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A la découverte du terroir de La Gomera à dos d’escargot

| 10 octobre 2017 • Mis à jour le 10.10.2017 à 7h30
Thèmatique :  Acteur privé 
         

A moins d’une heure de bateau de la côte sud de Tenerife, la petite île ronde de La Gomera ressemble à une citadelle imprenable. C’est une île très escarpée et à la végétation luxuriante. Plus connue pour ses nombreux sentiers de randonnée que pour ses plages, l’île attire un grand nombre de marcheurs et d’amateurs de nature. Beaucoup de visiteurs ne viennent que pour une journée. La sortie type consiste en de multiples arrêts photos aux différents miradors de l’île et de repas pris dans des restaurants où se rejoignent tous les cars des excursions. Julie Pellegrini qui a fondé avec son mari Antony Montoya l’agence Chuchango (qui signifie escargot en guanche, langue des premiers habitants des îles Canaries) propose une approche différente et éco-responsable : « Faire des arrêts photos à tous les miradors, ça ne m’intéresse pas. Je veux que les gens puissent rencontrer les vrais Gomeros , qu’ils goûtent aux produits locaux »

Voyageons autrement a eu la chance de se glisser au sein d’une visite organisée par Chuchango et vous fait partager quelques pépites glanées lors de cette sortie.

Paysage typique des vallées du nord de l’île de La Gomera

A la rencontre de Pedro, agriculteur à La Gomera

 

Vous l’aurez compris, le premier arrêt du jour n’aura pas lieu sur le parking d’un mirador mais à Hermigua, petit village du nord de l’île. Ici vit Pedro, 78 ans, agriculteur. Il entretient avec ses quatre frères une petite exploitation familiale de 1600m2. Pedro est né à La Gomera, comme ses parents et ses arrière-grands-parents. Il parle couramment le silbo, le langage sifflé ancestral de plus de 4000 mots qui peut s’entendre à des kilomètres à la ronde. Comme c’est le cas pour beaucoup d’agriculteurs à La Gomera, il n’est pas propriétaire des terres sur lesquelles il cultive des pommes de terre, du maïs, de la vigne et des bananes. Depuis qu’il a décidé de ne plus labourer sa parcelle de pommes de terre Andine, il obtient de meilleures récoltes. Lors de la visite, nous avons la chance de pouvoir goûter les savoureuses bananes qu’il produit. Cueillie mûre à point sur le régime, la banane a longtemps été le produit phare de l’agriculture de La Gomera. Mais le secteur est en crise, le bananier est une plante exigeante qui ne produit qu’un régime par an et qui demande un travail manuel minutieux. A l’extrémité de chaque fruit pousse une fleur qui produit un suc néfaste. Il faut donc couper une par une chaque fleur puis cautériser la plaie à la main. Aujourd’hui, la vente d’un kilogramme de bananes ne rapporte quelques centimes à Pedro et la culture de la banane sur l’île perdure en grande partie grâce aux subventions. Nous suivons Julie sur un petit sentier terreux qui nous mène aux pieds d’imposants palmiers. Dans leur tronc circule une sève qui constitue l’un des trésors des gomeros.

Pedro, 78 ans, agriculteur à La Gomera

Le miel de palme, l’or brun de la Gomera

 

A ne surtout pas confondre avec l’huile de palme, le miel de palme s’obtient à partir de la sève du palmier qui, juste après avoir été extraite de la tête du palmier, est bouillie pendant plusieurs heures. La technique d’extraction est ancestrale et le suc récolté est appelé Guarapo. Il faut tout d’abord grimper sur le palmier avec une échelle puis l’étêter. On construit une petite rigole en roseau qui va conduire directement la sève dans un seau. Tous les matins et le soir au coucher du soleil, les hommes viennent gratter le suc. Un palmier dattier (de l’espèce phoenix canariensis) peut donner jusqu’à 10 litres de sève par jour. Il faut 8 litres de sève pour obtenir 1 litre de miel de palme. Le palmier est ainsi exploité 5 mois durant puis mis au repos pendant 5 ans. L’île compte 118 000 palmiers. Ils contribuent au paysage de carte postale mais font surtout partie intégrante du terroir de la Gomera. Ils sont recensés et protégés. Quiconque en possède un sur son terrain a le droit de l’exploiter mais pas de le couper. La région de Vallehermoso au nord de l’île est celle qui produit la plus grande quantité de miel de palme. Même si les gomeros exportent une partie de leur production dans les autres iles des Canaries, l’utilisation est principalement locale. On retrouve le miel de palme dans de nombreuses recettes traditionnelles. Il est justement midi et c’est l’heure de passer à table à la «  Vieja escula » le restaurant de Franscisco et Miguelina.

Julie explique la technique ancestrale de récolte puis de la fabrication du miel de palme

Un repas 100% commerce équitable

 

Pour Julie, il était hors de question de faire déjeuner ses groupes dans une cantine à touristes. C’est lors d’une semaine de prospection sur l’île qu’elle tombe par hasard sur un petit restaurant, situé dans une ruelle d’Agulo. Il s’agit de l’ancienne école du village, une plaque avec la mention «  Carta Europea de Turismo Sostenible » apposée sur la devanture retient son attention. Le restaurant appartient à Francisco et Miguelina. Ils sont tous deux originaires de La Gomera et sont restaurateurs depuis 2003. Ils font une cuisine traditionnelle avec des produits locaux. Bien décidés à promouvoir le terroir de leur île et à bannir de leur carte les pizzas et autres burgers, ils ont décidé de s’associer avec huit autres restaurateurs de l’île afin d’obtenir un label européen de tourisme durable. C’est chose faite depuis 2010. A la « Vieje escula », les papas (variété de petites pommes de terre que l’on déguste avec la peau) sont cultivées dans le jardin, l’almogrote (sorte de pâté de fromage de chèvre sec mélangé avec du piment, de l’ail et de l’huile d’olive) est fait maison et le sirop de palme qui nappe le dessert provient d’un petit producteur du nord de l’île. Julie tient à ce que le prix du repas ne soit pas inclus dans celui de la sortie « pour que tous les bénéfices reviennent directement au restaurateur » et qu’importe s’il faut parfois pousser les murs pour faire rentrer le groupe. Julie aide volontiers au service et fait applaudir la cuisinière pour son ragoût de chèvre à la fin du repas.

Francisco et Miguelina, restaurateurs à Agulo mettent en avant les produits locaux et ont obtenu le label européen du tourisme durable

Le mojo, les papas, l’almogrote et le vin rouge sont des produits phares de la gastronomie de la Gomera

La journée est presque terminée. Julie a encore prévu une courte balade au cœur du parc national du Garajonay qui abrite une foret humide exceptionnelle, vestige de l’époque Tertiaire. C’est ce type de forêt qui couvrait une grande partie de l’Europe il y a plusieurs millions d’années.  Sûr qu’il est difficile d’appréhender en une seule journée une culture et un territoire si riches. A défaut de « tout voir », les visiteurs accompagnés par Chuchango auront pu prendre un peu le temps de sentir, de goûter et d’échanger avec quelques habitants de l’île. A en juger par les sourires des participants au moment de reprendre le car en direction de Tenerife, on peut facilement imaginer qu’ils ne regretteront pas de ne pas avoir pris en photo tous les miradors de l’île.

Pour les contacter:
CHUCHANGO TENERIFE – Julie & Antony
Tél : (+34) 922 865 016
Mobile : (+34) 639 948 833

 


A la découverte du terroir de La Gomera à dos d’escargot | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Caroline Dudziak

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