#TourismeDurable
La feuille de chou du tourisme durable

Cluster GOazen en Pays Basque : Nous pouvons ce que je ne peux pas…

| 26 septembre 2016 • Mis à jour le 26.09.2016 à 8h34
Thèmatique :  Acteur privé   Ingénierie   Initiative régionale   Innovation   Institutionnel   Portrait   Tourisme de masse 
         

En France, plus de 60.000 entreprises fonctionnent déjà en réseau au sein de clusters locaux. Et s’en félicitent chaque jour. Aucun cluster pourtant ne s’était encore créé dans le secteur du tourisme. Jusqu’à l’apparition récente de GOazen. Rencontre avec Corinne Cerveaux, initiatrice et responsable de cette première à la CCI de Bayonne – Pays Basque

Voyageons Autrement : Comment est née l’idée de créer un cluster réunissant les divers acteurs du tourisme du Pays Basque ?

Corinne Cerveaux : Dans le cadre du contrat territorial qui lie la CCI au Pays Basque, nous menons continuellement des réflexions sur les diverses manières de développer l’économie locale. Forte de ce que j’avais pu observer dans d’autres régions, j’ai proposé en 2008 de clusteriser les principales activités économiques, dont le tourisme. Les élus ayant avalisé cette proposition, il ne restait plus qu’à se mettre à l’ouvrage, sachant qu’aucun cluster n’existait dans l’industrie du tourisme, hormis, précisément chez nous, un mini cluster réunissant les divers acteurs de l’économie de la glisse. Nous nous sommes donc appuyés sur France Cluster qui est une sorte de fédération des clusters français, ainsi que sur divers clusters industriels proches pour développer notre propre modèle : GOazen.
portrait coco_n

VA : Parce qu’en deux mots, c’est quoi au juste, un cluster ?

CC : Une collaboration d’entreprises et d’institutions inter-reliées dans un domaine particulier et sur un territoire géographique défini dont le but est généralement de gagner en compétitivité. Ce qui était très exactement notre situation : le tourisme est transversal et touche des domaines très divers : le marketing, l’emploi, l’urbanisme, les habitants et les entreprises de service, prestataires, etc. Des acteurs privés et payant aussi  bien que publics et gratuits (offices et comités du tourisme…). En créant, ensemble, une chaîne de valeur commune, nous voulions avant tout optimiser la satisfaction du client pour qu’il revienne passer du temps dans notre beau pays, et également gagner en notoriété.

VA : Et tout le monde a été aussitôt partant pour travailler ensemble ?

CC : Quasiment, oui. Un certain nombre d’acteurs se connaissaient déjà mais on a naturellement réuni toutes les entreprises pour réfléchir ensemble aux enjeux du tourisme de demain ainsi qu’à ce que nous avions en commun et partagions (NB : aujourd’hui, plus de 580 acteurs ont rejoint le cluster). Etait-ce suffisant pour s’associer tous ?… De cet état des lieux a émergé l’évidence que nous partagions un destin et une ambition communes et nous avons alors monté notre structure commune en nous appuyant sur les réseaux d’entreprises existants, les syndicats et autres organismes fédérateurs. Lorsque notre projet a été prêt, nous l’avons fait valider par France cluster et l’étape suivante de la définition du projet stratégique une fois franchie, nous avons pu mettre celui-ci en œuvre au travers un premier plan d’action collectif pluriannuel.

IMG_4195VA : Quelle stratégie et quel plan d’action avez-vous retenus ?

CC : La stratégie retenue reposait sur trois piliers principaux : améliorer la compétitivité des entreprises en anticipant sur la mutation actuelle et les nouvelles demandes qu’elle engendre, contribuer à faire du Pays Basque une destination de qualité en consolidant et professionnalisant son offre et, enfin, œuvrer pour un développement touristique respectueux des valeurs et de la culture basque. Stratégie que nous avons donc déployée à travers 5 axes concrets : les ressources humaines, le marketing territorial, la qualité de l’offre, l’innovation impulsée dans les entreprises pour les aider à se différencier et, enfin, l’interaction essentielle avec les politiques publiques pour leur faire passer ce message collectif unique et essentiel : les entreprises du tourisme contribuent de manière conséquente à la performance économique du territoire ! Discours qui, aussi incroyable que cela puisse paraitre, n’est pas encore évident pour tous !

