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CO2 et transport : un problème peut en cacher un autre !…


Si les émissions de CO2 du  transport aérien représentent moins de 5% du total du transport mondial, leur part est en augmentation constante et, pour Philippe Mangeard, spécialiste des transports, la question de leur compensation n’est que l’un des aspects d’une problématique plus vaste dont la solution passe obligatoirement par une meilleure information et l’implication du consommateur ou du client. Echange… 

Voyageons Autrement : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?

Philippe Mangeard : Je travaille depuis 25 ans dans l’industrie du transport. Pour avoir créé et dirigé une entreprise très exportatrice, le gouvernement  m’a confié des responsabilités pendant 17 ans au sein du dispositif du commerce extérieur de la France (Ubifrance), ce qui m’a permis d’approfondir ma vision transversale des affaires. Conscient du couplage permanent entre performance économique et environnementale dans le transport, et désireux de mettre mon expérience au service d’un transport plus efficace, j’ai d’abord créé en 2007 une association loi 1901 pour la promotion du transport éco-responsable, Le Cercle pour l’Optimodalité en Europe, puis en 2012 l’Agence de notation extra-financière  TK’Blue qui mesure, note et valorise la performance « durable » de tous les acteurs du transports.

Notre gouvernance est riche de plus de soixante-dix chercheurs, professeurs, experts et acteurs européens du transport et nous a permis en moins de 5 ans de proposer à la totalité des parties prenantes, transporteurs et donneurs d’ordres, un référentiel et des outils de mesure et progrès qui font maintenant référence au niveau mondial.

VA : Les voyages en avion liés au tourisme représentent-ils une part importante du réchauffement climatique ?

PM : Dans nos analyses, déplacer des gens en avion est un mode de transport de « marchandises » parmi d’autres ; un passager équivaut dans nos calculs à 100kg de fret. Bien sûr, certains diront que l’aérien  représente une part peu importante des émissions de CO2 mondiales (moins de 5%), par rapport notamment au transport maritime qui cumule de son côté plus de 36% des émissions. Mais le maritime couvre à lui seul 79% des flux de transport mondiaux ! Là où l’aérien n’en représente que… 2 % ! L’aérien est donc un mode particulièrement agressif pour notre Planète. Par ailleurs, même si les avions ont fait des progrès techniques con-si-dé-ra-bles depuis quelques années, le trafic aérien est amené à doubler dans la décennie. Le problème est donc conséquent et les efforts à faire indispensables.

VA : La compensation carbone mise en place par certains voyagistes est-elle une bonne pratique ?

PM : Certains disent que oui, d’autres que non. Tout est une question de point de vue. Ai-je le droit de polluer si je plante des arbres ? Philosophiquement cela se discute, pragmatiquement, c’est mieux que rien. Une seule chose est certaine à ce jour : impossible de réduire drastiquement les émissions dans notre société actuelle : il faudrait s’arrêter de vivre ! Et pour dissimuler ce problème réel, tous les flous artistiques sont bons et donne souvent bonne conscience à bon compte…. La vraie bonne pratique à mettre en place serait la transparence en matière de CO2 et autres nuisances du transport (notamment les particules fines) ; que le citoyen sache quel est le bilan de chacune de ses actions. Qu’on commence déjà par arrêter  de prendre le consommateur pour un niais. Ainsi des acteurs majeurs du transport qui osent tenter de vous faire croire en toutes lettres sur leurs colis que l’empreinte carbone d’un envoi a été de… « Zéro CO2 » ! Vrai scandale. Même en véhicule électrique (et qui ne peut intervenir qu’au dernier kilomètre à ce jour) il faut compter le CO2 qui a été nécessaire pour produire et transporter  l’électricité, le coût environnemental de la construction de la batterie, de son recyclage, de sa destruction … Qui a mesuré, à part TK’Blue,  l’impact « sociétal (congestion, particules notamment) de 20 petits véhicules électriques qu’il faut pour remplacer un seul camion à énergie thermique ? Rappelons que la seule pollution par les particules fines fait près de 50.000 morts par an en France et… 500 000 en Europe !

