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Enquête sur un département pionnier du tourisme durable

| 23 mai 2018 • Mis à jour le 29.05.2018 à 7h30
Thèmatique :  Initiative régionale   Institutionnel   Labels   Portrait   Territoire 
         

Ce n’est certes pas un hasard si le département de l’Aube est, dans notre pays, le second à recevoir son Passeport Vert. Et le premier à se voir certifié Iso 20121 pour son Management Responsable. Cela fait des années que ce territoire, fort de son patrimoine, a fait du développement durable son cheval de bataille. Et s’en félicite ! Rencontre inspirante avec la directrice d’Aube en Champagne Tourisme, Christelle Taillardat…

Voyageons Autrement : L’Aube en Champagne, est le premier Comité Départemental du Tourisme certifié Iso 20121 pour son « management responsable ». Pouvez-vous nous expliquer ce que recouvre ce terme et l’intérêt de la démarche ?

Christelle Taillardat : Cette certification est une norme Afnor issue de l’Iso 26000, dédiée à la RSE. La RSE étant une dimension qui, en soi, ne saurait être certifiée globalement, ce sont donc un certain nombre d’éléments faisant partie de la RSE qui sont ainsi identifiés et attestés. Par exemple, le CDT agissant également en tant que bureau des congrès, cela implique que toutes ses actions de conseil, d’organisation, de labélisation, etc. soient menées en tenant compte du développement durable et de quelques autres critères. Quoi que nous organisions, il nous faut évaluer les risques et ouvrir un dialogue à ce sujet avec nos partenaires, leur servir de conseil en matière de développement durable également; une dimension devenue systématiquement présente dans notre mode de management. Les J.O. de Londres, en 2012, furent les premiers organisateurs labélisés Iso 26000. Nous sommes les seconds en France et les premiers dans le tourisme. Il faut dire que nous nous intéressons à cette certification depuis des années déjà, 2013.

VA : Justement, cette certification vient récompenser des actions engagées depuis longtemps. Dans quels domaines ?

CT : Nous avons commencé par nous soucier d’affichage environnemental, une démarche d’amélioration écologique que nous trouvons essentielle et qui correspond aux deux axes d’innovation dans le tourisme : développement durable et numérique. Beaucoup d’institutionnels s’en tiennent à la promotion des labels, ce qui ne nous parait pas suffisant. Raison pour laquelle nous nous sommes installés dans une démarche quantitative et plus concrète. Depuis 2012, nous mesurons l’impact (carbone, eau, déchets, produits ménagers, etc.) qu’ont une nuit d’hôtel + petit déjeuner. En partenariat avec l’ADEME, nous avons mutualisé les coûts pour les faire descendre de 4000 à 800 € par hôtel. 16 hôtels sont déjà étiquetés et ils seront bientôt 20, un nombre exceptionnel pour un département comme le nôtre.

La seconde action entreprise concerne la gestion de l’écoute de nos parties prenantes. Là où d’autres prennent 5 à 8% de marge sur un traiteur par exemple, nous ne prenons rien. En revanche, nous demandons à nos partenaires de faire un pas vers le développement durable et travaillons avec ceux qui le font : circuit court, tri des déchets, embauche de personnel local, etc. Une exigence qui ne coûte rien au client final et s’avère extrêmement vertueuse pour le territoire.

VA : Votre engagement vous a d’ailleurs déjà valu d’être reconnu par l’ONU !

CT : Fin 2017, en effet, nous sommes devenus le second département de France détenteur de ce Passeport Vert impliquant un certain nombre d’engagements. Là encore, il s’agit du fruit d’un travail collaboratif avec les autres chambres et organisations locales. Tout le monde doit s’engager ensemble dans cette optique de développement durable qui n’aurait aucun sens pour un maillon isolé de la chaîne.

VA : D’où vient l’attachement déjà ancien du département à cette notion de développement durable ?

paysage typique de l’Aube champenoise

CT : Du fait, je pense, que nous soyons un département préservé, possédant un patrimoine naturel et culturel important. Or, le premier atout du développement durable n’est-il pas précisément de préserver ce patrimoine représentant un atout majeur ?… Cela a été compris par la population depuis longtemps. Ici, chaque église est un musée, mais pour que ces églises demeurent accessibles au visiteur, vivantes, il faut un engagement social fort : des dizaines de bénévoles, que nous avons ensuite fédérés, coordonnés au sein d’une action qui s’appelle Un Jour Une église. Résultat : chaque été, 5000 visiteurs découvrent nos églises ! Et il ne faut pas oublier le Parc Naturel de la Forêt d’Orient dont nous avons choisi très tôt de préserver les bois comme les surfaces aquatiques en prenant un certain nombre d’engagements écologiques.

VA : Vous êtes également à l’initiative du Slow Tourisme Lab, le premier incubateur au monde de start-ups souhaitant innover dans le tourisme durable. Comment est née cette belle idée ?

