous, nous sommes entrés dans ce combat tout en nous disant qu’il fallait cette fois faire passer le message auprès du grand public, lui faire sentir la nécessité existant de préserver les derniers sanctuaires aquatiques restants qui faisaient le bonheur de tous les amoureux de la nature : randonneurs, pêcheurs, etc. Mais quel outil trouver pour, à la fois, faire savoir et protéger ?… C’est ainsi qu’est né l’idée du label Site Rivières Sauvages, conçu par un petit groupe de scientifiques et d’acteurs impliqués, co-construit ensuite sur 4 ou 5 années avec 4 territoires pilotes situés dans les Alpes, en Bretagne, en Picardie et en Corse. Fait intéressant : comme rien n’était imposé ni obligatoire et que l’outil envisagé était simple à mettre en œuvre, utile et économique, les collectivités locales ont immédiatement accroché et une belle dynamique a pu se mettre en place qui nous a permis d’avancer sereinement et efficacement.

VA : Quels principaux critères ont finalement été retenus pour ce label ?

DC : Difficile à résumer sachant déjà qu’il n’existe plus, à proprement parler, dans notre pays de « rivières sauvages » ; mais le terme retenu était beau et explicite. On a finalement retenu 47 critères, définis scientifiquement dont certains sont éliminatoires : qualité de l’eau, gouvernance, biodiversité, etc. sachant que pour être labellisé, le territoire doit travailler main dans la main avec les pêcheurs, agriculteurs, et autres acteurs locaux. La note sur 100 déterminé par un audit externe de l’Afnor débouche alors sur label de niveau 1, 2 ou 3. La Grande Leyre, par exemple, qui vient d’être labellisée 1 s’est déjà fixé pour objectif de passer au 2. Cette possibilité de progresser se révélant donc très motivante et pouvant également s’appliquer à l’extension du périmètre labellisé : sur 15 km plutôt que 10, etc.

VA : Depuis quand le label est-il effectif et combien de rivières l’ont obtenu aujourd’hui ?

DC : Hormis les Pavillons Bleus, annuels, destinés aux plages, il existe encore peu de label de ce type. Rivière Sauvage a donc été lancé en 2014 et attribué, déjà, à 12 portions de rivières portées par des Parcs Nationaux, départements ou l’ONF… 2 nouvelles devraient s’y ajouter avant la fin de l’année et 13 demandes ont été effectuées qui réclameront de 6 mois à 3 ans de travail préparatoire suivant les cas, la phase la plus importante consistant à monter le programme d’actions à mettre en œuvre. Comme le montre bien la carte, les régions comptant le meilleur potentiel sont dans le Sud : Rhône, Méditerranée, Corse sans négliger un ou deux dossiers dans les Pyrénées et la vallée du Tarn.

VA : Quel est l’intérêt d’un tel label pour le territoire, les voyageurs, touristes, randonneurs ou voyagistes ?

DC : C’est la première question que nous posent les élus : « Cela va nous apporter quoi ?… ». A laquelle je réponds : « Je ne suis pas VRP et je n’ai rien à vendre. On a juste créé un outil qui peut apporter à votre territoire une vraie valeur ajoutée, à vous de voir si vous y trouvez des bénéfices ». Or, dès qu’ils y réfléchissent trois secondes, ils en trouvent mille ! Le label, large, intégrateur et fédérateur apporte déjà, d’évidence, une valorisation touristique durable. Il constitue un excellent moyen de défendre son territoire. Je pense là, par exemple, à ces piscines naturelles de Corse, devenues aujourd’hui autant de piscines municipales. Une partie de notre travail actuel est précisément de définir toute la portée de ce nouvel outil, ce qui nous aidera à le déployer davantage encore. Nous réunissons cet hiver dans ce but les 12 labellisés plus les 9 qui s’en approchent pour renforcer un réseau qui sera bientôt européen, l’Irlande et la Slovénie étant déjà parti-prenantes. A terme, le label clairement étiqueté Développement Durable deviendra un produit d’appel pour les territoires qui savent qu’une partie des voyageurs au moins sont sensibles à cette dimension.