VA : La compensation carbone est-elle une pratique suivie par les consommateurs ? A-t-on des chiffres de ce côté ?

PM : On n’a pas de chiffre et on ne peut pas dire non plus que la pratique soit suivie, qu’elle ait prise, sauf auprès des équipes marketing de grands groupes de transport. Cette dynamique ne fonctionne que si l’on parvient à impliquer les gens ; qu’ils en comprennent l’enjeu (encore faut-il le leur expliquer) et qu’ils aient un choix ouvert de solutions.

VA : Certain  préfèrent la compensation territoriale, sous forme de dons à effectuer, au choix, entre diverses petites associations de terrain. Qu’en pensez-vous ?

PM : Cela me parait être une excellente initiative. A la fois concrète et volontaire. Et dans tous les cas, beaucoup plus citoyenne. On pense que les gens sont incapables de réfléchir et de s’impliquer, qu’ils veulent juste aller au plus simple et au moins cher, mais pas du tout. Un grand E-commerçant en Angleterre en a donné un très bon exemple. Il a proposé aux gens de recevoir leur colis en deux jours au lieu d’un, moyennant une ristourne de 1€. Résultat : personne n’en a voulu. Un taux proche de 0% de volontaires. Mais quand, au contraire, il a expliqué que certaines heures de transport polluaient beaucoup et d’autres moins, et demandé ensuite de choisir leur heure de transport eux-mêmes (verte, orange, rouge)… les clients ont suivi !

VA : Un modèle qui serait applicable aux transports aériens ?

PM : Puisque les gens agissent de manière plutôt intelligente, pourquoi ne pas essayer ? Qui est au courant que s’il utilise un Airbus A 380 transportant 900 personnes, il va polluer jusqu’à 10 fois (dix fois !) moins qu’en prenant un appareil plus ancien et plus petit de 120 places ? Personne. Et je ne vous parle même pas des nuisances sonores. Non plus des particules fines qui continuent de tuer en toute impunité. Au lieu d’informer, on préfère pratiquer le green-washing ; faire croire que le colis qui nous arrive ne coûte rien à la planète. Alors que quand on est transparent, que l’on informe, responsabilise les gens et leur donne le choix, cela marche. Diminuer davantage encore les rejets en CO2 des avions les plus récents va devenir très difficile : il va falloir soit voyager beaucoup moins, soit mettre beaucoup plus de monde dans les avions.  Le transport maritime a montré l’exemple.. Vous avez aujourd’hui des porte-containers capables de transporter  plus de 20.000 containers  (contre 3 ou 4000 voici quelques années). Seulement, les navires anciens (qui polluent bien plus) sont déjà amortis et peuvent pratiquer des prix très bas qui pénalisent le taux de remplissage des gros  plus propres qui ont alors du mal à trouver leur rentabilité.. Mais quel est le client qui en est informé lorsqu’il choisit un armateur, qui a le choix entre les diverses solutions autrement que sous la forme du : « payez moins cher ! »

Aujourd’hui, chacun a  été gavé par les discours sur un CO2 mis à toutes les sauces. Mais, en réalité, ce CO2 n’est jamais mis en rapport avec les actes du consommateur, pour aucun des modes de transport.

Plutôt que de compenser le CO2 pour donner bonne conscience aux consommateurs afin qu’ils continuent d’agir comme si leur acte n’avait pas d’importance (ou plus d’importance : la compagnie a réglé le problème pour vous en payant en amont un « droit de polluer »), on devrait leur fournir une information établie par des organismes indépendants et les laisser décider en leur âme, conscience et… urgence !

NB : A titre indicatif, nous avons calculé grâce au site myclimate le coût carbone du dernier voyage d’un membre de l’équipe au Costa Rica. 3,6 tonnes quand même !… que le site propose de compenser avec un don de 85€

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Par Jerome Bourgine
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