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Côtes de Nuits en Bourgogne : la divine exception culturelle !

| 6 novembre 2015 • Mis à jour le 25.04.2016 à 10h34
Thèmatique :  Acteur privé   Initiative régionale   Labels   Territoire 
         

Nous avions très envie de découvrir un vignoble et des prestations labellisées Vignobles & Découvertes. L’Office de Tourisme de Dijon – Côtes de Nuits nous a gentiment invités à venir tester l’une des 130 prestations locales distinguées par ce label. Une virée apéritive édifiante, possédant un puissant goût de reviens-y…

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« 130 prestations OU prestataires » est-il inscrit sur la partie du site consacrée à l’oenotourisme. En Bourgogne, c’est bien simple, tout est individualisé, morcelé, singularisé… en un mot : humanisé. Raison pour laquelle ces parcelles de vigne si particulières, de très petite taille souvent et néanmoins célèbres (Chambertin, Montrachet, Romanée-Conti !) que certains nomment des Climats, font partie depuis cet été du Patrimoine mondial de l’Unesco. Fruits d’une tradition viticole vieille de 2000 ans et de non moins anciennes traditions familiales voulant qu’on se les transmette de père en fils (et fille désormais), ce terroir infiniment précieux (12 millions d’euros l’hectare pour les grands crus) donne naissance à quelques-uns des meilleurs vins du monde.

Mais j’ignorais tout cela encore à mon arrivée, me souvenant simplement que la Bourgogne se compose de 5 régions viticoles : le Chablis et l’Auxerrois au nord, cette Côte de Nuits où je débarquais donc, les Côte de Beaune, Côte Chalonnaise et le Mâconnais, plus au sud. Puis Ivan mon chauffeur-guide me cueillit à la gare et, bientôt, je sus tout ; sur tout. Non pas en raison du chouette petit passeport « Voyage en Bourgogne » édité par l’OT qu’il me remit (je n’eus pas le loisir de le lire à ce moment-là), mais parce qu’Ivan était passionné par son métier, par le vin et, de plus, excellent pédagogue.


Authentique par nature…

Empruntant tour à tour la célèbre Route des Grands Crus et le chemin des écoliers, pour que j’embrasse du regard toute la magnificence de ces incroyables Champs Elysées du vin qui s’étirent entre Dijon et Beaune, Ivan commença par me parler de la géologie très complexe, et donc, très riche, de ce coteau unique au monde. J’appris que les meilleurs vins (Grand Cru) venaient à mi-hauteur et que selon l’emplacement, on obtenait l’une des 4 qualités en vigueur ici : appellation Régionale (« Bourgogne » inscrit sur la bouteille), appellation Villages (« Nuits-Saint Georges » sur la bouteille), 1er Crus (de Chablis, etc.) et enfin, Grands Crus. J’appris que si l’on n’arrosait jamais les vignes, c’était précisément  pour leur permettre de tirer leurs racines au plus profond du précieux terroir (on en voit ressortir dans certaines caves), jusqu’à plus de 3m50 de profondeur ! Des racines que les pieds de vigne ont ici tout le loisir d’allonger puisqu’ils produisent des grappes jusqu’à, parfois… cent ans ! (mais rien, les 13 premières années). Chaque pied constituant, de fait, un authentique bonzaï !

J’appris aussi qu’aussi bien herbicides qu’insecticides était proscrits dans les parages, au lieu de quoi, les vignerons et leur famille, le printemps venu, arpentaient tous ensemble le coteau par groupe d’une centaine pour y semer la « confusion sexuelle » !! Parfaitement.

Vêtus normalement (et non pas nus, comme l’imaginent certains touristes), au moyen de diffuseurs de phéromones installés régulièrement entre les rangs de vignes, ils attirent ainsi les insectes mâles, lesquels, une fois sur place, ne rencontrent aucune femelle à laquelle s’accoupler (pas d’accouplement : pas de vers !). J’appris bien d’autres choses encore, mais avançons plutôt à travers ces chemins conçus pour la randonnée et immergés dans les vignes – à l’automne, ces paysages ondulant dessinés par l’homme et dorés à la feuille sont d’une beauté à couper le souffle – traversant tour à tour des villages au nom mythique si charmants que les équipes de tournage en raffolent.