VA : Quel est aujourd’hui le plus long tronçon de rivière labellisé dans notre pays ?

DC : Le minimum requis est de 10 km et la moyenne tourne entre 10 et 20. La Beaume et la Drobie, en Ardèche proposant, de beaux tronçons de 22 et 25 km. Mais le record vient d’être battu par la Grande Leyre : 55,4 km ! Un cas aussi particulier que rare dans la mesure où elle est la seule rivière de plaine labellisée ; la majorité des cours d’eau retenus se situant en tête de bassin, voire dans des gorges. Là, l’eau file par endroits à couvert sous les bois et c’est magnifique. L’avantage dans ce dernier cas est que le programme, piloté par le Parc Naturel Régional des Landes de Gascogne,  est d’une grande qualité et bénéficie d’un soutien financier comme politique solide. La rivière est fort bien gérée et sert de cadre à une riche activité humaine : canoë-kayak, pêche, etc. Car si l’on devait résumer le label en une phrase ce serait : « Comment conserver la naturalité d’une rivière tout en y préservant l’activité humaine ».

La carte des cours d’eau aujourd’hui labellisés –

VA : Pour éviter de sanctuariser ces espaces ?…

Exactement. C’est d’ailleurs tout l’intérêt de ce label qui place l’homme en son centre ; les efforts déployés consistant à maintenir et développer l’activité économique sans dégrader le territoire dans le cadre d’un programme collectif partagé allant bien au-delà des seuls objectifs réglementaires. Car vous avez ainsi, dans le Haut-Jura et l’Ain, une magnifique rivière, la Valserine pour laquelle aucun financement n’a été possible des années durant au prétexte qu’elle atteignait déjà les objectifs réglementaires ! Le nouvel horizon proposé par le label a permis aux collectivités locales de rassembler 2 millions d’euros pour pouvoir progresser. Un cas qui nous est chère car la Valserine fut la première rivière labellisée. C’est là que nous avons testé tous les critères du label grandeur nature. La Grande Leyre se trouvait d’ailleurs dans une situation un peu identique que le label a permis de débloquer.

VA : ERN a fait participer les scolaires français à travers une exposition. Dans quel but ?

Pour continuer de sensibiliser bien sûr. Nous avons développé un programme pédagogique en collaboration avec l’Agence Française pour la Biodiversité : « Rivières d’images et plumes de mots ». Un programme simple dans lequel on demande aux classes primaires des territoires labellisés de réaliser des œuvres artistiques sur le thème de la rivière, sa nature, son fonctionnement, etc. Et chaque année, un concours est organisé pour distinguer et récompenser les œuvres les plus séduisantes.

Roberto Epple —

NB : Le pourquoi du comment

En 1989, Roberto Epple est détaché depuis la Suisse par le WWF international pour aider les opposants locaux à la construction de 4 immenses barrages sur la « Loire encore sauvage » (sa dénomination de l’époque qui inspirera le nom du futur label). Ainsi se crée SOS Loire dont l’action débouche sur une victoire définitive en 1994. Loin de se dissoudre alors et forte de cet exploit, l’association se met au service d’autres causes, dont certaines hors des frontières, ce qui la conduit à changer de dénomination et devenir l’European Rivers Network (ERN). En 2006, l’ERN est appelé à défendre LA référence en matière de rivières demeurées à l’état sauvage le plus pur, la Rizzanese, dans le sud de la Corse. C’est à l’occasion de ce combat (une nouvelle fois victorieux) que les équipes de l’ERN décident de mettre en place un outil empêchant que de telles aberrations puissent se reproduire : le label « Site Rivière Sauvage ». Aujourd’hui, l’ERN œuvre dans l’Europe entière et jusqu’en Russie…

 

 

 


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Par Jerome Bourgine
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