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Carnet d’aventures en Amazonie française : La forêt de bas en haut

| 28 décembre 2013 • Mis à jour le 28.12.2013 à 17h00
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Cacao, le trésor des Hmongs

Je ne risque pas d’oublier ma première image de Bruno (même pas de site internet, ce sauvage, écrivez-lui. A propos : en l’absence fréquente de site, consultez l’excellent Espace Carbet).

Le marché hmong de Cacao

Quand nous arrivons dans son gîte, à Cacao, il est près d’une heure du matin et, dans le faisceau des phares, surgit ce petit gars costaud bien planté sur ses jambes, torse nu, bras croisés, barbe à la Jésus qui titube en nous voyant arriver : « Failli m’endormir… » Le lendemain, nous comprenons mieux pourquoi. Afin que nous nous fassions une juste idée de ce qu’il a baptisé le guyaning (canyoning guyanais soft), Bruno a passé sa journée, machette au poing, à explorer la forêt autour d’une petite rivière cascadante qu’il compte nous faire découvrir. Il est rincé. Peu de mots sont échangés et on rejoint nos chambres. Je ne dormirais pas seul dans la mienne, neuve pourtant : dans l’un des tiroirs de la commode, une maman opossum a fait son nid et les rainettes prennent la cuvette des wc pour une mini mare. J’adore !

Le lendemain à l’aube, au petit déjeuner, il nous est donné d’expérimenter une fois de plus la magie des couples mixtes car Bruno et Tchia « sont des mots qui vont très bien en-semble, très bien ensemble… ». Les Hmongs sont arrivés en Guyane en 1977. Au Vietnam et au Laos, durant la guerre, ils sont du côté des Occidentaux, mauvaise pioche. Ils se font donc massacrer et on en récupère puis « parachute » quelques centaines en France, aux Etats-Unis et… en Guyane, où la population, mal informée, les accueille plutôt froidement. Relégués dans leur coin de forêt perdu, on les oublie vite, quand, quelques mois plus tard, apparaissent sur le marché des fruits et légumes superbes, comme on n’en a jamais vu ici ou alors hors de prix (transport). En l’espace de quelques années, les Hmongs vont faire de leur petit coin de jungle pourtant peu fertile le grenier du pays. Les étals les plus colorés du marché de Cayenne, c’est eux, qui font également commerce de leur produit à Cacao, le dimanche (jetez un œil au musée des insectes, à côté)… Tchia appartient à la seconde génération. Voilà, en deux mots, pour les Hmongs, auquel ce petit coin de planète doit beaucoup. Comme il doit à chaque vague de nouveaux arrivants : actuels Haïtiens et clandestins brésiliens compris, durs à la tâche ! Quand ils ne pourrissent pas la forêt et ses fleuves à grand coup de mercure pour en extraire le métal jaune, bien sûr. La vraie grande plaie, toujours à vif, de la Guyane…

Magie du fleuve

« Dans la jungle, terrible jungle !… »

Et on crapahute derrière Bruno. Première découverte : on marche très bien dans la jungle, alias forêt primaire en notre époque technique. Pour vivre, les végétaux doivent pousser haut, très haut, peu d’encombrement donc au niveau du sol : quelques lianes, fougères et palmiers (gaffe, certains piquent et fort !), mais sinon, ça passe plutôt bien. On découvre nos premiers « vénérables » repérés par Bruno la veille, donc : des ficus perchés sur des racines de dix mètres, occupant l’espace d’une petite maison et grimpant tout là-haut, hors de vue. La petite rivière cascadante que l’on remonte dans son lit, merveilleuse et dans laquelle on finit, bien sûr, par se baigner (température parfaite) ; les canyons dans la roche, les araignées sociales (des milliers, minuscules, vivant ensemble), les papillons bleus métalliques aux ailes grandes comme la paume (les fameux morpho, massacrés pour leur beauté), les grenouilles de toutes sortes, les iules adorables (mille-pattes tout ronds, grands comme la main eux aussi et inoffensifs contrairement aux scolopendres, plats et venimeux). Et puis, ça ira pour la matinée, pas vrai ? Surtout quand vous attend la cuisine de Tchia ! Café-clope et on prépare son sac pour le bivouac ; le tout dans des bidons étanches et en route pour ce qui constitue le meilleur (pour moi) de la Guyane : la lente et hypnotique remontée (ou descente) de ses fleuves en pirogue.