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En famille

Après une première dégustation dans un lieu dédié où il fut confirmé que j’étais bien un fervent adorateur de la secte « Pinot noir » (le cépage des rouges locaux), nous arrivâmes chez Bernard et Armelle Rion, nos premiers vignerons. Armelle, la championne d’élevage des chiens truffiers (parce que, oui, j’ai également découvert qu’il y avait des truffes en Bourgogne !) n’était pas là, mais Bernard, si, qui m’expliqua, lui, trois mille autres choses dont la plus importante est qu’ici tout est affaire de famille. Ses deux filles et son gendre travaillent donc « naturellement » sur l’exploitation ; une exploitation morcelée (comme l’immense majorité ici) en dizaines de petites parcelles réparties entre Chambolle-Musigny, Nuits-Saint-Georges, Vosne-Romanée et même le fameux Clos de Vougeot (Grand Cru). Code Napoléon, divisions liées aux héritages, réunifications opérées via les mariages, vicissitudes diverses ayant conduit à cette extraordinaire mosaïque composés de 3800 petits domaines (eux-mêmes explosés en dizaines de petites parcelles) où tout se fait en famille et où chaque vin est absolument différent de son voisin.

la Famille Rion dans le caveau de dégustation par Castro Prieto

Le bon vieux temps…

Dans la fraîcheur de la cave familiale (dehors, le soleil dardait des rayons de feu), on a trinqué et dégusté, évoqué ce bon vieux temps où la parcelle de vigne se vendait le prix de sa récolte ! (jusque dans les années 60), où une sorte de tempérance paysanne naturelle poussait chacun à ne pas acheter davantage que ce qu’il pouvait cultiver lui-même et je compris que si, pour des questions de trésorerie liées à l’époque, on avait aujourd’hui tendance à moins garder le vin, contrairement à ce qui se passait « ailleurs », (en Bourgogne, cet « ailleurs » est toujours parfaitement défini géographiquement), on continuait de le vendre au même prix quelle que soit l’année (bonne ou moins bonne, donc, plus aucune « mauvaise récolte » n’ayant eu lieu depuis 1985). Après avoir goûté l’excellente terrine à la truffe concoctée par l’une des filles de Bernard, on s’est serré la main et, après un succulent déjeuner au Castel de Tres Girard, on a filé chez Martine et Philippe Bernard, au Clos Saint-Louis, domaine localisé à Fixin.

Cultivateur de passion

Martine était sortie, mais Bernard était bien là, qui m’a fait me poser dans un coin de sa (très jolie) cave ; « Assis, les gens écoutent, et comprennent mieux ». Il m’a demandé ce que je savais sur les vins du coin et j’ai récité ce dont je me souvenais. Il m’a félicité et demandé de combien de temps je disposais. Le sien (de temps) n’étant pas compté puisqu’il lui arrivait de passer plus d’une heure et demie avec ses visiteurs et que de toute façon, si on n’était pas passionné par cette transmission, ce n’était pas la peine de faire de l’oenotourisme. D’ailleurs, sa mère, déjà, bien avant que ce terme barbare n’existe, passait son temps à recevoir des gens pour leur expliquer le pourquoi du comment… les vins du coin étaient si bons.

Le Clos Saint Louis - Fixin

« Jamais en vain, toujours en vin »

On a zappé la dégustation parce que je commençais à saturer (désolé, mais je n’ai jamais su « cracher pour ne pas me crasher » les nectars qu’on me proposait. Et, de toute façon, c’est Ivan qui était au volant !). Comme il le fait pour tous, Bernard nous a emmenés dans les vignes, montré et réexpliqué pourquoi du fait de sa richesse, sa complexité et de « l’humanité obligée” de son vignoble, la Bourgogne résistait à toutes les tentatives de lissage, industrialisation, modélisation, simplification et autres amalgames (même si, on est d’accord, pour chaque bouteille, le consommateur paie le prix fort de cet artisanat préservé) et qu’a priori, chacun ici se moquant des modes et n’en faisant qu’à sa tête, cela continuerait un certain temps encore. Et là, d’un coup, le clocher de Fixin ondulant à la Van Gogh dans les vignes et la lumière du crépuscule, contemplant cette parcelle de notre pays définitivement améliepoulainisée, j’ai compris pourquoi, tout au long de l’année, des dizaines de milliers d’Américains (Number one), Allemands, Belges et Asiatiques issus de divers pays faisaient le voyage tout exprès pour une virée œnologique en Burgondy. Parce que c’était beau, parce que c’était bon ; parce qu’à l’image de l’accueil réservé dans un village lacustre paumé d’Afrique, c’était authentique et unique : un vrai petit joyau d’Humanité à l’état brut.

Domaine Côte de Nuits©Atelier Démoulin

D’où les 130 prestataires pour un territoire grand comme un mouchoir. Retour à la case départ.

Merci à Florence pour cette excellente journée.

L’Office de Tourisme de Dijon – Côtes de Nuits
http://www.vignobles-dijon-cote-de-nuits.com/fr/

 

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Côtes de Nuits en Bourgogne : la divine exception culturelle ! | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
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