VA : Comment avez-vous travaillé ?

CC : Un cluster, c’est avant tout du lien, une animation. Celle-ci est assurée par la CCI, c’est-à-dire, en grande partie, par moi-même. Pour chaque filière, une tête de réseau, un représentant a été choisi et, c’est avec ceux-ci que, durant un an, nous avons mis au point notre stratégie et nos plans d’actions qui ont ensuite été présentés aux entreprises, CDT, offices, etc. Des groupes de travail ont pris le relais pour mettre en œuvre ces plans et un forum annuel est l’occasion de faire le bilan dans la plus grande transparence. Pour réaliser nos plans, nous faisons appel à des partenaires extérieurs et à des consultants, comme par exemple pour ce qui concerne l’hébergement. La CCI assure également une partie de ces actions, notamment en ce qui concerne les études réalisées. Mais nous créons de plus de nouvelles structures : un groupement d’employeurs réunissant une cinquantaine d’entreprises du tourisme (tous les métiers y sont représentés) organise un partage des employés utiles à tous. Nous avons également mutualisé une partie des achats non stratégiques. Quel que soit l’intervenant concerné, c’est toujours le cluster qui prend la décision. Et nous nous sommes enfin tournés vers les habitants en organisant les premières portes ouvertes du tourisme. Elles ont permis aux gens du cru de découvrir l’offre des entreprises de tourisme de leur région, qu’ils ne connaissent pas souvent. Le but recherché est également de les rendre prescripteur de leur territoire, bien sûr aussi, mais il s’agit avant tout de les aider à prendre conscience de la valeur du travail effectué et de la justification des investissements réalisés sur leur territoire : ces monuments restaurés, tous ces aménagements, cette activité… Le tourisme, ce n’est pas seulement des encombrements et des plages envahies deux mois durant…

VA : Cette collaboration vous entraîne en fait vers d’autres collaborations, plus larges…

CC : Oui. Nous nous sommes ainsi réunis avec les 7 autres clusters existant dans des secteurs différents (agro-alimentaire, digital, etc.) tant cet usage collaboratif donne envie d’aller plus loin. Nous avons ainsi créé un Adec (« Action pour le développement de l’emploi et des compétences ») pour distiller le plus largement possible aux entreprises des formations transversales à coût 0 : management, digital, apprentissage des langues… Et comme c’est l’Année Européenne de la Culture à San Sébastian, en Espagne et que ce territoire est, culturellement, identique au nôtre, c’est-à-dire basque, nous multiplions les partenariats avec nos voisins. Et avons même également lancé un barter, un groupement d’entreprises fonctionnant sur le modèle de l’échange : j’assure ta formation digitale et tu me rends ça en nuits d’hôtels pour mes employés… 42 acteurs locaux pratiquent le troc de biens et services de cette manière.

IMG_4254

VA : Et, suivant l’éternel principe « l’union fait la force », ce cluster vous donne également davantage de poids et de voix, non ?

CC : Nous sommes un petit territoire de 30 km sur 100. Je doute, sans le cluster et la politique marketing unique qu’il a engendré que l’Etat ai retenu la marque « Biarritz-Pays Basque » parmi les 20 qui seront promues à l’international dans les mois et années à venir. Je doute qu’Air France nous ait reçus comme la compagnie vient de la faire pour prendre en compte les études que nous avons réalisées montrant qu’une augmentation de la desserte locale est tout à fait justifiée. Et nous n’aurions enfin certainement pas finalisé un partenariat aussi intéressant avec la banque du tourisme local, le Crédit Agricole…

VA : Quels sont les principaux intérêts d’un cluster pour les entreprises, les territoires et le voyageur qui vous visite ?

