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Jean-Christophe Victor : sous les cartes… le monde !

| 19 mai 2015 • Mis à jour le 09.01.2016 à 10h55
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Cela fait 25 ans que son émission « Le dessous des cartes* » connaît sur Arte un succès aussi vif qu’inattendu. Fils de l’explorateur Paul-Emile Victor et expert en géopolitique, Jean-Christophe Victor, grand voyageur mais aussi marcheur aimant découvrir le monde « à hauteur d’homme », ne se lasse pas d’en expliquer aux autres les ressorts. Rencontre avec un homme qui, inlassablement, œuvre à remplacer « la peur de l’Autre » par la compréhension…

Jean-Christophe Victor

Jean-Christophe Victor

Comment voyez-vous évoluer le monde des voyages ?

Tant que le taux de croissance d’un pays est supérieur à 5% sa classe moyenne augmente. Or, c’est elle qui engendre l’essentiel de la consommation et du tourisme. Nous restons, en France, scotchés sur l’ancien monde, mais le basculement de l’hégémonie de l’Occident vers l’Asie s’est opéré, depuis des années ! Nous vivons déjà dans un monde asiatico-centré. Il suffit d’analyser la liste mondiale des vols et de leurs origines pour s’en rendre compte : Chine, Inde, Indonésie, Malaisie, Brésil, sans négliger 4 ou 5 pays d’Afrique au moins… les pays émergents en sont au début de leurs Trente glorieuses et vont créer une vague de nouveaux touristes et voyageurs. Et cela va durer…

Vous rappelez souvent que le nombre des conflits et leur importance diminuent. Mais à l’heure de l’impact mondial des images ne risque-t-on pas de voir se multiplier des actes de terrorisme qui sont autant d’actions de communication ?

Tout à fait. Le musée du Bardo de Tunis, c’est ça, comme la plupart des actions perpétrées récemment ; stratégie très efficace d’actions militairement faibles mais psychologiquement fortes. Le problème est qu’il n’existe pas de solution militaire pour lutter contre ce type d’actions et qu’elles risquent de se multiplier, aggravant un climat de phobie déjà très prégnant en France. Depuis une dizaine d’années, en effet, nos concitoyens ont peur de tout : l’Europe, les réformes, les étrangers… bien plus que les autres nations. Certes, il y a cette avalanche de mauvaises nouvelles déversée quotidiennement par l’actualité. Mais l’actualité, on le sait, ne parlent jamais de ce qui va bien. Or, un nombre de choses considérables s’améliore : diminution des conflits et de leur importance, diminution de la pauvreté, augmentation ininterrompue de la scolarisation des enfants, des budgets de santé, de l’espérance de vie, etc. Mais non : les Français ont peur. Remarquez, depuis toujours, c’est par la peur qu’on gouverne les hommes.

Le développement du tourisme peut-il renforcer la problématique de la surpopulation ?

La surpopulation de la planète est un vieux spectre qui a bien du mal à disparaître. Nous aurons des problèmes agroalimentaires et des problèmes d’eau, mais pas de surpopulation. La croissance démographique va se poursuivre jusqu’au-dessus des 7 milliards d’habitants, puis se stabiliser lorsque l’indice de fécondité des pays émergents descendra à 2,1 enfants par famille, comme partout. « La bombe démographique » titrait récemment un hebdomadaire connu. C’est scandaleux parce que c’est faux et que ceux qui le publient le savent. Toujours cette manipulation par la peur. On va nous reparler du « péril jaune » bientôt ! En 1840, les Chinois représentaient 32% de la population mondiale, pour 23% aujourd’hui et 17% dans 15 ans ! En revanche, nous sommes réellement en surproduction et en surconsommation. Entre 1980 et 2010, la population a augmenté de 55% et la consommation, elle, de 162% ! Raison pour laquelle toutes les recherches de nouveaux modèles économiques, les formes de tourisme collaboratives ou communautaires, sont bienvenues. Pour mon fils de 25 ans, la question ne se pose d’ailleurs pas : c’est déjà son quotidien !

Le péril environnemental serait-il également exagéré ?

Non, plutôt sous-estimé celui-là. Parce qu’il nous obligerait à être vraiment responsables sinon. Alors, comme les problèmes ne sont pas pour tout de suite – en tous cas, nous concernant : le Bangladesh, les Fidji, c’est loin tout ça – on se dit : « après moi le déluge »… Heureusement, des solutions existent et commencent d’être mises en œuvre.

Les voyages sont surtout le fait de la classe moyenne. On entend souvent dire qu’il y a de plus en plus de gens riches et de plus en plus de gens pauvres, moins de classes moyennes donc…

Il y a de plus en plus de gens très riches ? C’est vrai. Parce que malheureusement, le capital rapporte plus que le salariat, alors les dirigeants des grands groupes redistribuent l’argent à leurs administrés et les riches deviennent de plus en plus riches, creusant les inégalités. Le nombre de gens vraiment pauvres, en revanche (moins de 2 $/jour), est en diminution constante depuis 2004. Quant aux classes moyennes, elles augmentent en volume et en pouvoir d’achat dans les pays émergeants et jusqu’en Afrique, continent qui s’éveille (enfin) grâce aux hydrocarbures et au… téléphone mobile ! Partagé à plusieurs ou loué à 50 personnes dans la même journée, il permet la création d’innombrables micro-entreprises. Il y a aujourd’hui davantage de mobiles sur le continent africain que nord-américain ! En revanche, les anciennes classes moyennes, celles des premiers pays développés (nous), stagnent. Et si elles ne diminuent pas en nombre, elle voit leur niveau de vie baisser, fait masqué par un indice des prix englobant des biens de consommation superflus alors que les produits de base, incontournables, augmentent.

Sentez-vous une certaine influence des voyages opérer dans les relations entre les nations ? Le tourisme est-il un facteur que la géopolitique commence à prendre en compte ?

Le tourisme, c’est évident, favorise les relations entre les nations (plus qu’entre les états, nuance d’importance !). Le tourisme de masse également, en accroissant les échanges économiques. Or, les liens culturels découlent toujours de liens commerciaux et ils permettent aux peuples de mieux se connaître, de se rapprocher également… un petit peu. En revanche, non : la géopolitique ne prend pas le tourisme en compte, je n’en vois aucun exemple, car si le tourisme pèse lourd économiquement il n’a pas de réel impact politique.

Paul-Emile Victor

* « Le dessous des cartes », le livre vient de sortir chez Tallandier (224 p150 cartes 14.90€)


Jean-Christophe Victor : sous les cartes… le monde ! | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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