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La feuille de chou du tourisme durable

A la cime des montagnes

| 14 mars 2019 • Mis à jour le 14.03.2019 à 8h42
Thèmatique :  Livres 
         

Magnifique fresque villageoise, ce roman de Chi Zijian nous amène au cœur d’un village du nord de la Chine, Longzhan, quelques hameaux accrochés à flan de montagne pris entre les évolutions lointaines mais bien présentes de la Chine moderne et les résistances et aléas de villageois dont les histoires et aventures savoureuses sont aussi un hommage à une Chine protéiforme. On se régale alors à suivre quelques familles et autant de personnages hauts en couleur.

 

Dès la première page, on est transporté, propulsé, immergé au cœur de Longzhan où Xin Qiza, le boucher, allume sa pipe au feu du soleil « en prenant un morceau d’écorce de bouleau, fin comme une feuille de papier, qu’il approchait de sa lentille pour l’enflammer et allumer ainsi sa pipe. » Bien plus tard, on apprendra qu’il réserve cette technique magistrale à la seule femme de son cœur, Jin Suxiu, la patronne de l’huilerie qui a divorcé de Li Laiqing, l’éleveur de mouton, qui s’est fait confondre à la grande fête des béliers pour avoir versé un laxatif dans la mangeoire d’une bête rivale de son champion. Et beaucoup plus tard, c’est encore Li Laiqing qui prendra sa revanche avec Perle Noire, un bélier acquis et entrainé des mois durant, Perle Noire, qui sonnera la perte de Xin Kailiu, alias le déserteur, mais aussi le père de Xin Qiza, le boucher, pour avoir été placé trop près d’un ingénieur menaçant le village par des forages intempestifs. Car il faut dire qu’à Longzhan, le maire, Tang Hancheng est écolo et soucieux de ses administrés. Loin des cadres corrompus à  l’image de son beau-frère, Chen Jingu, qui finira par payer de sa personne et de sa renommée ses nombreuses bassesses, Tang Hancheng veut sauver son village, son cadre idyllique, sa nature préservée.

Page après page, d’une écriture vive et imagée, Chi Zijian tire peu à peu les fils d’histoires de vie qui s’entremêlent et racontent des pans entiers d’une Chine prise dans la tourmente d’une marche en avant, à l’image d’An Ping, policier exécuteur, qui voit peu à peu se transformer son métier, ou tels ces anciens, du vendeur de tofu à la marchande de galettes, qui apprennent qu’à partir du 1er aout, il en sera fini des enterrements et qu’il faudra en passer par le four crématoire. Et au cœur de ces vies qui s’entrecroisent, il y a ces blessures qui viennent et reviennent comme des lames de fond, depuis le fils adoptif de Xin Qiza qui tue sa mère et viole Neige, la petite fée du village, ce fils indigne dont la traque va servir de colonne vertébral à l’ensemble du roman, jusqu’à la dernière scène au sein du nouveau temple édifié par le maire, où Neige, alors devenue mère, retombe dans les enfers… comme si l’auteur voulait nous signifier qu’ainsi va la Chine, qu’ainsi tourne la roue, et qu’on a beau s’approcher du paradis, l’enfer n’est jamais loin.

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À la cime des montagnes, Chi Zijian traduit du chinois par Stéphane Lévêque et Yvonne André, Editions Picquier, 464 p, 22,50 €.

 


A la cime des montagnes | ©VOYAGEONS AUTREMENT
Par Geneviève Clastres
Journaliste indépendante, auteur, spécialiste de la Chine, de l'Asie, sinologue. Publications sur le tourisme équitable. Livres documentaire jeunesse sur l'Asie. Reportages divers.
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