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Escapade à Bankoualé

| 18 février 2013 • Mis à jour le 18.02.2013 à 17h01
         

Bankoualé. Terre des Afars. Terre enclavée. En quelques heures, la mer semble oubliée. La piste grimpe. Dans cette région de moyenne montagne, ne demeure qu’un paysage de pierre, un univers minéral ponctué de quelques villages hirsutes, comme miraculés, quelques simples cases, toukouls de palmier et de bois. L’été, les citadins de Djibouti viennent y respirer un peu de fraicheur. L’hiver, c’est au tour de quelques rares touristes ou randonneurs…

Djibouti

Région de Bankoualé @G.Clastres

 

La route de Bankoualé se gagne. Situé dans une région de moyenne montagne, entre 1200 et 1700 m, la piste n’est qu’un vague tapis de cailloux, un trait sinueux où même les 4×4 peinent à vaincre la pente. Ca et là, quelques acacias agrippés à la roche ponctuent de taches vertes un tableau tirant vers l’ocre et le gris. On croise aussi des figuiers étrangleurs qui semblent étreindre de leur racine ces roches si omniprésentes, résumant assez bien le combat auquel se livre la nature pour survivre en ce milieu minéral où tout est si rare, à commencer par l’eau.

Daboytas à Bankoualé@G.Clastres

Daboytas à Bankoualé@G.Clastres

 

Le campement de Bankoualé a été fondé en avril 1997 par Houmed Ali, un enfant du pays, afin de contribuer au développement local, à la création d’emploi et indirectement à la promotion de l’agriculture et de l’artisanat par les achats de fruits, légumes, et des produits artisanaux. Au départ, il n’y avait que quatre toukouls (cases rondes), une salle de restaurant et une cuisine. Mais, en six mois, Houmed réussit à mettre en place quatorze toukouls. Aujourd’hui, le site dispose de 20 paillotes. On y trouve même six douches et toilettes et les toukouls ont l’électricité  grâce à l’installation de panneaux solaires. Un luxe ici !

Houmed Ali @MathéeTema

Houmed Ali @MathéeTema

Houmed : « Au départ, j’étais guide. J’ai entrepris la construction des toukouls avec mes économies (300 000 FD). Les premières années, j’ai reçu beaucoup de militaires avec leur famille, de 40 à 60 personnes tous les week-end. Mais, suite à des problèmes diplomatiques pendant quelques mois, les militaires n’ont plus eu le droit de venir. J’ai alors rencontré un coopérant qui m’a parlé de l’apiculture moderne et grâce à lui mais aussi un financement de l’ambassade des Etats Unis, j’ai réussi à partir sur un projet de formation en apiculture. Pour cela, j’ai passé un an à Vesoul. En plus du campement, je possède 16 ruches qui, les bonnes années, produisent 96 kilos de miels de fleur (acacias notamment). Je le revends à Djibouti mais la demande est telle qu’en général,  tout est parti dans la journée. Ici, les abeilles sont très agressives, il s’agit d’abeilles tueuses. Il faut donc être très vigilant.

Depuis 2010, grâce à l’Aden, j’ai servi de relais pour que tous les campements travaillent en réseau et organisent des voyages pour les touristes internationaux . Cela a bien marché et pour l’aspect légal, j’ai créé l’agence SAFAR qui officie comme réceptif, une petite entreprise familiale qui compte aussi mon frère (chauffeur et guide), mes cousins. Je travaille avec Explorator, Aden, Allibert, Atalante, Terre Oubliée, Aventure Volcan, Horizon Nomade. Pour 2013, j’attends 100 personnes. En moyenne, les touristes restent une nuit, souvent le week-end, le jeudi-vendredi ici. Ils viennent voir le village, faire un peu de randonnée. L’année touristique dure d’octobre à avril. Le tourisme est vraiment un complément de revenus pour les gens du village. Au campement, il y a sept personnes en permanence. Nous avons un petit jardin potager et j’ai installé des panneaux solaires. »

De Bankoualé à Ardo @G.Clastres

De Bankoualé à Ardo @G.Clastres

 

En route vers le village d’Ardo. La roche est toujours omniprésente. Ici, les villageois ne peuvent  compter uniquement sur l’élevage. Beaucoup de familles ont au moins une personne qui travaille à Djibouti ville, dans l’administration. Tout l’économie du pays est concentrée la bas. L’hiver, Bankoualé comprend à peine sept foyers. L’été, poussé par la chaleur, beaucoup reviennent et on en dénombre jusqu’à quarante.

Au sein des différents villages, le terrain est divisé par tribus et les chèvres marquées afin qu’elles broutent dans le champ qui leur est alloué. Cela semble quelque peu irréel tant elles semblent vaquer d’un lieu à l’autre. Nous croiserons aussi un chameau rêveur, un daman (mammifère qui ressemble à une grosse marmotte) fugueur, quelques passereaux colorés mais ni babouins ni dig-digs (gazelle), pourtant bien présents dans les environs.

