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Pour ou contre Airbnb ?

| 30 juillet 2017 • Mis à jour le 01.08.2017 à 8h47
Thèmatique :  Acteur privé   Bons plans   Initiative nationale   Monde   Tourisme de masse 
         

New York bouillonne, Berlin l’interdit, Paris l’encadre, les hébergeurs classiques ne peuvent plus l’encadrer. Qui est-ce ? Airbnb bien sûr. La plate-forme de location en ligne n’en finit pas de faire parler d’elle. Manne pour les uns, concurrence déloyale pour les autres, le problème n’est pas si simple qu’il n’en a l’air, et pose plus largement la question des droits et devoirs d’une économie collaborative (ou pas !) de plus en plus menacée par les dérives de quelques spéculateurs qui s’enrichissent au détriment de professionnels étouffés par les taxes et les normes.

Marseille

Bienvenue ! @GClastres

Une progression fulgurante

Pour la jeunesse qui l’a souvent adopté comme un mode pratique et facile pour se loger au quatre coins du monde, il est difficile d’imaginer un monde sans Airbnb. Et pourtant, le portail fête à peine ses neuf ans et, en moins de dix ans, s’est imposé comme le premier hôtelier mondial avec plus d’1,5 millions de chambres à louer à travers la planète, un véritable tsunami qui pose forcément question. Rien qu’à Paris, première destination touristique du groupe, le loueur en ligne propose plus de 50 000 chambres, contre 80 000 pour les hôtels traditionnels.

Les plus

Pratique pour les usagers qui trouvent un panel d’offres alléchantes à tous les prix à travers la planète, Airbnb est aussi le petit plus qui va arrondir les fins de mois de nombreux utilisateurs, qui loueront une chambre, un appartement, deux trois fois dans l’année, histoire de s’offrir à leur tour des vacances ou des ailleurs que leur niveau de vie ne leur aurait pas forcément permis, et parfois en utilisant à leur tour Airbnb comme client… En outre,  le portail crée du lien, des échanges, des voyageurs du monde entier sont susceptibles d’arriver du jour au lendemain au pied de votre palier. Le tout donne une seconde vie à des appartements qui se voient ainsi régulièrement entretenus, nettoyés, ripolinés. En outre, l’utilisation elle-même du portail est souple, pratique, sans contrainte, que ce soit pour le loueur ou le futur occupant. Et vous finissez par devenir un vrai ambassadeur de votre quartier, dénichant les meilleurs restaurants, boutiques et choses à voir ou à faire pour vos futurs hôtes. Bref, du gagnant-gagnant non ? Attention toutefois…

Marseille

@GClastres

Les moins

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si le mieux n’était pas parfois l’ennemi du bien. Et Airbnb en est un illustre exemple, avec un succès fulgurant qui a fini par bousculer toutes les règles du jeu. Résultat pour les villes, un marché locatif de plus en plus maigre et problématique qui  a poussé la ville de Berlin à interdire purement et simplement le loueur tant il était devenu difficile de se loger dans la cité.  Le problème s’était déjà posé en 2014 à New York, avec la création du collectif « Share Better » dénonçant les effets pervers du site, de par la pression induite sur les loyers les plus bas, avec de nombreux New-Yorkais peinant à trouver des appartements abordables. Pour apaiser le conflit, Airbnb avait alors rayé de ses listes 2000 logements ne répondant pas à ses standards. Autres perdants, les hébergeurs plus classiques, qui n’en peuvent plus des normes et des taxes et se plaignent régulièrement de la concurrence déloyale qu’Airbnb fait régner sur le marché. La principale organisation patronale de l’hôtellerie-restauration (UMIH*) dénonce notamment « l’industrialisation » des pratiques, d’après eux, 20 % des annonces parisiennes de réservation sur le site américain émaneraient de multipropriétaires et représenteraient un tiers du chiffre d’affaire d’Airbnb. Et, il est à souligner qu’Airbnb ne nuit pas uniquement à des intérêts privés, elle pourrait aussi avoir un impact désastreux sur l’emploi, car si la plateforme fait travailler quelques 3 000 salariés, elle pourrait de son côté coûter leur poste à des milliers de salariés de l’hôtellerie à travers le monde.

* lire à ce propos l’excellente ITW publiée chez notre partenaire TV5Monde de Karim Khan, le président de sa Commission Développement Durable – L’UMIH multiplie les engagements en faveur du développement durable

L’entre-deux ?

