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Après 14-18, le tourisme des tranchées

| 14 novembre 2018 • Mis à jour le 14.11.2018 à 10h24
Thèmatique :  Guides 
         

En 1917, la guerre n’est pas encore terminée (et on ignore combien de temps elle durera encore), Michelin édite un guide illustré Champs de bataille de la Marne où les combats se sont déroulés en septembre 1914. C’est le début d’une collection de 31 titres qui seront publiés dans l’entre-deux-guerres et adaptés en Anglais voire développés spécialement pour les marchés italien et allemand. Ces guides, concurrents des guides Diamant d’Hachette et des Baedeker allemands, sont les précurseurs des guides touristiques que développe l’éditeur à partir de 1926 puis des actuels Guides Verts.

Guide Michelin Verdun Argone (éd. 1928), cartes postales et photos aériennes du front – coll. L. Gontier

Dans un souci de précision et d’exhaustivité, chaque volume retrace les hauts faits militaires qui ont meurtri les régions du nord-est de la France. Le récit des opérations militaires est illustré d’une multitude de plans et de photos tirés des fonds iconographiques de l’armée. Des informations pratiques complètent l’ensemble pour permettre à chacun d’effectuer dans les meilleurs conditions la visite de sites qui ne seront que progressivement aménagés pour recevoir le public en toute sécurité. Dans les années qui suivent la fin de la guerre, les champs de bataille sont un chaos indescriptible de ruines, de terre retournée, un paysage instable et dangereux où les munitions non éclatées sont encore légion.

Galerie – extraits du guide Verdun Argonne :

En plus de guider la visite, ces ouvrage en constituent des incitateurs. Leur but : transmettre le souvenir des combats, développer le tourisme sous forme de pèlerinage patriotique sur les lieux mêmes du conflit et du sacrifice. Un tourisme qui, on l’espère, contribuera au redressement économique des « régions martyres » mais qui permettra surtout aux familles de se rapprocher d’un parent disparu au combat, de communier avec lui sur la terre où il a souffert, surtout si son corps n’a pas été rendu. La terre meurtrie comme image de la souffrance des soldats et de la nation, un gigantesque cimetière collectif à ciel ouvert où chaque Français est invité à se recueillir dans la ferveur et l’exaltation patriotique (la réconciliation avec l’ennemi d’hier est une invention de l’après Seconde Guerre mondiale). Un pèlerinage stimulé par l’Etat qui offre chaque année aux proches d’un soldat mort un billet de train pour aller se recueillir sur sa tombe (article 10 de la loi du 29 octobre 1921, abrogé en 2007). Les familles les plus modestes découvrent un monde nouveau, celui du tourisme jusqu’ici réservé aux classes supérieures, dans lequel elles entreront de plain pied en 1936 grâce aux congés payés.

Champ de bataille de Belloy, Oise – 8 août 1918 – coll. L. Gontier

Ce tourisme des tranchées, animé sur place par d’ancien combattants qui s’improvisent guides, draine une grande variété de visiteurs. Des familles en deuil mais aussi de simples curieux venus voir de leurs yeux les sites des combats racontés par les journaux. On y croise aussi des artistes itinérants, photographes de cartes postales ou sculpteurs venus chercher l’inspiration pour les monuments aux morts dont le marché n’allait pas tarder à s’ouvrir (36 000 ont été érigés entre 1920 et 1925). Le film La vie et rien d’autre, de Bertrand Tavernier, retrace assez bien cette agitation relative qui régnait sur les anciens champs de bataille.

“Lihons (Somme) tranchées de première ligne – effet d’obus – 30/09/15” – Coll. L. Gontier

En publiant ses guides, Michelin considérait accomplir un devoir patriotique, apportant sa part à l’effort de reconstruction de la France d’après-guerre. L’entreprise lancera par ailleurs en 1922 le Prix Michelin de la natalité destiné à sensibiliser au redressement de la démographie française amputée de 1,4 million de soldats tués au combat. Autant de pères de famille, présents ou à venir, arrachés au pays. Le produit de la vente des guides devait participer au financement des lauréats et à récompenser des familles nombreuses. Même si les ventes atteignirent les 1,5 million d’exemplaires, les bénéfices permirent seulement d’éponger les coûts de production gigantesques entraînés par la fabrication de la collection.

Utilisés aujourd’hui, ces guides permettent un bond saisissant dans le passé. En prévision des commémorations du Centenaire, sept d’entre eux ont été réédités depuis 2011.

——

Carte postale envoyée par une touriste en visite à Verdun – Anonyme, vers 1920

Fort de Tavannes – Dans la nuit du 4 au 5 sept 1916, un bataillon français y fut enseveli à la suite d’une explosion de grenades.

Verso de la carte postale

“Forbach le 16 j

Me voici revenue de mon excursion. Je suis allée également à Metz. Il faut voir comment est Metz. D’immenses avenues. Les bâtiments, les monuments. C’est un Paris. A 1 heure du matin les cafés les restaurants sont encore ouverts et il y a du monde dans les rues comme à Paris la nuit. Et c’est bien éclairé. Mais le plus beau le plus touchant, c’est Fleury, à côté de Verdun et Verdun également mais Verdun est un peu reconstruit il y a une jolie cathédrale, de jolis monuments. Pour Verdun, j’ai visité beaucoup d’endroits. J’ai vu le fort de Vaux, le fort de Thiaumont et enfin le plus beau, le fort de Douaumont. Le fort de Douaumont possède 3 étages sous terre. Il y avait des guides. Un lieutenant colonel et un commandant, c’est curieux et touchant. Je connais à fond les batailles de Verdun des forts sur un territoire de 20 km2 il est tombé 400 000 hommes. Il y a l’ossuaire élevé devant toutes les tombes. A Fleury, on ne peut pas voir s’il y a eu des maisons sur le terrain. Le terrain retourné entièrement, d’immenses trous fait par les obus. Les fouilles se font toujours. Il retrouve tous les jours de pauvres soldats. Hier j’ai vu un crâne, un casque, une pipe. Enfin, tout l’équipement d’un soldat et la plaque d’identité.”

Pour aller plus loin :

 


Après 14-18, le tourisme des tranchées | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Laurent Gontier

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