Ecole du village d'Ardo @G.Clastres

Ecole du village d’Ardo @G.Clastres

Village d’Ardo. Nous passons une école. Les enfants sont curieux, accueillants, les femmes plus timides mais si essentielles. Elles sont partout et semblent omnniprésentes. Au-delà de l’école, on les croise portant l’eau, le bois, travaillant la terre, préparant le repas, le thé, auprès des enfants. Dignes, élancées, elles semblent porter ces villages à bout de bras.

Le reflet d'Ardo @G.Clastres

Le reflet d’Ardo @G.Clastres

 

Un échange fugace entre l’un des photographes de notre groupe et quelques enfants. Si les rencontres restent furtives, chacun s’essaie à ce qu’elles restent des rencontres.

Coopérative artisanale d'Ardo @G.Clastres

Coopérative artisanale d’Ardo @G.Clastres

 

Fatouma nous accueille dans la coopérative artisanale des femmes d’Ardo. Ici, les femmes travaillent le palmier doum et réalisent principalement des vanneries décorées de colorants naturels mais aussi des boucles d’oreilles, des porte-monnaie en perles.  Créée en 1992 pour soutenir l’artisanat local, l’association regroupe 60 femmes de six localités de la région de Bankoualé, dont le nom évoque justement une espèce de palmier. Chacune réalise les objets de son choix et décide de son prix. Les clients sont principalement les personnes des campements. Grâce à ce complément de revenus, ces femmes réussissent à avoir un salaire régulier sur l’année. A Djibouti, nous rencontrerons la magnifique Masso, qui nous en dira plus sur l’association et les projets de cette coopérative. (A suivre…)

Puits Bankoualé @G.Clastres

Puits Bankoualé @G.Clastres

 

L’eau. C’est peut-être le mot clef ici. Elle manque cruellement. Tous les matins, les villageois de Bankoualé se retrouvent autour du puits. L’eau est rare, et pourtant, les villageois de la région de Bankoualé ont réussi à créer de petits potagers et un magnifique jardin de manguiers tel une oasis de verdure et de fraîcheur planté au milieu de la roche, un miracle dans cet univers minéral, un éden où les randonneurs viennent pique niquer en été, quand la chaleur se fait insupportable à Djibouti, quand les manguiers offrent leurs fruits.

Direction Lac Assal @G.Clastres

Direction Lac Assal @G.Clastres

Fin de notre halte à Bankoualé. Il nous faut déjà repartir. Le voyage est un éternel départ vers d’autres ailleurs. Cette fois, cap vers le lac Assal et sa banquise de sel. A suivre…

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L’AGENCE ALLIBERT EST NOTRE PARTENAIRE POUR LA REALISATION DE CE DOSSIER.

Prochain départ pour Djibouti : Le 28 février.Plus d’info sous ce lien.

Un itinéraire grandiose sur des terres qui ont fasciné artistes et aventuriers ! Henri de Monfreid, Joseph Kessel, Arthur Rimbaud… Sur la route des anciennes caravanes de sel afares, le lac Abbé et ses sources chaudes, l’immense lac salé Assal, au pied d’anciens volcans, la forêt primaire du Day, qui surplombe la baie turquoise de Tadjourah, jusqu’à la mer Rouge. Des paysages à couper le souffle !

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Merci spécial à Houmed Ali de l’agence SAFAR qui nous a guidé et chaleureusement reçu dans le campement de Bankoualé.                        Campement de Bankoualé/Houmed Ali : (253) 814 175

 

Merci à toute l’équipe de l’Office de Tourisme Djiboutien, Omar, Habib et son directeur Mohamed Abdillahi Waiss pour son invitation à Djibouti.

Merci à Dominique Lommatzsch de l’association ADEN pour sa présence et ses éclairages passionnants et passionnés.

Merci à la Turkish Airlines et tout spécialement à Burcu Uresin pour son assistance et sa présence charmante et aidante.

Merci aux valeureux chauffeurs, Saïd et son équipe, toujours bon pied bon oeil malgré les heures de pistes difficiles.

Merci à Valérie Dekière et à toute l’équipe du Sheraton pour leur accueil à Djibouti ville.


Escapade à Bankoualé | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres

Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l’Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l’Asie. Reportages divers.


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Une réponse à Escapade à Bankoualé

  1. sabine a commenté:

    Merci à Geneviève pour cet article exhaustif et passionnant à lire, qui restitue un contexte social et humain tout autant qu’une ambiance, on adore lire des papiers sur l’Afrique qui ne sont pas misérabilistes même s’ils n’ignorent rien des difficultés.
    sabine

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