Alors, Airbnb, économie de partage ?… ou pas ? Interviewé par Le Monde en juin 2015, Michel Bauwens, ancien chef d’entreprise qui étudie depuis une dizaine d’années l’économie collaborative, précise : « Il faut faire attention au vocabulaire que l’on emploie. L’« économie de partage » que j’appelle « pair-à-pair », où les individus s’auto-organisent pour créer un bien commun, a un potentiel émancipatoire important. Mais Uber (ici Airbnb !) ne relève pas de cette « économie collaborative » ou « de partage ». (…) Cela entraîne des déséquilibres, et avec eux la précarité. Quand Uber (ici Airbnb toujours) s’installe à Paris, les profits vont à ses actionnaires de la Silicon Valley. Ces entreprises sont compétitives car elles concurrencent les hôteliers et les taxis en parasitant l’infrastructure déjà existante. Elles n’ont pas à investir dans la construction d’automobiles ou d’hôtels. Cela leur donne un énorme avantage car elles captent une plus-value du fait de cette efficacité. Il y a là un vrai danger, en raison de la façon dont ce phénomène est encadré…. »

Marseille

Sur le feu… @GClastres

Les tentatives d’encadrer, de légiférer, d’équilibrer…

Consciente de l’importance de légiférer, les pouvoirs publics, qui dans un premier temps n’ont pas voulu fermer la porte à un nouveau mode de consommation inter-personnes plébiscité par la population, cherchent aujourd’hui des solutions pour remettre de l’équité dans la chaine des valeurs. A Paris, depuis l’automne 2015, la mairie a imposé à l’entreprise américaine le paiement d’une taxe de séjour pour les logements en location. En outre, la loi Lemaire tente actuellement d’imposer l’enregistrement des loueurs en mairie, et les sites de locations saisonnières seront tenus de transmettre à  l’administration fiscale toutes les données relatives à leurs clients avec un maximum de jours autorisés à la location portés à 120. A Berlin, outre l’interdiction de louer un logement s’il ne fait pas partie d’une habitation plus grande, la mairie, qui n’a toutefois pas les moyens de tout contrôler et de tout amender… a appelé à généraliser la délation entre voisins. Triste retournement des choses quand on sait qu’Airbnb était censé créer du lien…

D’autres voies sont possible, plus équitables

Pour remettre de l’équité et de la raison dans un débat qui s’enflamme parfois et où les exemples abondent tant que cet article ne pourra jamais être exhaustif, certaines voies s’esquissent, différentes, qui montrent que le collaboratif bien géré et repensé peut être une solution pour tous quand il ne profite pas qu’à des intérêts particuliers, des actionnaires privés, et ces grandes plateformes que l’on ne nomme plus. Ainsi, à Séoul, la municipalité a choisi d’interdire Uber au profit d’une application locale, qui proposera des fonctions similaires mais appliquées aux taxis officiels, évitant ainsi qu’une société américaine gère les transports d’une ville asiatique. Autres voies, plutôt que des plateformes venus de l’autre côté des océans qui captent les données, créer des coopératives d’usagers, ou municipales, et stimuler ainsi l’économie locale. Michel Bauwens cité par le Monde : «  On pourrait imaginer que les usagers s’unissent pour créer des coopératives de données, des plateformes non plus capitalistiques comme aujourd’hui, mais collectivistes, où chacun serait propriétaire ou copropriétaire de ses données et du revenu qu’elles génèrent. Une plateforme vide n’a aucune valeur. Ce sont les utilisateurs qui co-créent sa valeur et pourtant trop souvent 100 % de cette valeur d’échange est captée par les propriétaires de l’outil. Il s’agit de passer d’un capital extractif, qui capte la valeur des communs sans rien reverser, à un capital génératif où ceux qui contribuent à ce commun créent leur propre économie éthique. »

Marseille

On prend un verre ? @GClastres

En guise de conclusion

Alors, pour ou contre Airbnb ? Finalement, l’idée est excellente. Certains en profitent légitimement à leur petit niveau. Le problème vient toujours des marges, des excès, et c’est là qu’il faut rééquilibrer les choses. Et puis, à nous d’être inventif, d’imaginer d’autres voies, d’autres modes de location, pourquoi pas un, dix, vingt Airbnb éthique et local, un fairAirbnb comme il y a un fairBooking, une alliance juste qui prenne aussi en compte les intérêts des villes, du marché locatif, des hébergeurs, sans toutefois étouffer la souplesse de ces portails qui ouvrent la porte vers d’autres voies, et qui poussent aussi des professions bien en place à se remettre en cause et s’ouvrir vers les nouvelles clientèles. Le débat est vaste et nous n’avons fait que l’esquisser, mais sur notre portail, vous le savez, on tente toujours et encore de trouver le graal de l’équité. Alors à vos idées, la société civile est un formidable vivier !

 

 

 


Pour ou contre Airbnb ? | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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