logo et baseline voyageons-autrement
séjours et de loisirs dans le domaine du tourisme responsable et durable

Guayapi, l’équitable de l’Amérique au Sri Lanka

| 30 août 2017 • Mis à jour le 15.11.2017 à 7h58
Thèmatique :  Acteur privé   Espaces protégés   Monde   Projet solidaire   Territoire 
         

Guayapi est une société d’importation de produits nobles d’Amérique du sud. Sa vocation est à la fois de valoriser des super-aliments traditionnels de différentes communautés, mais aussi d’offrir à ces dernières un moyen de subsistance respectueux de leurs cultures et de l’environnement. Lancée en 1990 par Claudie Ravel, elle a été dupliquée cinq ans plus tard au Sri Lanka, pour exporter cette fois les dérivés de fruits et de plantes de l’île. L’expérience au Sri Lanka a donné lieu à une activité d’eco-tourisme.

Les employés de Guayapi Lanka

Valoriser le produit des terres reculées et le travail des hommes. Telle est la mission de Guayapi, société spécialisée dans l’importation de produits issus de la cueillette selon les principes du commerce équitable. Créée par Claudie Ravel, elle est le fruit de multiples voyages et de rencontres de passionnés. Tout commence à la fin des années 1980. Lors d’un voyage en Amazonie, la Française prend connaissance du warana*, un super-aliment** utilisé par la tribu des Sateré Mawé qui le considère comme sacré. « Je trouvais le produit extrêmement intéressant, explique-t-elle. Il n’existait pas en Europe. » Bernard Touati, un ami docteur en médecine et pédopsychiatre, qui a étudié la nutrition, fait des recherches sur les qualités de la plante. Il est aujourd’hui conseillé nutritionniste de la société. Grâce à l’aide d’experts tels que l’anthropologue Alba Figueroa, qui a travaillé sur les Sateré Mawé, de la référence bibliographique rédigée par Pio Correia, botaniste brésilien, et du travail du botaniste Laerte Coaracy, le projet est lancé. Claudie Ravel se confronte alors à une bataille juridique pour savoir comment vendre le produit sur le marché européen. « Lorsque la société est lancée, le statut des plantes est « alimentaire », au même titre que les carottes, par exemple. La réglementation française ne laissait que très peu de choix, raconte la fondatrice. J’ai toujours qualifié ces plantes « d’’aliments plus » pour leurs apports en minéraux et vitamines importants. Avec onze autres sociétés, nous avons créé l’UPSNB (l’Union professionnelle des suppléments nutritionnels et botaniques) et nous avons participé à la réglementation des « compléments alimentaires » qui devait donner un statut à ces plantes. Nous avons ensuite rédigé la définition de ce terme qui a été adoptée en 1997. Depuis, nos plantes sont vendues comme compléments alimentaires. »

La question de l’éthique

Guayapi est lancé en 1990 comme exportateur de produits naturels. Il s’agit notamment de plantes transformées sous forme de poudres à incorporer dans l’alimentation. Les matières premières sont cueillies par les populations locales au sein d’écosystèmes préservés, sans recours aux produits chimiques. Mais l’objectif de Claudie Ravel ne se limite pas au partage de ces bienfaits de la nature. Dès le départ, elle fait de son entreprise un projet équitable avec les indiens Sateré Mawé, qui récoltent cette plante. Ce peuple du Brésil a créé un Conseil général de la tribu Satéré Mawé (CGTSM) pour préserver son identité, sa culture et son territoire. Des partenariats comme celui réalisé avec Guayapi leur permettent de réaliser des revenus tout en conservant leurs indépendances. « Alors qu’ils n’étaient que 6 000 en 1995, ils sont désormais environ 16 000 aujourd’hui. »

