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Introspection aux Lençois maranhenses : Carnet #2

| 2 mars 2018 • Mis à jour le 02.03.2018 à 9h38
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Não, você se vai perder se for sozinho, é perigoso“. Brésil, état du Maranhão. “Non, vous allez vous perdre tout seul, c’est dangereux” : voilà ce qu’on m’a répondu à Barreirinhas, aux portes du désert côtier des Lençois maranhenses. C’était sans compter ma pugnacité voire entêtement… Non rassasié par le circuit touristique organisé jusqu’à une lagune à la bordure du désert avec un groupe de touristes hystériques, me voilà parti sac au dos, tente, gourdes, peu de nourriture et la boussole en direction des grandes dunes de sable immaculé. Je veux tester mon comportement dans un désert, écosystème qui m’apparaît davantage hostile que les forêts tropicales telle l’Amazonie. La grande inconnue est l’orientation. Sans carte précise, je vais me fier à la boussole et la bonne étoile. J’ai soif de vivre ce désert. Dans ce contexte, la seule solution me paraît être l’aventure en solo. Une belle aventure en perspective.

Alliée d’orientation

Le 4×4 collectif me dépose dans ce village Atins qui semble au bout du monde. De là je longe la plage vers le nord, et tente de camper au milieu des premières dunes comme le soleil se couche déjà. Mais le vent s’engouffrant avec violence m’en empêchera, impossible de planter les sardines et de stabiliser la tente. Je suis obligé de rejoindre une petite oasis à Ponte do Mangue pour trouver un peu plus de calme. Les rares habitants vivent dans des conditions précaires de la pêche, l’artisanat et de l’élevage de quelques animaux, et sont heureux. Et généreux. Je partagerai un œuf et mes anecdotes avec une belle famille. Et leurs coqs semblent un peu déphasés pour chanter toute la nuit. Yeux encore collés, je rejoins la plage pour marcher sur le sable meuble. Le soleil est violent, le vent aussi. Je suis déjà asséché. Le paysage est blanc.

Le soleil couchant

Protection totale de la peau. Je me réfugie dans des cabanes de pêcheurs qui semblent abandonnées pour un peu de repos et m’hydrater. J’ai hâte de rejoindre les dunes mais ou entrer exactement? Deux informations partielles me poussent à rejoindre une cabane et “rentrer à l’intérieur du désert mais pas trop” (c’est-à-dire pas à 90 degrés). Bien maigre comme info vu l’amplitude de l’azimut. Petit rafraîchissement dans une petite cascade d’eau douce improbable en bordure de plage, pour soulager aussi une piqûre d’une magnifique physalie que j’ai voulu remettre à l’eau avec le pied… No comment!

Depuis la cabane et une sorte de forêt pétrifiée, je rentre avec un azimut de 285 degrés Ouest/Nord-Ouest, un peu au pif. Péniblement, je m’éloigne du trait de côte, passe les premières lagunes à la transversale par rapport à l’orientation des dunes, ce qui est peu pratique pour garder le cap. Des marques insignifiantes m’aident à garder celui-ci : sommet, touffe d’herbe, crottes de chèvres, nuage… Tout y passe. Pas vraiment le choix. Les lumières du soir teignent les dunes de contrastes étonnant. Cette fois, obligé de camper au milieu des dunes. La nuit approche et je n’ai toujours pas trouvé d’endroit adéquat et à l’abri du vent qui se renforce. Une langue de sable entre deux lagunes m’offre cette possibilité de dormir cerné et sous les étoiles. Toutes les affaires sont à l’intérieur pour ancrer la tente au sol car le sol dégueule les sardines. Inoubliable. Un calme absolu lorsque le vent, enfin, se détend. Au lever, un spectacle irréel, des couleurs incroyables, les ondulations parfaites des dunes, les jeux d’ombre. Devant ce spectacle naturel, j’en ai les larmes aux yeux. J’insiste avec ce cap en espérant arriver à l’oasis recherchée. A 360 degrés, des dunes à perte de vue. Un paysage bicolore jaune pale et bleu. Ma seule compagnie sont quelques chèvres et mouettes bien braves qui n’hésitent pas à m’attaquer quand je passe près de leurs nids. Maintenant, ce sont de grands lacs que je dois traverser ou contourner. Une fois, je me fais surprendre par la profondeur ou des sables mouvants. Résultat : tout trempé sac compris et une belle montée d’adrénaline. Un peu avant midi, j’ai des mirages. Non! Ce sont bien des quads qui passent au loin. Quelques temps plus tard, je les retrouve et ils me confirment mon cap! J’arrive à l’oasis de Baixa Grande. Ouf!!!

Solitude ou plénitude?

Refuge d’un soir à en pleurer

Non rassasié, je découvre les lagunes autour de cette oasis en attendant le déjeuner de Dona Marisa. Un vrai camaïeu de couleur, chaque lagune a une couleur singulière, dépendant des algues et du plancton en présence. Toutes les couleurs sont là. Et l’eau est douce, ce qui est un gros avantage de ce désert pour boire et se rafraîchir à volonté. Un paradis sur Terre, je vous dis! On peut même marcher pied nu sur les dunes car le sable y est généralement dur, battu par les bourrasques de vent. De retour pour le déjeuner, on m´annonce qu´un voyageur en solo vient juste de partir en direction de Barreirinhas. Je décide aussi de prendre cette route mais ne pourrai pas le rattraper avant la nuit. Les traces disparaissent en quelques minutes sous le sable. De nouveau, je me retrouve inquiet sur l’azimut, avec des informations peu précises des locaux. Je prends à l’aveugle un cap de 155 degrés Sud/Sud-Est. Quel bonheur ce sentiment de plénitude grâce à ces expériences hors de la zone de confort! Sur cette partie, les lençois sont plus grands et plus profonds. Je dois souvent les contourner et faire de gros détours. Malgré cela, je m’impressionne de garder le cap. Ce jeu est l’aventure dont j’avais rêvé dans ce fabuleux parc national, loin des sentiers touristiques de la périphérie. Blotti derrière une haute dune, en bordure de lac, je camperai. Un endroit idyllique encore. Un coucher de soleil fabuleux. Avant la nuit noire, je dois monter la tente, prendre un bain, et manger un bout. Dès 19h, mes yeux se ferment de fatigue sous le seul sifflement du vent. Je me réveillerai avec un autre beau spectacle : des gouttes tombent sur le désert. Peu mais suffisamment pour rafraîchir l´atmosphère.

Lentilles d’eau transparente

Un spectacle à chaque réveil

Quelques étirements des muscles endoloris de la marche sur le sable et c´est reparti. Beaucoup de pensées me traversent, de mes proches qui sont si loin et si proches à la fois, de ce spectacle chaque jour renouvelé que j’ai la chance de vivre! Je suis fier d’avoir vécu cette expérience extraordinaire en solo et d’avoir co-habité ce désert pas si hostile que ça. C’est indéniablement un de mes coups de cœur de mon aventure, une expérience personnelle et intérieure forte associée à un décor magique, hostile et réconfortant à la fois.

J’aperçois enfin les antennes de télécommunications de Barreirinhas qui se profilent au loin. Je profite de ces derniers moments privilégiés de solitude dans cet univers blanc avant de replonger dans la végétation. Au loin, les groupes de touristes affairés à prendre quelques photos du Lagoa Azul sont comme des fourmis sur le flanc des dernières dunes… Retour à la civilisation, apaisé…

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Introspection aux Lençois maranhenses : Carnet #2 | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par David Gasc

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