CT : Tout naturellement. Depuis 2011, nous effectuons tous nos achats auprès d’un écosystème de start-ups répondant à nos envies d’innovation. Un partenariat gagnant-gagnant, car si ces jeunes entreprises nous font bénéficier de prix avantageux, nous constituons pour eux un premier marché et devenons ensuite une référence. Il nous suffisait donc de structurer ce que nous faisions déjà au sein d’un lab. Et comme, l’Aube compte une technopole réputée, les choses furent encore facilitées. Mais pourquoi un « Slow Lab » et pas simplement un incubateur dédié au tourisme ? Parce que le but est de faire éclore des innovations qui servent notre territoire, or celui-ci n’est pas de ceux qui possèdent des points d’attractions irrésistibles générant un tourisme de masse. En revanche, pour tous ceux qui souhaitent prendre du champ, retrouver leurs racines, jouir des bienfaits de la nature et se réinstaller dans le temps, l’espace, le plaisir, nous sommes parfaits. Le numérique va donc permettre de le faire savoir et de transmettre au mieux notre offre, mais l’expérience reposera toujours chez nous sur l’humain, l’accueil, le… slow.

VA : Que va apporter de nouveau ce Lab ? Quand, comment et avec qui va-t-il fonctionner ?

CT : Premier gain : une visibilité au niveau national apportée par les outils et méthodes mis au point qui permettront de diffuser et vendre nos produits touristiques de toutes sortes. Une méthodologie également pour pouvoir accéder à tous les réseaux liés au tourisme. Nous sommes investis dans l’open data depuis trois ans, mettant à disposition toutes les données collectées sur Datatourisme, que nous avons contribués à créer. Il va également faciliter l’action collective. Nous avions ainsi récemment un meet-up sur le thème de la mobilité durable : hôteliers, électriciens ou encore start-ups référençant nos offres ont travaillé ensemble et il devrait en ressortir un certain nombre de projets collaboratifs : une carte des bornes en auto-partage, un Pass mobilité durable dans l’Aube, etc. Nous allons désormais pouvoir favoriser nombre de projets portés par des consortiums d’acteurs privés.

Présentation du Slow Tourism Lab…

VA : Comment le Slow Lab entend-il s’adapter au monde rural qui l’entoure ? Que peut-il apporter à ce dernier ?

CT : La caractéristique du monde durable que nous entretenons est d’offrir un luxe devenu rare : le temps, l’espace, des racines, le bien-être… toute une offre remarquable mais souvent gratuite ou peu coûteuse, donc peu accessible car peu relayée par les intermédiaires commerciaux. En revanche, start-ups, acteurs de l’ESS et parties prenantes collaboratives peuvent nous aider à promouvoir cette offre. En s’adaptant aux conditions locales : ici, pas de 4G partout, des prestataires qui ne vivent pas scotchés à leur smartphone. Ils vont s’adapter à une population et une économie différentes, moins connectés mais ayant tellement plus à apporter humainement au visiteur. Nous pensons que c’est à l’économie numérique de s’adapter à l’humain et c’est ce que nous faisons ici pour donner aux gens la possibilité de se connecter à une offre économique plus humaine et plus respectueuse de la nature.

VA : Diffuser le concept de Développement Durable fait partie des missions que vous vous êtes fixées. Avez-vous l’impression que les acteurs du tourisme (et autres) admettent désormais que tout développement doive être durable et que cela implique un certain nombre de choses ?…

CT : Cela dépend de qui. Nous n’avons ni les moyens ni l’envergure de toucher tout le monde. En revanche, nous vivons de l’impôt des gens et ne saurions entreprendre que ce qui est vertueux pour le territoire en termes environnementaux et sociaux. C’est notre position : on ne fait que du durable, ce qui nous a amenés à effectuer quelques sélections parmi nos partenaires, lesquels, en majorité, acceptent très bien ce choix et, quand ils nous suivent, le font avec plaisir. Dans la mesure où notre positionnement est public et non commercial, ils sont souvent ravis que nous les accompagnions dans leur respect des chartes et leur propre évolution. Une dimension capitale car pour faire du développement durable, encore faut-il le permettre aux acteurs concernés : trier, d’accord, mais où ? comment ? à quel prix ? On en revient là à notre idée de management collaboratif de départ et à son intérêt. Sachant qu’une des forces de notre territoire est que cette dimension du développement durable y est non seulement bien perçue, mais activement relayée par les femmes et les hommes politiques locaux.

VA : le mot de la fin ?

CT : A ce propos, Je suis personnellement convaincue que le développement durable, ce champ d’action où chacun est en capacité de mesurer l‘intérêt des dépenses effectuées avec son argent, peut participer à la reconstitution de la valeur Confiance des citoyens envers leurs institutions publiques. Une valeur Confiance en perte de vitesse et pourtant indispensable.


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Par Jerome Bourgine
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