Sirop de kitul

La préparation du sirop de kitul, produit phare de la société Guayapi Lanka

Le travail de sourcing de Guayapi s’étend par la suite à d’autres contrées américaines tels que le Pérou. Une trentaine de plantes et de fruits issus du continent sont commercialisés sous la forme de 115 références.
L’aventure a également traversée les océans. « Le premier employé à temps plein de Guayapi, Shelley Abeyagoonesekera, est Sri-lankais, raconte Claudie Ravel. Il m’avait été présenté par des amis d’amis. C’était un réfugié arrivé en France en 1989. On me l’a recommandé pour son sérieux. » Cette rencontre pousse l’entrepreneuse à s’intéresser au pays. Le contact se réalise, entre autres, avec l’aide de Roger Abeyagoonesekera, le frère de Shelley, présent sur place. « Le Docteur Touati a mis en évidence l’aspect anti-cancérogène du thé vert, présent dans le pays. Du Sri- Lanka, nous avons donc décidé d’importer du thé, mais aussi des épices et du café de petits producteurs », explique Claudie Ravel. Mais un autre produit va intéresser d’avantage l’entrepreneuse. « Depuis son enfance, Shelley consomme un aliment traditionnel appelé la sève de kitul, nous sommes allés le déguster et avons décidé de le commercialiser. » Ce sucre alternatif naturel consiste en la sève d’un palmier local cuite au feu de bois. Une société d’exportation, appelée Guayapi Lanka, est créée en 1995 pour vendre ce sirop, mais aussi la cannelle et d’autres épices et produits locaux. Shelley Abeyagoonesekera, directeur logistique, achats et approvisionnement à Paris, devient managing director de la structure Sri Lankaise. La société installe son siège social sur une ancienne plantation de thé rachetée par Claudie Ravel dans les années 1990 et appelée Maussawa Estate. Ce terrain de 20 hectares a été transformé en forêt grâce à l’expérience de Ranil Senanayake, docteur en écologie des systèmes et fondateur du concept de foresterie analogue. Une jungle est alors reconstituée en conformité avec la constitution du sol, de l’altitude et des besoins de cohabitation entre les plantes pour recréer une biodiversité équilibrée et naturelle. Les habitants d’Halpula, le village voisin, sont intégrés à ce projet, toujours selon le principe de défense des peuples indigènes.

Activités éco-touristiques


Aujourd’hui, la PME exporte aussi des dérivés d’une trentaine de produits sri-lankais (coco, farine et des grains de kukaran, un riz rouge sri-lankais…). Les recettes utilisées pour la préparation et la transformation résulte du savoir ancestral de Kusuma, une habitante du village devenue manager de production. Le sirop de kitul a, quant à lui, été élu arche du goût par l’association Slow Food***.
21 personnes du village et de ses environs travaillent en permanence à l’entretien de cette forêt-jardin et à la gestion du lieu. 31 agriculteurs s’ajoutent à cette équipe pour répondre à la demande en matière de coco et de sirop.
Depuis 2000, Ecolanka, qui devient une société d’éco-tourisme l’année suivante, a été lancée sur le site de la forêt-jardin de Guayapi Lanka. Un premier projet d’éco-touristisme avait été lancé en 1999 au Brésil par les Indiens Sateré Mawé, au sein du site de « Vinte Quilos ». Il s’adresse aux touristes et autres visiteurs curieux de découvrir les activités et la culture de ce peuple.

* Le warana (guarana des Terres d’origines) est le nom du guarana, une plante brésilienne, en Sateré Mawé.
** Ce titre n’existe pas à l’époque.
*** Ce titre a été créé pour valoriser des produits qui appartiennent au patrimoine culturel ou naturel de la planète et prévenir leur extinction. Slow Food a été fondée pour la protection de la biodiversité alimentaire.

————– Aller + loin ———————————


Guayapi, l’équitable de l’Amérique au Sri Lanka | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Chloe Goudenhooft

Facebook

Les 5 derniers articles de Chloe Goudenhooft

    Voir tous les articles de

    Découvrez nos abonnements

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

    Tous à Clermont pour la troisième édition des Universités du Tourisme Durable !

    L'actu en continu

    Les plus partagés

      Les derniers tweets

      Les catalogues Voyagiste


      Agenda