CC : Un cluster permet à chaque entreprise de prendre sa place dans l’environnement touristique sans prendre la place de… Il est source d’économie via la mutualisation des moyens et outils et permet de mettre en œuvre une stratégie collective plus efficace tout en la promouvant auprès des décideurs. Pour le visiteur, le cluster est l’assurance d’avoir affaire à un écosystème cohérent et sain, porteur d’une identité forte définie par 14 engagements mis en œuvre par chacun au service d’une montée en qualité constante. L’assurance également de rencontrer une culture authentique et non diverses propositions « folkloriques », l’un des engagements étant de faire le lien avec l’Institut Culturel Basque et la langue basque, très vivante ici à travers journaux, radios, chaine télévisée. Car il existe de fort beaux spectacles basques auxquels les touristes n’assistaient pas, en ignorant l’existence.

logo

VA : Vous invitez même les visiteurs à entrer dans la danse à vos côtés ?

CC : Absolument. Comme 70 autres territoires français environ, nous avons créé notre monnaie locale : l’Eusko. Lancée en 2013, elle fonctionne très bien et est désormais acceptée par plus de 600 entreprises et commerçants. Quand les touristes arrivent au Pays Basque, il leur est proposé un kit contenant l’équivalent de 20, 50 ou 100 € en euskos. On leur explique alors qu’en utilisant cet argent, lequel restera forcément « au pays », ils deviennent acteurs de l’économie locale et non simples consommateurs

VA : Un cluster est-il une institution démocratique ?

CC : Difficile de l’être davantage : tous les projets mis en œuvre nécessitent l’aval du cluster dont les décisions sont prises par les douze membres du Comité de Direction, représentant chacun une filière. Et puis il y a les groupes de travail pour faire remonter l’information et les propositions…

Image TwitterVA : La notion de tourisme responsable ou durable a-t-elle trouvé une place où s’inscrire dans votre projet collectif ?

CC : 3 des 14 engagements lui sont consacrés. Le premier concernant la réduction des déchets produits et de l’impact environnemental ; le second favorisant les économies de ressources (LED, détecteurs de présence, économies d’eau, formation des salariés dans ce sens, etc.), le troisième privilégiant les achats effectués au Pays Basque ou, à défaut, à moins de 150 km.

VA : Que signifie GOazen au fait ?

CC : « Allons-y ! »


Cluster GOazen en Pays Basque : Nous pouvons ce que je ne peux pas… | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Jerome Bourgine
Ecrire et voyager. Voyager et écrire... Depuis 50 ans.
Facebook

Découvrez nos abonnements

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Informations utiles pour voyager

Atout France propose aux pros de devenir des experts du slowtourisme Le MEAE a ainsi confié à Atout France la réalisation d’un MOOC intitulé les Tutos du slowtourisme qui vise à accompagner les porteurs de projet...

Slow devant ! Le 20 juin dernier s’est tenu à Samatan, dans le Gers, la première journée nationale du Slow Tourisme. Une tendance de fond dynamique et l’occasion de faire le point sur ce tourisme d’avenir avec son...

Un Cluster sostenible …sota el sol dels Pirineus catalans ! L’1 d’Abril, amb motiu de la setmana de desenvolupament sostenible, nombroses empreses i actors del territori es van reunir a Estavar, al Parc Résidentiel...

Premières assises du vélo à assistance électrique les 2 et 3 novembre : une pratique au cœur d'enjeux multiples Les 1eres assises du VAE se dérouleront les 2 et 3 novembre à Chambéry, celles-ci permettront de...

Jean-Pierre Martinetti : « La mutation vers un tourisme durable est en marche, oui, mais à quelle vitesse ? » Cofondateur il y a dix ans de la Cité Européenne de la Culture et du Tourisme Durable et, plus...

Cluster GOazen en Pays Basque : Nous pouvons ce que je ne peux pas… Rencontre entre Voyageons-autrement.com et Corinne Cerveaux, initiatrice et responsable de cette première à la CCI de Bayonne - Pays Basque …...

La feuille de chou du tourisme durable
L'actu en continu
Les catalogues Voyagiste

Agenda