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Guayapi, l’équitable de l’Amérique au Sri Lanka

| 30 août 2017 • Mis à jour le 07.09.2017 à 14h19
Thèmatique :  Acteur privé   Espaces protégés   Monde   Projet solidaire   Territoire 
         

Guayapi est une société d’importation de produits nobles d’Amérique du sud. Sa vocation est à la fois de valoriser des super-aliments traditionnels de différentes communautés, mais aussi d’offrir à ces dernières un moyen de subsistance respectueux de leurs cultures et de l’environnement. Lancée en 1990 par Claudie Ravel, elle a été dupliquée cinq ans plus tard au Sri Lanka, pour exporter cette fois les dérivés de fruits et de plantes de l’île. Les deux expériences ont donné lieu à des activités d’eco-tourisme.

Les employés de Guayapi Lanka

Valoriser le produit des terres reculées et le travail des hommes. Telle est la mission de Guayapi, société spécialisée dans l’importation de produits issus de la cueillette selon les principes du commerce équitable. Créée par Claudie Ravel, elle est le fruit de multiples voyages et rencontres de passionnés. Tout commence à la fin des années 1980. Lors d’un voyage en Amazonie, la Française prend connaissance du warana*, un super-aliment** utilisé par la tribu des Sateré Mawé qui le considère comme sacré. « Je trouvais le produit extrêmement intéressant, explique-t-elle. Il n’existait pas en Europe. » Bernard Touati, un ami docteur en médecine et pédopsychiatre, qui a étudié la nutrition, fait des recherches sur les qualités de la plante. Il est aujourd’hui conseillé nutritionniste de la société. Grâce à l’aide d’experts tels que l’anthropologue Alba Figueroa, qui a travaillé sur les Sateré Mawé, de la référence bibliographique rédigée par Pio Correia, botaniste brésilien, et du travail de son neveu, le botaniste Laerte Coaracy, le projet est lancé. Claudie Ravel se confronte alors à une bataille juridique pour savoir comment vendre le produit sur le marché européen. « Lorsque la société est lancée, le statut des plantes est « alimentaire », au même titre que les carottes, par exemple. La réglementation française ne laissait que très peu de choix, raconte la fondatrice. J’ai toujours qualifié ces plantes « d’’aliments plus » pour leurs apports en minéraux et vitaminés importants. Avec onze autres sociétés, nous avons créé l’UPSNB (l’Union professionnelle des suppléments nutritionnels et botaniques) et nous avons participé à la réglementation du statut de « complément alimentaire ». Nous avons ensuite rédigé la définition qui a été adoptée en 1997. Depuis nos plantes ont le statut de compléments alimentaires. »

La question de l’éthique

Guayapi est lancé en 1990 comme exportateur de produits naturels. Il s’agit notamment de plantes transformées sous forme de poudres à incorporer dans l’alimentation. Les matières premières sont cueillies par les populations locales au sein d’écosystèmes préservés, sans recours aux produits chimiques. Mais l’objectif de Claudie Ravel ne se limite pas au partage de ces bienfaits de la nature. Dès le départ, elle fait de son entreprise un projet équitable pour les Sateré Mawé, qui récoltent cette plante. « Pour que le groupement de producteurs relèvent du commerce équitable, il fallait qu’il est un autre circuit de distribution, précise Claudie Ravel. » Un Conseil général de la tribu (CGTSM) est alors créé pour organiser cette relation et les aider à préserver leur identité, leur culture et leur territoire. « Alors qu’ils n’étaient que 6 000 en 1995, ils sont désormais environ 16 000 aujourd’hui. »

Sirop de kitoul

La préparation du sirop de kitul, produit phare de la société Guayapi Lanka

Le travail de sourcing de Guayapi s’étend par la suite à d’autres contrées américaines tels que le Pérou. Une trentaine de plantes et de fruits sont commercialisés sous la forme de 115 références.
L’aventure a également dépassé les frontières du continent. « Le premier employé à temps plein de Guayapi, Shelley Abeyagoonesekera, est Sri-lankais, raconte Claudie Ravel. Il m’avait été présenté par des amis d’amis. C’était un réfugié arrivé en France en 1989. On me l’a recommandé pour son sérieux. » Cette rencontre pousse l’entrepreneuse à s’intéresser au pays. Le contact se réalise grâce à laide de Roger Abeyagoonesekera, le frère de Shelley, présent sur place. « Le Docteur Touati a mis en évidence l’aspect anti-cancérogène du thé vert, présent dans le pays. Du Sri- Lanka, nous avons donc décidé d’importer du thé, mais aussi des épices et du café d’organisateurs de petits producteurs », explique Claudie Ravel. Mais un autre produit va intéresser d’avantage l’entrepreneuse. « Depuis son enfance, Shelley consommait un aliment traditionnel appelé la sève de kitul, nous sommes allés le déguster sur l’arbre et avons décidé de le commercialiser. » Ce sucre alternatif naturel consiste en la sève d’un palmier local cuite au feu de bois. Une société d’exportation, appelée Guayapi Lanka, est créée en 1995 pour organiser les petits producteurs de kitul, mais aussi de cannelle et des autres épices locales. Shelley Abeyagoonesekera en devient le directeur logistique, achats et approvisionnement. En 2007, la société installe son siège social sur un territoire de l’État du Maussawa, une ancienne plantation de thé rachetée par Claudie Ravel dans les années 1990. Ce terrain de 20 hectares a été transformé en forêt grâce à l’expérience du docteur Ranil Senanayake, fondateur du concept de foresterie analogue. Une jungle est alors reconstituée en conformité avec la constitution du sol, de l’altitude et des besoins de cohabitation entre les plantes pour recréer une biodiversité équilibrée et naturelle. Les habitants d’Halpula, le village voisin, sont intégrés à ce projet, toujours selon le principe de défense des peuples indigènes.

Activités éco-touristiques


Aujourd’hui, la PME exporte aussi des dérivés d’une trentaine de produits sri-lankais (coco, farine et des grains de kukaran, un riz rouge sri-lankais…). Les recettes utilisés pour la préparation et la transformation résulte du savoir ancestral de Kasuma, une habitante du village devenu manager de production. Le sirop de kitul a, quant à lui, été élu arche du goût par l’association Slow Food***.
21 personnes du village et de ses environs travaillent en permanence à l’entretien de cette forêt-jardin et à la gestion du lieu. 31 agriculteurs s’ajoutent à cette équipe pour répondre à la demande en matière de coco et de sirop.
Depuis 2008, Ecolanka, une société d’éco-tourisme, a été lancée sur le site de la forêt-jardin de Guayapi Lanka. Un premier projet d’éco-touristisme avait été lancé en 2007 au Brésil sur le territoire des Sateré Mawé, au sein du site de « Vinte Quilos ». Il s’adresse aux touristes et autres visiteurs curieux de découvrir les activités et la culture de ces indiens.

* Le warana (guarana des Terres d’origines) est le nom du guarana, une plante brésilienne, en Sateré Mawé.
** Ce titre n’existe pas à l’époque.
*** Ce titre a été créé pour valoriser des produits qui appartiennent au patrimoine culturel ou naturel de la planète et prévenir leur extinction. Slow Food a été fondée pour la protection de la biodiversité alimentaire.

————– Aller + loin ———————————


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Par Chloe Goudenhooft

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