Au pied d’un « vénérable »

La nuit au carbet

Je vous la fais maintenant, la pirogue, mais ce sera valable à chaque fois qu’on bougera en forêt, la pirogue y étant LE transport dédié. Installé sur votre siège, face à la proue, vous remontez donc le fleuve ; le bruit du moteur est vite devenu un accompagnement, une aide à la méditation. Il y a le petit V d’écume ouvert par le bateau (allez-vous placer tout à l’avant, parfois, bougez, après avoir demandé et équilibré, of course !) et, au-dessus, le grand V en perspective du fleuve lui répond, qui s’amenuise entre les hautes masses vertes de la forêt. Il y a les parfums attrapés au passage et cet intarissable mélopée des insectes, des oiseaux, ponctuée de jacassements et cris. Il y a les trajectoires parfaites décrites par l’embarcation, le plaisir de la glisse et les virages penchés qui dévoilent sans cesse un nouvel horizon, toujours semblable et pourtant toujours différent ; il y a vos pensées qui flottent et se défont peu à peu de vous, se délitent et vous laissent tout entier installé dans l’Attention, le ressenti, le simple plaisir d’être au monde et d’y être… bien ! Bref, la pirogue, comme tant d’autres choses heureusement, est un zen puissant.

On the river again !

Avant d’arriver au carbet, on tend des filets et quelques lignes. Un oiseau particulier qui s’est envolé avec son nom (de ma tête) crie à 18h précise comme chaque jour. On transbahute nos bidons, la glacière, deux trois trucs et on tend les hamacs. Bruno allume son feu, puis l’apéro, naturlich, on est entre gens civilisés ! On papote dans les variations sonores du récital nocturne qui débute, place aux batraciens. Même pas de moustiques dis-donc ; les eaux sont plutôt acides en Guyane et, paradoxalement (ou pas, selon le niveau de lecture), c’est en ville qu’on vous sucera le sang. Bruno a tous les livres possibles sur la faune locale : on se fait peur à mater les araignées géantes avant… d’aller les observer in situ, dans les « sous-bois », à la lueur des frontales ; Bruno sait qui, où, quand… Inutile de vous raconter des histoires : la forêt grouille de bestioles : fourmis géantes, papillons idem, rainettes aux couleurs impossibles, araignées de toutes sortes, on observe tout ça, ce petit monde fascinant de formes et de mœurs étranges. L’autre partie de la vérité étant qu’ils sont bien plus terrorisés que vous, timides, n’attaquant jamais ; ce qui fait que les accidents sont l’exception. Puis on saute dans la pirogue pour aller relever filet et lignes et… yes ! J’ai cru que c’était une branche tant ça pesait, mais non : ce superbe lingot d’argent qui luit sous la lune, c’est un baby tarpon, une superbe ablette géante, de… 7 kg quand même ! Avec, en prime, la surprise de se retrouver nez à bec avec la merveilleuse boule de plumes bleues et jaunes d’un martin-pêcheur qui dort du (très) profond sommeil du juste sur un rameau, au raz de l’eau. On s’en met plein les yeux.

Canopée : la magie « inselberg »

La magie « inselberg »

Perso, je dors très bien en hamac. C’est d’ailleurs le cas le plus fréquent. On rentre parce qu’on est dimanche et qu’on veut voir le marché hmongh. Sur le chemin du retour, traversant devant nous le fleuve, l’un des seigneurs pacifiques de la forêt : Bernard le Tapir plonge et demeure si longtemps en apnée (ou bien nous tire sa révérence si discrètement) qu’on ne le revoit plus. Mais on l’a vu ! En fin d’après-midi, après une approche motorisée et une marche d’une bonne heure et demi, Bruno nous fait découvrir un coin sublime : la Roche Savane Virginie, formation géologique appelée « inselberg », c’est-à-dire « île-rocher » en allemand. Et c’est bien ce que vous imaginez : une roche rouge surgit soudain sous vos pieds, sur laquelle ne peut pousser la forêt, ouvrant devant vous une immense clairière et s’élevant en pente douce (plus ou moins !). Vous l’escaladez, avides de panorama dégagé, jusqu’à arriver en haut, au plus haut, ce replat idéal au-dessus de la forêt qui s’étend à l’infini : canopéeland ! Waaa. En voilà un endroit magique (il y a même des cuvettes où allumer son feu et passer la nuit sous la voûte étoilée. « Coucher de soleil, s’il vous plaît ! ». Dont acte, comme disent les juristes. C’est ma-gni-fi-que !… Le chemin du retour, vous le faites en deux fois moins de temps ; maintenant que vous avez appris à marcher en forêt. On se serre la patte avec Bruno, un peu émus quand même. C’est pas tous les jours qu’on vous accueille comme ça. Tu m’étonnes qu’Escursia lui ait confié l’organisation de ses séjours scientifiques dans le pays…

Le fleuve : éternel recommencement

Liens utiles

Espace Carbet : http://www.escapade-carbet.com/
Pour contacter Bruno par email : quimbe.kio@wanadoo.frLe Wapa Lodge : http://www.wapalodge.com/

Remerciements au Comité du Tourisme de Guyane qui nous a permis de monter ce reportage.

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Par Jerome Bourgine
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