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10 ANS DE TOURISME DURABLE

Interview avec Judy Kepher Gona, fondatrice de Sustainable Travel and Tourism Agenda (STTA)

| 27 juin 2018 • Mis à jour le 27.06.2018 à 14h01
         

Du 19 au 21 juin prochain, le Green Tourism Africa Summit se tiendra dans la ville de Nyeri au Kenya. Organisé par le Sustainable Travel and Tourism Agenda (STTA), il a pour but d’unifier la vision et la pratique d’un tourisme vert en Afrique. Le World Trade & Tourism Council (WTTC) s’est entretenu avec la fondatrice de STTA, Judy Kepher-Gona, sur les défis pour concilier tourisme et développement durable en Afrique.

WTTC: Etant donné votre expérience au sein de STTA et d’autres organisations, quelle est selon vous la meilleure manière dont le tourisme peut à la fois soutenir et promouvoir le développement durable?

Judy: Cela ne peut être le cas que si le tourisme est déjà durable en lui-même. Des données le démontrent clairement: de bonnes pratiques touristiques apportent des contributions significatives dans les défis écologiques auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. Des impacts positifs induits par le tourisme ont permis de protéger les ressources, de garantir des moyens de subsistance aux communautés locales, de créer et de protéger des emplois dans le secteur touristique mais également de soutenir des initiatives sociales et une redistribution plus juste des terres par le biais du commerce équitable, de favoriser des partenariats, de promouvoir la paix… Au regard de tout cela, il n’est alors plus question de remettre en cause le fait que le tourisme responsable favorise le développement durable. La grande question est de savoir si cela a un impact à une grande échelle et peut provoquer une révolution durable à l’échelle du continent.

A gauche de la photo, Judy Kepher-Gona, fondatrice de STTA.

WTTC: Quels sont selon vous les principaux obstacles à cela? Comment choisiriez-vous de les aborder?

Judy: Jusqu’à présent, de nombreux efforts sont venus du secteur privé au niveau de différentes destinations, bénéficiant de peu de soutien de la part des gouvernements. Ces efforts ont cependant engendré une plus grande prise de conscience au sein de l’industrie du tourisme. Mais nous disposons encore de ressources limitées et l’adoption de ces réflexes prend du temps. Un bon exemple en la matière est le Kenya. Ce dernier a lancé son label pour les hébergements verts il y a plus de 20 ans. A ce jour, un tout petit pourcentage de ces hébergements détient ce label. Réussir les choses à grande échelle constitue un sacré défi! Un autre challenge que l’on rencontre souvent est le scepticisme des tours-opérateurs. Certains considèrent le tourisme vert comme une pratique assez opportuniste, ce qui ne facilite pas les choses. De plus, au sein de beaucoup de pays en voie de développement, de nombreux tours-opérateurs apprennent encore les ficelles du métier sur le tas et n’intègrent pas forcément dès le début les codes de conduite du tourisme vert.

‘Ecotourism Kenya’, qui a pour but d’unifier tourisme, communautés locales et protection de la nature.

WTTC: Quels programmes a-t-on besoin de mettre en place pour favoriser le développement durable au sein du tourisme?

Les secteurs publics et privés d’un pays doivent travailler main dans la main. Le changement doit d’abord venir des principales organisations touristiques dans le monde afin d’influencer les gouvernements. Ainsi, les tours-opérateurs ne manqueront pas de leur emboîter le pas, ce qui sera bénéfique pour tout le monde. Dans les pays en voie de développement, la plupart des gouvernements considèrent le tourisme comme ‘la poule aux oeufs d’or.’ Mais ils font peu d’efforts en termes de management de ce tourisme. Cela se résume souvent à délivrer des labels, dont le simple but est de collecter des impôts. Cela nourrit une obsession pour les chiffres, en oubliant le fait que la fréquentation touristique ne peut pas grossir indéfiniment sans conséquences. Ainsi, il me semble urgent de mettre en place des règlementations qui favoriseront une croissance durable du secteur touristique. Cela serait également une bonne chose d’aller vers une plus grande simplification: le secteur compte en effet plus de 100 types de certifications et autres labels. Cela ne pourrait que mener le secteur du tourisme dans la bonne direction.

La réserve d’Ol Pejeta, qui abrite le dernier rhinocéros blanc du nord.

WTTC: Par rapport à la protection des espaces sauvages, comment l’industrie du tourisme peut-elle agir pour promouvoir au mieux ces efforts de conservation?

Judy: Il existe de nombreuses actions positives, mais elles sont fragmentées et proviennent d’autres secteurs, principalement de la société civile et des ONG, qui sont souvent snobées par l’industrie du tourisme. Cela a pour conséquence de freiner certaines de ces actions. Prenons l’exemple du Kenya. L’industrie du tourisme est fortement dépendante de la faune sauvage mais malgré cela, elle ne réalise pas beaucoup d’actions de conservation. Il n’y a jamais eu de déclaration solennelle de la part du secteur touristique pour condamner le braconnage. Un autre cas récent est celui du Soudan, qui abrite le dernier rhinocéros mâle du nord. L’industrie a fait campagne là-dessus pour promouvoir la réserve d’Ol Pejeta où il résidait, mais a totalement ignoré la situation désastreuse du pays et n’a soutenu aucune initiative dans ce sens. Un exemple à méditer qui montre que le chemin à parcourir est encore long…

Source de l’article: Newsletter de mai 2018 du WTTC
https://www.wttc.org/tourism-for-tomorrow-awards/newsletter/2018/may-2018/

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Interview avec Judy Kepher Gona, fondatrice de Sustainable Travel and Tourism Agenda (STTA) | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Vanessa Beucher
Photographe, journaliste & traductrice basée à la Grave dans le massif des Ecrins
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