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La feuille de chou du tourisme durable

Dans l’œil de Reza

| 4 novembre 2011 • Mis à jour le 15.11.2011 à 22h05
         

Dans l’œil de Reza, il y a une étincelle. Est-ce une flamme ? Est-ce un feu ? Quelque chose irradie, qui touche profondément ceux qui l’approchent. « Je ne prends pas une photo, on me la donne. » Tout ceux qui ont pu croiser Reza lors du festival Icare de Brive pourront en témoigner, Reza n’a pas besoin de mots pour expliquer le pourquoi. Son regard, ses gestes, son corps suffisent. Conquis, les hommes se livrent. Et le monde s’imprime.

Du bon usage de l’appareil photo – Café débat « L’envers du décor »

 

« Laissez aux professionnels les appareils photo ». C’est un cri, un credo. Reza rêve de touristes sans appareils photos, de voyages organisés affranchis du poids d’un matériel lourd de sens. « Les voyageurs sont obsédés par leurs appareils, les réglages, la batterie. Et une fois les photos dans la boite, il faut ensuite trier, montrer… tant de temps qui nuit à l’échange, qui empêche la rencontre. »

Reza : « Lorsqu’on ne prend pas son appareil, on peut développer une relation plus intime avec les gens. L’appareil est avant tout un outil. Il peut créer une distance. Si vous ne savez pas l’utiliser, mieux vaut le laisser à la maison ».

Évidemment, pas toujours facile de dire à un voyageur qui ne viendra qu’une fois, qui a peu de temps, qui souhaiterait tant ramener un souvenir… de laisser son matériel photographique de côté. Et pourtant…

Assis à côté de Reza, Michel Blot (photographe voyageur) confirme : Au Népal, j’ai attendu trois semaines avant de faire une photo. Trois semaines le temps de tisser un lien. Le temps, c’est fondamental. Mais aussi, créer un échange, expliquer. Les touristes n’ont malheureusement pas toujours le temps pour cela. »

Jean-Louis Massard (photographe) poursuit : Souvent, je ne sors même pas l’appareil. Aujourd’hui, le numérique a beaucoup changé la donne. Les gens mitraillent… »

Jeune fille afghane @Reza

 

Reza : « J’ai choisi la photographie comme une façon de m’exprimer. On est pour comprendre une histoire. Avant le langage, il y a une poignée de main, un regard. Cette relation ne peut pas se créer dans le téléobjectif. » « Lorsqu’on me demande quel est mon appareil, je réponds : « Vous aimez la poésie ? ».

Et Reza de dénoncer cette dictature du matériel de plus en plus performant, comme si seul ne comptait plus que l’outil : « Tout le monde a un stylo dans la poche. Mais tout le monde n’est pas Victor Hugo ou Balzac. Ce n’est pas le Mont blanc qui fait le poète. On est devenu les esclaves de la technologie ».

Evidemment, rien n’est jamais ni tout blanc ni tout noir et parfois, la photographie peut aussi être moyen de se rapprocher, tel Stéphane Canarias promenant son polaroïd au bout du monde pour la plus grande joie des enfants, telle cette dame qui posta une immense photographie souvenir à toute une famille rencontrée, faisant la joie de toute une maisonnée, telle, aussi, cette accompagnatrice passant de villages en villages pour redistribuer les photos pris par ses groupes, créant d’autres contacts, d’autres histoires, et une vraie relation de confiance.

 

Reza. Icare 2011 @G.Clastres

 

Aina pour prolonger le regard

Pendant des années, Reza a travaillé avec un leica. Il y a dix ans, il a décidé de le vendre aux enchères pour financer la création de son association, Aina, « pour aider à l’émergence de médias indépendants et pour la culture, partout où la liberté d’expression reste une valeur fragile ». C’est notamment avec Aina que Reza forme des Afghans à la photographie.

Repris sur le site de l’association Aina :

Reza : « Un jour, je me souviens avoir vu un écolier afghan sortir de l’école avec une petite plante dans sa main. Il l’avait arrosée avec soin. De la terre avait germé la pousse. J’ai pris une photo, je lui ai dit : «Que vas-tu faire de cette plante ?». Sa réponse est peut-être une des raisons pour laquelle j’ai fondé Aina : «Je vais en faire un arbre», m’a-t-il dit.

Depuis, l’association a aidé à former près de 1 000 Afghans aux métiers des médias. Le concept d’Aina s’est également implanté en Afrique Sud, aux Philippines, dans les camps de réfugiés dans l’ex-Zaïre, etc.

Reza – La photographie comme une respiration

Stéphane Canarias et Séverine Baur encadrant Reza. Icare 2011.@G.Clastres

La rencontre avec Reza à Icare, ce fut aussi la projection du film de David Shadrack Smith, « Derrière l’objectif de Reza », un 52 min. qui raconte comment, huit ans après avoir réalisé le portrait du commandant Massoud, Reza est retourné sur les traces de leur première rencontre dans les montagnes afghanes.

Le film s’achève. Silence dans la salle. Reza est là, invité à monter sur scène. L’émotion est palpable. Une discussion s’en suit. Où l’on comprend peu à peu, de mieux en mieux, le secret d’un Reza porteur d’amour : « Quand je photographie, les gens comprennent, ils sentent l’amour que j’ai pour eux ».

Pour Reza, le 21e siècle est le siècle de l’image. Et Reza se veut un indépendant de l’image, loin des contraintes des grands groupes de presse, loin des pressions, loin.

Alors, quand on lui demande comment il fait pour gérer son émotion face à toutes ces situations de détresse qu’il affronte. Il a cette réponse à la fois si simple et si fantastique : « Je pleurs. Quand l’autofocus a été crée, j’ai crié Hourra, j’ai enfin eu le temps de pleurer plutôt que de faire la mise au point. »

Reza confie aussi qu’il a toujours des livres de poésie sur lui, et qu’il doit en lire chaque jour pour s’élever. « Les poètes ont l’art suprême pour expliquer le sentiment du mal. » Mon secret, c’est la poésie.

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En savoir plus : www.ainaworld.org

 


Dans l’œil de Reza | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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